Homélie du 21 octobre 2007 - 29e DO
fr. Alain Quilici

Mes frères, la parole de Jésus qui vient de retentir à la fin de l’évangile de ce dimanche est une parole qui donne à penser et tout spécialement en ce jour anniversaire: Le Fils de l’homme quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre?

Quand viendra-t-il le Fils de l’homme, aujourd’hui, tout à l’heure, plus tard, à la fin des temps? A la fin des temps … , autant dire jamais, du moins pour nous, pour notre génération qui ne verra pas plus la fin des temps que nos prédécesseurs ne l’ont vue. Alors pourquoi s’occuper du temps qui passe, puisque le temps qui passe se moque de nous? Et qu’est-ce que cinquante ans de présence dans ce quartier si ce n’est, comme dit l’Écriture, comme une goutte dans un seau?

À vrai dire ce n’est pas le temps qui passe qui nous intéresse, mais le temps dans son épaisseur. Cet instant que nous vivons maintenant, cet instant miraculeux où le Christ nous adresse la parole, à nous et pas à d’autres ; cet instant où le Christ, réellement présent dans l’Eucharistie, se donne en nourriture, à nous qui le recevons réellement. Cet instant d’une intensité aussi forte que celle qu’on vécu les apôtres autour de Notre Seigneur le soir de la sainte Cène. Cet instant d’autre l’ont vécu. Et justement parce qu’ils l’ont reçu, que nous pouvons le vivre aujourd’hui.

D’instant intense en instant intense, ainsi est transmise la foi, ainsi est transmise la vie. C’est parce que des croyants avant nous ont vécu ce qu’ils ont vécu et parce qu’ils nous l’ont transmis, que nous pouvons vivre aujourd’hui ce que nous vivons. Comment le Christ trouverait-il la foi sur terre, quand il viendra dans un demain hypothétique, s’il ne la trouve pas aujourd’hui, chez nous, qui sommes vivants aujourd’hui et qui demain ne serons plus.

Depuis que le Christ a cloué sur la croix le temps qui passe, l’Église, dans sa liturgie, ne fête pas les anniversaires, elles ne commémore pas les événements morts du passé. Elle vit au présent ce que chaque génération est appelé à vivre au présent. C’est aujourd’hui qu’est né Jésus, chante la liturgie de Noël. C’est aujourd’hui que ressuscite le Sauveur et qu’il nous visite. C’est aujourd’hui que l’Esprit-Saint descende sur nous et nous embrase d’un amour de feu.

 

Voilà ce que nous fêtons en ces jours. Nous nous rappelons avec émotion tous ces instants qui ont été vécus ici, dans ce quartier, dans ce couvent, dans cette église. La communauté que nous formons aujourd’hui n’est plus la même que celle que nous formions il y a cinquante ans quand nous sommes venus nous installer dans ce quartier éloigné du centre de la ville, au milieu des fermes, des vaches, des jardins potagers et maraîchers. Mais tel le fleuve qui ne cesse de couler et sans cesse se renouvelle, la communauté demeure, le Seigneur est célébré aujourd’hui, la parole de Dieu est annoncée, la vie est transmise.

Là est le miracle. Là est la grâce de Dieu. Là est la force des chrétiens dont la vertu majeure, dit l’Apocalypse, est la persévérance. Cet art d’exister au présent que vivent tout particulièrement les martyrs, car ils n’ont plus ni passé, ni avenir, sauf à vouloir échapper au présent.

Pour toi, reste fidèle à ce que tu as appris et dont tu as acquis la certitude. Tu sais de quels maîtres tu le tiens, viens de dire saint Paul à Timothée.

Nous rendons grâce à Dieu pour cette foule de frères et de sœurs qui nous ont précédés. Ils ont connu des moments difficiles. Ils ont tenu. Ils n’ont pas abandonné le combat. Ils ont connu des moments d’une immense joie, dans cette liturgie qui renaissait grâce à eux, sur leurs lèvres et dans leurs cœurs. Ils ont vécu des nuits et des jours de prière, malgré les divisions, les évolutions et les révolutions internes et publiques. Ils n’ont pas déserté quand est venu ce temps dont parle saint Paul (toujours à Timothée) où les hommes ne supportant plus la saine doctrine et l’oreille les démangeant, se sont donnés des maîtres à foison.

Nous rendons grâces à Dieu de ce qu’il se soit toujours trouvé tout au long de ces cinquante années, des sœurs et des frères croyants, des laïcs et des religieux, qui reprennent en main et actualisent sans cesse, pour en vivre, le patrimoine qui leur était transmis, patrimoine, d’accueil, d’enseignement, de liturgie. Telle est la vraie tradition. Elle est comme un arbre planté prés du cours des eaux et qui donne des fruits en sa saison.

Que vienne le Fils de l’Homme et lorsqu’il viendra qu’il nous trouve vigilants, patients, présents, fervents. Nous aujourd’hui, d’autres hier et d’autres demain, mais confessant toujours: Jésus-Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père.

Amen