Homélie du 17 février 2010 - Mercredi des Cendres
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[|Qu’est-ce que le carême?|]

Le carême est un temps de jeûne, de prière et d’aumône. Or, pour les débutants que nous sommes, il est difficile de jeûner, prier et faire l’aumône en même temps. C’est pourquoi l’Église nous propose de commencer par le jeûne. Oui, il n’y a que deux jours – le mercredi des cendres et le vendredi saint – il n’y a que deux jours par an où l’Église nous demande vraiment de jeûner. Bien sûr, avec modération, tenant compte de nos limites, de notre faiblesse.

En même temps, l’Église ne va jamais contre l’Évangile. Et l’Évangile nous dit, que si nous jeûnons avec un air sombre ou une mine défaite, il valait peut être mieux ne pas jeûner. Le jeûne qui plait au Seigneur a besoin de l’âme, c’est-à-dire de la prière. Et le jeûne qui prie doit nécessairement donner des fruits, c’est-à-dire l’aumône. Le jeûne doit être accompagné par la prière et par l’aumône, et pour les débutants que nous sommes, ce n’est pas facile. Nous arrivons au début de notre carême sans savoir comment commencer. Par le jeûne, la prière ou l’aumône ?

C’est pourquoi aujourd’hui, mercredi des cendres, l’Église nous propose un signe qui nous aidera à démarrer dans ce triple chemin de la pénitence. Tout à l’heure, chacun de nous recevra un signe sur le front : un peu de cendres, qui sera accompagné par des paroles. Par des paroles qui sont, osons le dire, terrifiantes : « Tu es poussière et tu retourneras à la poussière. »
Les cendres et la poussière. Voilà la lessive, noire et grise, sur laquelle nous sommes invités à réfléchir aujourd’hui, ce mercredi des cendres. Le message de la poussière, le message des cendres, on peut le comprendre de trois façons différentes:

Le premier point : la poussière exprime bien le fait, que notre être, notre être humain est totalement dépendant de son Créateur. C’est Lui qui nous a créés, pour faire savant, ex nihilo, pour faire bref, à partir de rien. Sans Dieu nous serions encore moins que de la poussière : nous ne serions rien, nous ne serions pas du tout.

Le deuxième point : nous sommes appelés du néant, de la non-existence à une haute vocation : être à l’image et à la ressemblance de Dieu. Mais nous avons perdu l’intégrité de cette image, de cette ressemblance. Une part de notre être est même destinée à se décomposer – jusqu’à la poussière. Les cendres sont le reste de notre vaine gloire, le signe de la corruption.

Pourtant, et c’est notre troisième point, nous sommes appelés à nous relever. A renaître de l’eau et de l’esprit, à passer d’une vie corruptible à une vie incorruptible, à passer de la mort à la résurrection. Telle est notre espérance, telle est notre foi.

Tout à l’heure, le signe des cendres nous sera imposé sur le front. Terminons notre méditation, en ce premier jour du carême, en pensant à notre front, cet espace unique de notre corps. Oui, ce n’est pas un estomac vide que nous présentons aujourd’hui au Seigneur : c’est notre front. Le front, c’est un des miroirs de notre âme. « La gaieté du front doit être le reflet de la paix de l’âme » disait mère Marie-Anastasie, la fondatrice des sœurs dominicaines de Monteils. Le front est non seulement un espace, où quelque chose qui est à l’intérieur, peut se manifester : c’est aussi un paysage libre, où un signe peut s’introduire.

Aujourd’hui, nous acceptons humblement, ce signe des cendres comme un signe d’appel au renouveau. A la conversion. A la nouvelle naissance. A la vie éternelle. Ainsi, notre front se prépare à une dignité inouïe : il est promis dans le livre de l’Apocalypse, que nous verrons la face de Dieu, et son nom sera sur notre front. Recevons le signe de cette espérance, et soyons prêts, dès maintenant, annoncer le retour de Celui qui vient faire toutes choses nouvelles.