Homélie du 15 avril 2006 - Vigile Pascale
fr. Loïc-Marie Le Bot

Au cœur de la nuit, une flamme a éclairé les ténèbres.
Au cœur de la nuit, un chant de louange a dissipé notre deuil et notre tristesse.
Au cœur de la nuit, une source d’eau pure a surgi pour nous purifier et nous laver.

Frères et sœurs, nous nous sommes rassemblés au cœur de la nuit pour recevoir de la part de Dieu ce qu’il veut nous donner: lumière, joie et pardon. C’est justement ce que célèbre la Vigile de Pâques. Nous voilà spectateur d’un immense tableau, d’une fresque gigantesque, d’une accumulation de signes, de gestes, de chants, de symboles. Nos oreilles, nos yeux, notre intelligence risquent d’en être saturés. Quelle est la trame de fond de cette liturgie, que nous fait-elle voir? Elle nous révèle et nous fait toucher du doigt que Dieu est amour.

Ce fait capital nous en faisons mémoire, nous le célébrons,et nous en rendons grâce.

Dieu est amour, car Il est créateur. Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre, la lumière, l’homme et la femme. Il créa tout cela dans un bel ordre. De ce fait, nous faisons mémoire, nous nous le rappelons. Mais aussi nous le célébrons, c’est-à-dire que nous l’accueillons aujourd’hui. C’est maintenant que Dieu crée le ciel et la terre, la lumière,les hommes et les femmes. C’est en ce moment que Dieu tire notre existence du néant. De cela, nous devons rendre grâce.

Dieu est amour, car Il est sauveur. Nous faisons mémoire de la libération du Peuple des hébreux de la terre d’Égypte où il était tenu en servitude. Poursuivi par ses persécuteurs,il leur échappe grâce à l’intervention de Dieu qui lui fit passer la mer à pied sec pour le guider vers la Terre promise où ruissellent le lait et le miel. Nous faisons mémoire de ce fait du passé. Mais aussi, nous le célébrons, c’est-à-dire que nous l’accueillons dans son actualité. Car aujourd’hui,Dieu libère son Peuple. Aujourd’hui, Il nous fait passer de la terre de servitude vers la terre de la liberté, de la terre du péché vers la terre de la sainteté, de la terre de l’absurdité vers la terre de la vérité. De cela, nous devons rendre grâce.

Dieu est amour, car Il a ressuscité Jésus d’entre les morts. Les anges l’ont annoncé aux saintes femmes. La puissance divine fait passer ce corps mort dans la vie de Dieu qui ne connaît pas fin, dans la vie éternelle. Ce fait, nous en faisons mémoire ce soir. Mais aussi nous en célébrons l’actualité. Jésus vivant vient à nous maintenant. Il nous fait don de la vie nouvelle à nous aussi qui avons été baptisés dans sa mort et sa résurrection. Nous sommes nous aussi appelés à entrer avec le Christ dans le monde de Dieu dans la vie éternelle,dans la vie nouvelle que Dieu veut nous donner. De cela, nous devons rendre grâce.

Frères et sœurs, au cours de cette liturgie nous faisons mémoire, nous célébrons et nous rendons grâce parce que Dieu est amour. Une grâce d’union avec Dieu nous est communiquée au plus intime de nous-mêmes à nous qui avons suivi pas à pas le Christ depuis l’entrée glorieuse dans Jérusalem, puis au cénacle, au jardin des oliviers, au prétoire et au Calvaire et au sépulcre. Avec lui ce soir nous passons dans la vie nouvelle, dans une vie plus unie à Dieu. Nous recevons force pour notre foi et vitalité pour notre charité. Nous ne ressortirons pas d’ici comme nous y sommes entrés. Le Christ ressuscité nous aura transformés. Mais ce serait trop peu dire.

Nous qui sommes réunis ce soir, la communauté des frères dominicains, la communauté paroissiale et vous qui nous rejoignez pour cette occasion. Nous avons suivi ensemble le Christ, et nous recevons ensemble une grâce de plus grande communion avec le Christ et entre nous. La grâce de Pâques affermit notre communauté en ce moment. Le Christ se fait plus présent en elle. Elle devient plus encore Corps du Christ. Mais, ce serait trop peu dire.

C’est l’Église tout entière qui, ce soir, célèbre la Pâque et qui est fortifiée, rendue plus intime à son Seigneur, plus unie à Lui et plus encore signe de communion entre Dieu et les hommes. Elle passe tout entière de la mort à la vie. Elle devient plus encore Corps du Christ et reçoit force pour annoncer son Évangile jusqu’aux limites du monde.

Au cœur de cette nuit, nous célébrons la « Mère des liturgies », toutes les liturgies, tous les sacrements que nous célébrons pendant l’année s’y référeront.

Frères et sœurs, quand nous serons personnellement, aux prises avec la tentation, la souffrance, le doute, retournons-nous vers la Vigile pascale où a brûlé le cierge pascal, signe du Christ ressuscité. Faisons mémoire de cette nuit, accueillons la grâce pascale et rendons grâce.

Frères et sœurs quand notre communauté sera aux prises à des dissensions, à des disputes, à des menaces pour son unité, retournons-nous vers la Vigile pascale. Faisons mémoire de cette nuit, accueillons la grâce pascale et rendons grâce.

Quand l’Église universelle au cours de cette année sera menacée par des persécutions, des manques à la communion, des faiblesses dans l’annonce de l’Évangile, il faudra qu’elle se retourne vers la Vigile pascale. Elle fera mémoire de cette nuit, elle la célébrera et elle rendra grâce.

Christ est ressuscité, et notre nuit devient Lumière.

Christ est ressuscité, et notre désert devient un lieu de sources.

Christ est ressuscité, et la mort est vaincue par l’amour.

Amen.

 

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