Homélie du 25 février 2007 - 1er DC
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Décidément, le diable est vraiment quelqu’un de remarquable! Comme agent électoral, il ferait merveille. En trois propositions, il vous sort l’intégralité d’un programme où tout le monde peut se retrouver. Et l’extraordinaire est que lui, pourtant «père du mensonge», ne dit jamais rien de faux. Mais prenons garde, si rien n’est faux, tout est faussé. Au fur à mesure qu’il fait monter le Christ de hauteur en hauteur, il le sonde toujours plus profondément pour y retrouver les masques qu’il a réussi à faire prendre à l’humanité. Bref, en recherchant ce qui est faussé, il part à la pêche aux voix!

Et celui qu’il sollicite en premier, c’est le pharisien. Le pharisien a mauvaise presse. Le Christ aura des mots très durs sur lui: «sépulcres blanchis, propres au dehors et remplis d’ossements au dedans»: le parfait hypocrite, pur à l’extérieur, impur à l’intérieur. Pour attirer le pharisien, le démon va rejouer la scène tournée avec Ève. Il lui avait ouvert les yeux sur la beauté du fruit de l’arbre de la connaissance.

Or le pharisien est fasciné par la beauté de la Parole de Dieu. Il veut en connaître les moindres recoins et les appliquer. Mais a force de disséquer, d’ajuster, il finit par séparer du corps le cœur et l’esprit, l’intérieur de l’extérieur pour tout inverser. Le Seigneur avait donnée la connaissance de sa Loi pour diriger et nourrir son peuple au désert. Par sa parole, le pharisien fait que le pain de cette connaissance devient une pierre pesante et indigeste. Face au Christ, c’est l’échec: «l’homme ne vit pas seulement de pain». Jésus remet les choses à l’endroit. Il est le Pain de Vie qui rend à la connaissance de Dieu son rôle de nourriture, sa saveur et sa force.

Le démon se tourne alors vers un autre client potentiel: le zélote. Lui ne s’embarrasse pas de raffinement. Efficacité est son maître mot. Il en faut pour restaurer un royaume terrestre gouverné par la Loi de Dieu comme au temps de David et de Salomon. Mais le démon veille. Il sait très bien que Dieu à demander de soumettre la création. Il sait aussi qu’il y a dans l’homme un grand désir de bien faire, de réussir. Il réutilise la recette déjà servie à Ève. Il la pousse au désir de se posséder. Il ne s’agit plus d’être mesuré par un désir infini de communion avec Dieu, mais de tout ramener à la mesure de notre désir et de nos moyens. Pour parvenir à ses fins, le zélote est prêt à prendre tous les moyens de ce monde. «C’est Dieu seul que tu adoreras». Jésus ferme une seconde fois la bouche du tentateur en laissant pressentir que le vrai culte sera de prendre son joug, d’être comme lui doux et humble de cœur devant la Toute-Puissance de Dieu.

Reste une troisième ouverture. Voilà le Christ au sommet du temple: pourquoi ne pas solliciter le sadducéen et son frère ennemi, l’essénien. Comme pour Ève, il suffit de rappeler «vous serez comme des dieux!»

Pour faire très caricatural, disons que le sadducéen, c’est le temple, ou plutôt la sacristie du temple, mais sans trop en rajouter sur le mystère de Dieu; l’essénien, c’est tout le mystère de Dieu, et même un peu plus, mais dans la sacristie, et sans le temple. En porte à faux avec le vrai sens de la présence et de la sainteté de Dieu, ils passent à côté de la vraie communion avec Lui. Tous deux savent bien qu’il faut être pur pour approcher de Dieu, et que seul le sacrifice permet d’accéder à cette pureté. Mais si le sadducéen se satisfait de la liturgie des sacrifices publics du temple, l’essénien, lui, se réfugie dans les purifications d’un sacrifice tout intérieur.

«Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu!» C’est tenter Dieu que d’oublier qu’il est une personne qui veut être aimée en vérité. Il est aimé en vérité lorsque lui est offert le vrai sacrifice, celui «d’un cœur brisé et broyé» par un amour privé et public.

Le démon a bien trouvé le visage du pharisien, du zélote, du sadducéen et de l’essénien dans le Christ mais transfigurés. Et il s’y est cassé les dents! Pendant ce carême, l’Esprit nous mène au désert pour que soient transfigurer nos visages intérieurs. Le mot d’ordre est simple: se renier et prendre sa croix.

Se renier, ce n’est pas demander au zélote d’occire le pharisien et le sadducéen, avant de se suicider. Il s’agit de leur rendre leur vérité, leur tenue, pour que le démon s’y casse aussi les dents.

Il faut que le pharisien en nous retrouve le goût de la vérité du Christ. Le jeûne seul, le jeûne de l’esprit, du cœur et du corps parce qu’il désencombre permet de faire retentir en nous la vérité de l’enseignement du Christ et de l’Église.

Il faut que le zélote prenne les armes du Christ. La prière seule fait le bon zélote car elle suppose la cohérence entre notre foi au Christ et l’authentique service du Père du Ciel avec les moyens de l’Esprit-Saint.

Il faut que le sadducéen et l’essénien s’enracinent dans l’amour de Dieu et du prochain qui est la vie et la fécondité du sacrifice et de la sainteté. Voilà tout le sens de l’aumône. Parce que l’aumône n’est pas le simple partage de ses biens. Au sens étymologique du terme, elle renvoie aux entrailles de miséricorde du Père. Nous sommes purifiés dans la miséricorde du Père car il nous a fait le premier l’aumône par laquelle tout ce qui est à Lui est à nous : la Croix du Christ. Elle est la clef du vrai temple qui nous ouvre les trésors de la sainteté de Dieu en ouvrant nos entrailles à la miséricorde de Celui qui nous fait ses fils. Désormais nous ne pouvons plus donner que de nous-mêmes. Alors prenons notre croix. Elle est le temps marqué dans nos vies: celui de notre sanctification, de notre justification et nous introduit là où sont amour et charité, là où Dieu est présent.