Homélie du 6 janvier 2008 - Épiphanie
fr. Augustin Laffay

L’Épiphanie a une puissance d’évocation sans égale. Tout se conjugue pour cela: le souvenir du pèlerinage médiéval avec la cathédrale des «Trois Saints Rois» de Cologne; les peintures de nos musées et de nos églises qui évoquent l’arrivée des mages à la crèche comme une fête orientale bariolée et chaleureuse; les traditions culinaires avec ces rois qu’on tire à plus faim; la chanson décrivant le train de «trois grands rois qui, de bon matin, partent en voyage» etc. Pourquoi tout ce folklore et toutes ces images, qui sont loin d’être méprisables?

La révélation faite aux païens

L’exposé limpide auquel se livre saint Paul dans l’épître aux éphésiens donne une explication très simple à cette question. Ce que Dieu nous révèle, dit l’Apôtre, «c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’évangile.» (Eph 3, 5-6). Le Christ s’est donc manifesté aux païens parce que le salut est aussi pour eux. Dans le Christ Jésus, il n’y a plus de différence entre le peuple élu et les païens; tous sont appelés à être les membres de son corps. C’est une nouvelle d’autant plus extraordinaire qu’elle nous concerne directement, nous descendants de ces païens et parfois nous-mêmes un peu païens. Un païen, ce n’est pas un agnostique ou un athée mais quelqu’un qui adore la création, ou une créature, au lieu d’adorer le Créateur. Le Païen peut rendre un culte à des fétiches de bois mais aussi adorer comme un dieu l’argent, le sexe, sa réussite, sa nation, sa personne… Les mages, en ce qui les concerne, étaient sans doute des idolâtres de la science et de la nature: ils en faisaient leur dieu. Toutes les idolâtries, ces adorations mal placées, détournent du vrai Dieu. Par là même, elles détournent du bonheur éternel pour lequel nous sommes faits et qui ne se trouve qu’en Lui. Pour guérir de nos restes d’idolâtrie, nous avons tout intérêt à suivre les mages.

Un chemin de conversion

1re étape: Partir. «Nous avons vu son astre à son lever» (Mt 2, 2). On ne se libère pas de l’idolâtrie comme on veut: Dieu agit le premier, d’une manière appropriée à chacun. Les anges sont envoyés aux bergers juifs; l’étoile aux païens pour conduire les uns et les autres vers un même point d’arrivée: le Christ. L’Épiphanie, ce n’est donc pas seulement le pèlerinage de l’homme vers Dieu: Dieu lui-même s’est mis en marche vers nous. Qui est Jésus, sinon Dieu qui est sorti, pour ainsi dire, de lui-même pour venir à la rencontre de l’humanité? Dieu nous aime le premier et met des signes dans notre vie. Un signe, c’est un conseil, un ami chrétien, une proposition du bulletin de liaison, une lecture … Dieu envoie aux hommes des signes par milliers. Cherchez l’étoile dans votre vie et levez-vous pour rompre avec l’esprit de ce monde, pour rompre avec vos vieilles idolâtries.

2e étape: Suivre l’étoile. «Voici que l’astre les précédait» (Mt 2, 9). Après s’être levé, il faut partir. Suivre l’étoile c’est accepter une loi que nous ne nous sommes pas donnée. Dieu connaît le meilleur chemin pour nous: il l’a montré en guidant son peuple dans le désert. Mettons en lui et en lui seul notre espérance. L’étoile se cache lorsque les mages entrent à Jérusalem car les signes de Dieu deviennent imperceptibles quand on s’en remet aux puissances de la terre comme si elles devaient d’abord nous éclairer.

3e étape: Adorer et offrir. «Se prosternant, ils rendirent hommage à l’enfant, puis ouvrant leurs cassettes, ils lui offrirent en présents de l’or, de l’encens et de la myrrhe» (Mt 2, 11). Le Christ est la lumière des nations; il est le terme du pèlerinage des païens qui recherchent le salut. Mais qu’est-ce qui a convaincu les mages que cet enfant était «le roi des Juifs» et le roi des peuples? Sans doute ont-ils été persuadés par le signe de l’étoile qui s’est arrêtée à Bethléem. Mais même l’étoile n’aurait pas suffi, si les mages n’avaient pas été des personnes désireuses de la vérité. Hérode était absorbé par le pouvoir et la richesse, les mages sont au contraire tendus vers l’objectif de leur recherche. Lorsqu’ils le trouvent, bien qu’ils soient des hommes de haute culture, ils se comportent comme les bergers de Bethléem: ils adorent l’Enfant et lui offrent leurs cadeaux. Bien sûr, ces dons sont inadaptés à la situation mais ils sont une image de notre participation, toujours inadéquate, à l’œuvre de notre salut. Le Seigneur ne fait rien pour nous. Prosternez-vous devant le Seigneur et offrez lui votre vie, dans sa pauvreté, dans sa médiocrité.

4e étape: Repartir par un autre chemin; «ils prirent une autre route pour rentrer dans leur pays» (Mt 2, 12). Une véritable rencontre avec le Christ change la vie. Elle fait prendre des chemins nouveaux, inattendus, évangéliques. Si vous pouviez, vous aussi, en rentrant chez vous tout à l’heure, prendre un autre chemin que celui par lequel vous êtes venus!

Le jour de Noël et à l’Épiphanie le salut est manifesté à tous les hommes: les juifs d’abord, les nations ensuite. Tous les hommes sont donc compris dans le grand dessein d’amour de notre Dieu. Les deux textes évangéliques de l’adoration des bergers (Lc 2, 1-20) et de l’adoration des mages (Mt 2, 1-12) offrent donc à tous les hommes l’unique réponse que Dieu donne à leur attente: son Fils, son Verbe s’est fait chair; il a pris notre humanité pour nous offrir sa divinité. Nous sommes un peu bergers et un peu mages: mettons-nous à la suite des uns et des autres pour laisser la lumière de la crèche gagner notre propre cœur. Et puis pensons à tous ceux qui sont encore si loin du Christ: hommes, nations entières, religions non-chrétiennes. A eux, à tous les hommes de notre temps, il faut répéter: la lumière du Christ est la splendeur de la vérité. Laissez-vous illuminer par Lui, peuples de toute la terre; laissez-vous envelopper par son amour et vous trouverez le chemin de la paix.