Homélie du 20 janvier 2008 - 2e DO
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Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde

I. Cette phrase de Jean-Baptiste ne nous est pas inconnue. Elle nous est même familière, puisque nous la retrouvons plusieurs fois dans la célébration de l’Eucharistie. Nous la chantons dans le Gloria: Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, le Fils du Père; Toi qui enlèves le péché du monde, prends pitié de nous, puis lors de la fraction du pain: Agneau de Dieu, qui enlèves le péché du monde, prends pitié de nous, donne-nous la paix. Enfin, l’invitation au repas eucharistique s’exprime ainsi: Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde.

Dans le Nouveau Testament, le Christ est identifié à un agneau, mais l’expression Agneau de Dieu est propre à Jean-Baptiste et à st. Jean dans son Évangile. Elle récapitule probablement trois agneaux de l’Ancien Testament.

-# Tout d’abord, l’agneau pascal, l’agneau de la Pâque juive, dont le sang sauva Israël au pays d’Égypte. D’après st. Jean, Jésus fut mis à mort la veille de la fête des Azymes, donc le jour de la Pâque, dans l’après-midi, à l’heure même où, selon les prescriptions de la Loi, on immolait au Temple les agneaux. Après sa mort, on ne lui rompit pas les jambes, comme aux autres condamnés, conformément à une prescription rituelle concernant l’agneau pascal. Jean-Baptiste applique ce titre à Jésus: il est l’Agneau pascal, le véritable agneau pascal, l’agneau sans tare, c’est-à-dire sans péché, qui rachète les hommes au prix de son sang. Il est lui-même présence de Dieu, Pâque (passage) de Dieu libérant son peuple.

-# Ensuite, comment ne pas penser au Messie-Serviteur dont parle Isaïe, et qui était comparé à un agneau innocent portant les péchés de la multitude? Il apparaît comme un agneau conduit à la boucherie, comme devant les tondeurs une brebis muette et n’ouvrant pas la bouche. Les évangélistes y renvoient lorsqu’ils soulignent que le Christ se taisait devant le Sanhédrin et ne répondait rien à Pilate. Par son baptême, Jésus accepte et inaugure sa mission de Serviteur souffrant. Il se laisse compter parmi les pécheurs; il est déjà l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde; déjà, il anticipe le «baptême» de sa mort sanglante. Il vient déjà accomplir toute justice, c’est-à-dire qu’il se soumet tout entier à la volonté de son Père: il consent par amour à ce baptême de mort pour la rémission de nos péchés.

-# Enfin, Jean-Baptiste l’appelle l’Agneau de Dieu, ce qui signifie l’Agneau donné par Dieu. Souvenons-nous du sacrifice d’Abraham. Quand Isaac avait demandé à son père: Mais où est l’agneau pour l’holocauste?, Abraham avait répondu: Dieu saura bien trouver l’agneau pour l’holocauste, mon fils. Jésus est donc «notre Isaac». Jean-Baptiste nous montre ici le véritable agneau préparé par Dieu, celui qui s’offre volontairement tout entier. Jean-Baptiste manifeste ainsi que Jésus est à la fois le Serviteur souffrant qui, silencieux, se laisse mener à l’abattoir et porte le péché des multitudes, et l’agneau pascal symbole de la rédemption d’Israël lors de la première Pâque.

II. Par ailleurs, st. Jean, au-delà des actes singuliers, perçoit la réalité mystérieuse qui les engendre: une puissance d’hostilité à Dieu et à son règne à laquelle le Christ se trouve affronté. Par péché du monde, il faut comprendre la condition pécheresse du monde dans son ensemble, suite au péché originel et à tous les péchés personnels des hommes. Mais cette expression désigne aussi l’influence négative qu’exercent sur les personnes les situations communautaires et les structures sociales qui sont le fruit des péchés des hommes, car le péché a des dimensions collectives. De sorte que tout être venant au monde est d’abord la victime de ce péché du monde; plus tard, il y participera lui aussi.

C’est sur la Croix que le Christ a pris sur lui tout le poids du mal et a enlevé le péché du monde. Si Jésus peut triompher et triomphe du péché du monde, c’est parce qu’il est, lui, sans péché, un avec Dieu son Père.

III. L’agneau est symbole d’innocence, de douceur (ne dit-on pas doux comme un agneau), symbole de simplicité, de pureté, comme la colombe. Ils sont aussi, au temple, les animaux du sacrifice. La colombe évoque plus spécifiquement l’arche de Noé, figure traditionnelle de l’Église, cité de la paix. Les Pères de l’Église appellent volontiers l’Église, épouse du Christ, la Colombe: «L’Esprit Saint est descendu au baptême du Seigneur sous la forme d’une colombe, cet oiseau simple et gai, sans fiel ni amertume, incapable de morsures cruelles et qui n’a point de serres pour déchirer violemment. La colombe aime les demeures des hommes, elle vit familièrement dans une maison, toujours la même. Lorsque le couple engendre, il élève à deux ses petits, il vole aile contre aile, il passe sa vie dans une familiarité tout unie, et en se becquetant manifeste sa concorde et sa paix. Il s’inspire en toute chose de la loi d’un entier accord. Voilà la simplicité qu’on devrait connaître dans l’Église, la tendresse qu’il faudrait obtenir. Des frères chrétiens n’ont qu’à imiter l’affection des colombes».