Homélie du 3 janvier 2010 - Épiphanie
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Il était une fois un roi qui avait trois filles. Un jour, il se demanda laquelle de ses filles lui succéderait. Il voulait que ce soit celle qui l’aimerait le plus… Il les convoqua donc et leur dit : « Mes filles, je suis vieux, et je dois choisir la future reine. Que chacune me dise donc comment elle m’aime ! ». Les aînées répondirent d’une seule voix : « Père, je vous aime comme l’or ! ». Mais la dernière, nommée Maruška, dit : « Papa, je vous aime comme le sel. » Silence. « Du sel… » gronda le roi « du sel !!!… » « Oui, papa, je vous aime comme le sel ». Le roi devint furieux. « Mais le sel ne vaut rien. Si tu m’aimes comme du sel, c’est que tu ne m’aimes pas ! Pars, va-t-en ! » cria le roi… et il ajouta pour se moquer: « Si un jour, le sel vaut plus que l’or, reviens et tu deviendras reine ! »

Maruška, toute triste, quitta le palais, marcha dans la campagne, et arriva chez une grand-mère très chaleureuse. Quand Maruška lui eut raconté son histoire, la grand-mère lui dit: « Ne perds-pas courage, ma fille, attends. Ton jour viendra, et le roi reconnaîtra son erreur. » Et la grand-mère recueillit Maruška chez elle. Le temps passa… Beaucoup de temps… Maruška était chez la grand-mère. Le roi, lui était avec ses deux grandes filles. Et il finit par comprendre qu‘elles aimaient l’or, qu‘elles aimaient vraiment l’or, vraiment beaucoup l’or, beaucoup plus que leur père.

Voici qu‘un jour, son cuisinier annonça : « Sire, il n’y a plus de sel. Que faire ? » Le roi dit : « Ne cuisine qu’avec du sucre ». Mais vite, bien sûr, tout le monde fut écœuré. Et la nouvelle se répandit partout dans le pays qu’il n’y avait plus de sel, plus du tout… la grand-mère l’apprit, et dit à Maruška : « C’est le moment de revenir chez ton père. Pars mais prends d’abord ce sac de sel et ce bâton magique. » Maruška revint au château, arriva devant le roi, demanda un morceau de pain, et mit du sel dessus. Alors le roi la reconnut, se souvint de sa promesse, et la déclara reine. Maruška toucha le sol de son bâton, le sol s’ouvrit, une mine de sel apparut, et désormais, dans la royaume, personne ne manqua plus de sel.
Cette ancienne légende apporte une leçon importante pour les enfants, petits et grands. En effet, Maruška, se trouva devant un problème nouveau : que devait-elle faire avec l’or de son père, qui en avait beaucoup ? Elle savait le mauvais exemple de ses sœurs – qui voulaient avoir de l‘or, mais jamais en offrir – et elle avait été chassée justement à cause de l‘or. Que devait faire Maruška, devenue reine par le sel, et contre l’or ? Devait-elle détester cet or qui lui avait fait tant de tort ?

Elle ouvrit sa Bible, et, lut qu‘un roi mage venu de loin avait offert de l’or à l’enfant de la crèche, car pour lui, cet enfant Jésus était un roi, un roi plus grand que lui, beaucoup plus grand. Alors Maruška comprit qu’il lui fallait aimer à la fois le sel et l’or. Aimer le sel, oui, car sans sel, la vie est difficile : les aliments pourrissent, les routes glissent, la nourriture perd son goût, et donc le reste de la vie aussi. Ce n’est pas pour rien que le sel est le symbole de la sagesse ! Et Maruška le savait : c’est le sel qui l’avait faite reine. Mais il lui fallait aimer l’or aussi. Parce que c’est une étoile brillante comme de l’or qui avait guidé le mage depuis la lointaine l’Arabie jusqu’à l’étable de Bethléem, et c’est de l’or qu’il avait offert au roi des rois.

Voilà la leçon pour Maruška. Oui, il y a une leçon pour nous aussi. Maruška a accepté l’or parce que le roi mage s’était servi de l’or pour arriver jusqu’à Jésus et pour l’adorer. Mais maintenant Jésus n’a plus besoin qu’on lui offre de l’or, il n’a pas envie qu’on lui offre de l’or. De quoi Jésus a-t-il besoin, de quoi a-t-il envie, pour lui bien plus précieux que l’or ? Il a envie d’un peu de notre temps. Qu’est-ce que nous allons lui offrir ? De l’or ? Non il n’en veut pas… mais un peu de temps. De même que Maruška a découvert que l’or est précieux quand on l’offre, surtout à Jésus, de même nous devons comprendre que le temps est précieux, surtout si on l‘offre à Jésus. La pièce d’or que nous pouvons offrir à Jésus, c’est un moment d’adoration, un moment seulement pour lui, pour l‘adorer. Là, où est notre trésor, là sera notre cœur. Offrons dès maintenant de notre temps à Jésus, pour nous préparer à la joie de l’éternité. D’ailleurs, c’est ainsi que nous deviendrons de vrais chrétiens, de ceux à qui l’Évangile dit « soyez le sel de la terre. »