Homélie du 21 juin 2009 - 12e DO
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Aujourd’hui, un peu partout dans le monde, des gens crient leur désespoir, parce que sur le plan économique et sécuritaire ils n’en peuvent plus. Bien souvent, leurs cris ne parviennent pas aux oreilles des responsables politiques, sociaux, et économiques. Si ces derniers écoutent, ils ne viennent pas en aide aux personnes en difficulté. Pourtant, c’est le devoir des dirigeants de venir en aide à tous ceux et celles qui les appellent. Alors, toutes ces personnes qui se retrouvent seules avec leur désespoir et leur misère, dans quelle direction doivent elles se tourner, afin de trouver un soulagement dans les tempêtes de leur vie? Faudrait-il qu’elles se taisent, parce qu’il n’y a personne qui vient à leur secours? Telle est la triste réalité de notre monde où les opprimés sont réduits au silence! Cette situation nous permet de comprendre la chance des disciples, qui, quand ils avaient peur dans la tempête, se sont tournés vers Jésus et ont crié: «Maître, nous sommes perdus; cela ne te fait rien?». Plus encore, Jésus a apaisé la tempête!

Lorsqu’il était parmi ses disciples, Jésus n’a jamais refusé d’aider ceux qu’il rencontrait. Mais dans le récit de la tempête apaisée, il y a plus que la manifestation de la miséricorde ou de la compassion. Elle nous indique quelque chose du mystère même de Jésus.

Dans les guérisons, l’action de Jésus était liée à sa relation avec son Père. A chaque miracle, Jésus demandait l’intervention de son Père. Même sur la croix, Il a demandé au Père de lui venir en aide: «Père s’il est possible que cette coupe passe loin de moi, non pas comme je veux, mais comme tu veux.» Cette attitude est pour nous une révélation. La puissance de Jésus sur le mal, la maladie ou la mort, est liée à son lien avec le Père. De même lors de la tempête apaisée, Jésus, n’est pas resté impassible devant le cri de désespoir des apôtres, mais en parlant avec autorité aux flots déchaînés, il se manifestait comme le Fils du Père tout-puissant qui a créé le ciel et la terre, les eaux et les vents. Ainsi Jésus se manifeste comme l’envoyé du Père, dépositaire de sa puissance créatrice. Jésus n’est pas seulement envoyé comme guérisseur des hommes, mais aussi comme sauveur de toute la création. C’est au nom du Père qu’il agit. Les disciples le reconnaissent comme Fils de Dieu.

La figure de la barque dans la tempête est aussi habituellement comprise comme une référence à l’Église. Notre Église traverse en effet une tempête sans précédent. En ce XXIe siècle, pour la plupart de nos contemporains, Dieu n’est plus une référence.
Au contraire, c’est la course vers ce qui est périssable, c’est-à-dire, que notre société s’éloigne de plus en plus de son Créateur. Comme les disciples dans la barque, nous ne baissons pas les bras, mais nous crions vers notre sauveur, en lui disant: «Maître, nous sommes perdus! Car sans ton aide, ton Église que nous formons tombe en ruine.» Comme les disciples, nous tournons notre regard vers Jésus, qui est notre boussole dans la foi, pour pouvoir résister à la tempête.

Mais il ne suffit pas de crier, il faut être avec le Sauveur et agir: aimer notre Église, et à travailler pour son rayonnement autour de nous. Pour le vivre, il est important que nous donnions la première place à Dieu dans notre vie quotidienne. En nous détournant du mauvais sur toutes ses formes qui nous empêche de tourner notre regard vers celui que peut nous sauver, le Seigneur, «qui a retenu la mer avec des portes, quand elle jaillit du sein de l’abîme», comme le dit le livre de Job.

Le rapprochement que je viens de faire pose une question: Les disciples n’étaient pas tout seuls sur la barque, même si Jésus dormait. Par contre, nous n’avons pas la présence immédiate et sensible de Jésus avec nous. Aussi il importe de reconnaître que dans la barque qu’est l’Église, Jésus est présent, même si nous ne sentons pas immédiatement sa présence. Jésus est le Ressuscité; il est présent. Il agit par son Esprit. Il connaît nos besoins. Mais comme nous sommes libres, Jésus attend que nous l’appelions librement. Ainsi, Jésus est plein d’amour et de miséricorde pour tous ceux qui l’appellent et qui le prient en vérité dans la foi. Mais cette disponibilité n’est pas une dispense pour exercer nos responsabilités. Elles se réalisent dans le temps, nous ne sommes pas exaucés tout de suite, aussi il nous faut persévérer dans la prière.

Le récit nous a appris que Jésus a été vraiment le sauveur de ceux qui étaient dans la barque; aujourd’hui, dans l’Église qui est sa grande barque qui navigue sur les flots du vaste monde dans ses tempêtes, Jésus est présent, même si nous ne sentons pas sensiblement sa présence – comme jadis les disciples qui le voyaient se reposer et dormir. Dans la tempête, nous devons crier vers lui, vers son Père de qui vient tout bien. Enfin notons que ce cri n’est pas individuel; nous le poussons ensemble. C’est la raison pour laquelle nous avons le besoin vital d’être ensemble, réunis dans la prière que nous faisons les uns pour les autres.

[|AMEN!|]