Homélie du 8 février 2009 - 5e DO
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        Nous voici devant le miracle le plus simple de tout l’Évangile. Le plus simple dans sa réalisation, mais le plus profond dans sa signification. Si dans tous les miracles que rapportent les évangélistes, la foi de celui qui demande est première et obtient du Christ une réponse, ici, rien n’est demandé et le Christ seul agit. Cela n’est pas sans rappeler la conversion de saint Paul. Dans un cas comme dans l’autre, l’initiative entière appartient à Jésus, qu’il saisisse la main de la belle-mère de Pierre ou relève Paul sur le chemin de Damas. L’un comme l’autre étaient saisis de fièvre: la belle-mère de Pierre par celle qui cloue son corps au lit; saint Paul par celle de son zèle aveugle qui consume son âme pour la loi de Moïse. Enfin, l’un comme l’autre, une fois relevés et renouvelés, se mettent au service de celui qui les a guéris. C’est peut-être là tout le mystère de l’Évangile. Si l’Évangile est cette bonne nouvelle qui nous annonce que Dieu s’est uni à l’homme dans la personne de Jésus-Christ, il est aussi cette bonne nouvelle que chaque enfant d’Eve, chaque fils d’Adam, est uni de quelque manière à Dieu dans le Christ. Malheur donc à nous si nous n’évangélisons pas! Malheur à nous, si nous ne faisons pas connaître notre vocation, notre appel.

        Mais le premier évangélisateur, c’est tout d’abord le Christ. S’il est sorti, c’est pour entrer dans notre vie et voir ce qui doit être relevé et à guéri. Car avant que le Christ ne nous visite nous étions tous comme la belle-mère de Pierre. Il nous arrive bien souvent d’être ressaisi par la fièvre parce que nous n’avons pas su tenir notre service.

        Déjà le livre du Lévitique avertissait le peuple élu: «Si votre âme se dégoûte de mes préceptes et ne met pas en pratique tous mes commandements – ce qui rompra mon alliance – moi, je vous ferai ceci: j’enverrai sur vous la terreur avec la consomption et la fièvre, qui font perdre les yeux et qui épuise l’âme». Le Christ se fait le médecin aussi attentionné qu’efficace: efficace comme il le fut pour Paul sur le chemin de Damas, attentionné comme il le fut pour la belle-mère de Pierre. C’est à chaque instant que Jésus nous tend la main pour nous relever de cette maladie qui touche notre cœur et notre esprit, et nous éloigne de son service et de son amour. Or, pour accomplir en vérité les commandements, c’est-à-dire aimer Dieu comme il veut, Lui, être aimé, et aimer comme il aime, il faut être guéri véritablement et accomplir notre service en devenant semblables à celui qui s’est fait le dernier des serviteurs, le Serviteur par excellence.

        De cela, nous sommes radicalement incapables par nous-mêmes. Il faut absolument que le Christ nous touche de sa main et nous communique, avec sa force, la santé du cœur et de l’esprit. Nous avons donc un besoin radical de la grâce de Dieu pour tenir notre service dans la fidélité à la volonté du Père et la cohérence entre ce que nous faisons et ce que nous croyons. Il faut que le Christ se penche sur nous et communique cette grâce qui est comme le sourire secret du Père.

        La grâce est le sourire de Dieu parce qu’elle naît de l’amour bienveillant du Père, de cet amour par lequel il nous a créés et dans lequel il veut nous sauver. C’est par la sensibilité de Jésus à la misère humaine, à son émotion devant la souffrance, que s’exprime la tendresse du Père. La grâce est un sourire de Dieu parce qu’il nous introduit dans le monde surnaturel de la véritable gratuité. Le salut est le don de Dieu et non un salaire mérité sans quoi la grâce ne serait plus la grâce. Dieu n’a pas voulu nous abandonner à notre état d’éloignement et d’ennemi de sa volonté. Nous étions sans forces, impuissants à sortir de notre situation et de nous relever par nous-mêmes. C’est dans la personne du Christ que nous sont venus la grâce et la vérité, sans autre cause que la bonté bienveillante de Dieu, la seule véritablement gratuite.

        Mais la grâce est un sourire secret. D’abord parce que c’est un sourire discret. Nous aimerions peut-être connaître nous aussi un chemin de Damas aussi fulgurant que manifeste. Certains l’ont connu. Mais malgré tout, pour nous comme pour Paul après sa conversion, il en est comme pour la belle-mère de Pierre. Si elle ressaisie notre vie à sa racine, la grâce préférera toujours, dans le quotidien de nos vies, les chemins parfois obscurs de notre esprit et de notre cœur pour faire se lever en nous l’homme nouveau et lui faire atteindre la mesure de perfection que Dieu veut pour chacun d’entre nous. Sans elle, en effet, nul service, nulle action, aussi généreux soient-ils, n’ont leur poids d’éternité. Elle épouse, vivifie et surélève, telle une sève, les mouvements de nos facultés pour leur donner d’agir et de produire un fruit qui est à la hauteur de Dieu parce qu’il a sa source en Dieu et s’épanouit en Lui.

        «Sans moi vous ne pouvez rien faire» nous dit le Christ. Alors n’ayons plus peur de vivre du don gratuit et immérité de Dieu. N’ayons pas peur de suivre de courir à la recherche de Jésus sorti dans le désert de nos vies. Par la générosité et la tendresse de sa grâce, il fonde notre fierté: celle d’avoir tout reçu pour que notre liberté d’enfant de Dieu rende gloire au sang qui nous a sauvés, à ce sang auquel nous allons nous abreuver pour être relevés. Amen.

 

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