Homélie du 10 décembre 2006 - 2e DA
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Frères et sœurs,

Jusqu’à nos jours la voix forte et puissante du désert, la voix de Jean Baptiste se fait entendre: «Voix de celui qui crie dans le désert: Préparez le chemin du Seigneur. – Rendez droits ses sentiers. – Et toute chair verra le salut de Dieu.» Oui, mais comment le faire? Comment préparer le chemin du Seigneur et rendre droits ses sentiers pour que toute chair voit le salut de Dieu?

Dans une de ses comtes de Noël l’auteur anglais Charles Dickens nous raconte l’histoire d’un homme de qui un esprit fallacieux efface sa mémoire du cœur, cette mémoire qui contenait toutes les douleurs, les souffrances et les tribulations de ce monde, mais aussi toute cette chaîne de pensées, de passions et de sentiments qui y étaient liés, la bonté, la compassion, l’amour. Cet homme pense ainsi être libéré du fardeau du passé. Mais il le paie très cher, car cet homme change complètement: La confrontation avec la souffrance du monde ne réveille plus en lui des souvenirs de bonté et de compassion. Avec le tarissement de la mémoire dessèche aussi l’amour de cet homme. Il devient froid, il diffuse cette froideur autour de lui et il s’enferme en lui-même. Mais non-seulement il perd l’amour, il perd aussi toute espérance. Les souvenirs et les expériences de bonté qui naissent des souffrances sont toujours à la racine de l’espérance: L’homme qui n’a pas de bons souvenirs ou d’expériences, ne peut rien espérer. Seul celui qui se souvient peut espérer. Qui n’a jamais éprouvé la bonté, ne la connaît pas. La psychologie nous le confirme: Si on réussit à réveiller chez un désespéré le souvenir d’une expérience de bonté ou d’amour, il recommence à croire à la bonté, il recommence à espérer et au milieu du désespoir, une porte s’ouvre. Combien de fois des personnes qui se sont éloignées de l’église se sont converties en repensant à leur première communion, combien de prêtres se sont convertis en repensant à leur première messe. Souvenir et espérance sont inséparables. Qui détruit le passé ou l’empoisonne, ne donne pas l’espoir, au contraire, il en détruit les fondements spirituels.

Le temps de l’avent signifie exactement cette combinaison du souvenir et de l’espérance. Pendant l’avent nous nous souvenons du peuple élu de Dieu. Nous nous souvenons de la bonté de Dieu auprès de son peuple. Cette bonté divine a toujours nourris en Israël pendant toutes ses tribulations, l’espérance de l’arrivée du Messie, du Sauveur. Par la naissance du Messie à Bethlehem, sa mort et sa résurrection Dieu nous a montré son amour qui dépasse toute imagination. Le souvenir de Noël, le souvenir de ce divin enfant dans la crèche nous guérit, ce souvenir nous donne l’espérance qu’un jour Dieu essuiera toutes larmes de nos yeux à l’arrivée du Christ.

Mais comment ces souvenirs de l’histoire du salut peuvent-ils nous donner de l’espérance? La réponse est assez simple: ces souvenirs doivent devenir mes propres souvenirs, mes souvenirs personnels comme le souvenir du plus beau jour de ma vie. La liturgie nous y aide beaucoup quand elle nous accompagne sur le chemin de la commémoration du salut, pour ouvrir la mémoire de notre cœur et pour que nous puissions voir l’étoile de l’espérance. Les grands évènements de l’humanité deviennent par la liturgie mes propres souvenirs; mes souvenirs personnels se nourrissent finalement des grands événements de l’humanité, ces événements qui ne perdent jamais leur importance, parce qu’ils sont lié au salut de l’humanité. Il y a encore une autre condition pour que les souvenirs du salut deviennent mes propres souvenirs: L’humanité de Dieu nous apparaît toujours par l’humanité des hommes. Si je rencontre quelqu’un, qui base toute sa vie sur l’espérance du salut, qui croit en ce Christ qui est venu et qui reviendra, cette espérance du salut n’est plus une réalité lointaine, non elle devient une réalité immédiate.

Dans un monde apparemment désespérant, celui qui croit est le témoin de la réalité du salut toujours présent, qui n’est pas manifeste dans le monde comme tel, mais qui est accessible par la foi et l’espérance. Celui qui croit et qui garde l’espérance est ainsi une lumière pour ceux qui vivent encore dans les ténèbres. Celui qui croit et qui garde l’espérance est la voix de celui qui crie dans le désert. La voix de celui qui crie dans le désert, n’est pas seulement Jean Baptiste, la voix de celui qui crie dans le désert, ce peut être chacun de nous. Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers, cela se traduit par: Gardez confiance, gardez l’espérance, ne fermez pas votre cœur, le Seigneur est proche et toute chair verra le salut de Dieu.

Frères et sœurs, après le massacre des juifs du ghetto de Varsovie on a trouvé crayonné sur un mur cette prière bouleversante, écrite dans les perturbations et les tribulations les plus terribles, mais qui devient ainsi un témoignage éclatant d’une confiance absolue en Dieu, une voix de celui qui crie dans le désert:

Je crois, je crois, je crois – sincèrement, imperturbablement et pieusement – qu’il arrive le Messie, notre Dieu – Je crois au Messie, – Et même s’il se laisse attendre encore, – Je ne croirais pas moins fort en lui, – Même s’il tarde encore plus longtemps – Je croirais toujours au Messie, – Je crois, je crois, je crois.