Homélie du 15 novembre 2009 - 33e DO
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Sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Oserons-nous, frères et sœurs, ouvrir cette porte? Question bien simple, mais qui à y regarder de plus près ne trouve pas de réponse évidente. D’un côté, ouvrir la porte, cela nous démange depuis un petit moment, tant les annonces de catastrophes climatiques, accidents nucléaires, attentats contre la vie des plus faibles, et guerres de civilisations ont un petit parfum d’Apocalypse now. Et la question de l’après se pose inévitablement. Puis-je entrouvrir la porte qui sépare le maintenant de l’après?

Oui, nous sommes tentés d’aller voir de l’autre côté de la porte. Mais, s’il n’y avait rien de l’autre côté, le néant, le vide, pourrai-je passer sans désespoir les quelques jours qui me restent sur cette terre déjà condamnée? Peut-être devrais-je essayer de vivre en faisant abstraction de ces annonces malheureuses. Après tout, il est sans doute préférable de pousser les portes virtuelles de facebook ou de twitter pour entrer dans un monde de paix, de joie, et d’amitié! Vivre les félicités d’un profil modifiable à l’infini, choisir et renier mes amis en un clic, mourir et ressusciter sans jugement dernier. Elle serait plus belle la vie!
Mais cette perspective de porte close ne me satisfait cependant pas, je sens bien que je suis appelé à bien plus qu’un bonheur de hamster courant dans sa petite roue, ma liberté étouffe vite dans ce bien-être à deux sous. D’où l’obligation pour moi d’écouter le Maître qui se présente à la porte si je veux être de ceux qui savent, ceux qui avancent dans leur vie vers un but certain. Lui aussi annonce un grand bouleversement du monde, mais s’agit-il d’un bouleversement du même type que celui présenté par nos médias, une explosion, un pourrissement sans lendemain?

Cette question que nous nous posons, est la même que celle posée à Jésus par ses disciples il y à deux mille ans. Ils ont été appelés par le Christ, ont tout laissé pour le suivre, ont admiré ses œuvres, contemplé les merveilles qu’il accomplissait, écouté ses enseignements dans toute la Galilée et la Judée. Mais en arrivant à Jérusalem, ils sentent bien que ce temps est révolu, le temps de la Passion annoncée trois fois par Jésus est perceptible, le climat est lourd. Si le maître doit mourir qu’adviendra-t-il après ce cataclysme? Et vient la question angoissée: «Dis-nous quand cela aura lieu et quel sera le signe que tout cela va finir…» (Mc 13, 4)

Jésus répond à la question en deux temps. Primo, en éclaircissant le «cela», ce qui doit avoir lieu. Secundo, en appelant ses interlocuteurs à entrer dans ce plan de Dieu avec espérance. Ce qui doit arriver fait nécessairement peur, car le temps de détresse annoncé par le prophète Daniel est confirmé par le Christ, voici un temps de détresse comme il n’y en a jamais eu depuis que les nations existent (Dn 12, 1). Mais le prophète nous dit aussi que ce temps de détresse est le passage nécessaire pour accéder au temps du salut de tous ceux dont le nom se trouvera dans le livre de Dieu. Comme la chenille doit nécessairement mourir à elle-même pour devenir papillon, notre monde doit nécessairement mourir à lui-même pour retrouver la vie, en Dieu. Notre tentation à nous est de rester obnubilés par la dimension destructrice de ce passage: notre monde, nous y tenons!

Aussi, le Christ a-t-il effectué lui-même le passage, pour nous montrer le chemin. Par son sacrifice unique, il a mené pour toujours à leur perfection ceux qui reçoivent de lui la sainteté nous dit l’auteur de la lettre aux hébreux.

Sur la croix, a eu lieu ce grand combat contre Satan et ses anges, sur la Croix, le Christ a accepté cet abandon total de lui-même, et il a été vainqueur de la mort dans sa résurrection, par la croix le Christ a déjà introduit le Royaume de Dieu dans le monde! Le Royaume de Dieu que nous goûtons chaque fois que nous communions au corps et au sang du Seigneur, c’est ce même Royaume que nous connaîtrons en plénitude à la fin des temps.

C’est en vue de cet accomplissement définitif que le Christ invite ses disciples à entrer dans une attitude de veilleurs. Le veilleur ne se contente pas d’observer, il alerte aussi.

Ce qui implique de sa part une attention de tous les instants aux signes qui l’entourent, une intelligence prête à décrypter ces signes, et une ouverture à ses proches pour les instruire de ce qui vient. C’est en cela que le chrétien est acteur de la venue Royaume. Car lorsque le monde lui crie: Anne, ma sœur Anne, ne vois tu rien venir? le baptisé ne peut se contenter de répondre: Je ne vois rien que le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie.

Par sa formation religieuse, par sa vie de prière et d’étude, par son attention aux signes des temps, le disciple du Christ devient ce jardinier qui voyant les jeunes pousses du figuier annonce la venue de l’été, ce jardinier qui à chaque instant de sa vie répète: Mon âme attend plus sûrement le Seigneur qu’un veilleur n’attend l’aurore.

Amen.

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