Homélie du 21 février 2010 - 1er DC
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Un spectacle d’illusionniste. Telle pourrait être la perception que l’on a du séjour au désert et des tentations du Christ. De fait, le Christ est sans péché et ne peut avoir aucune connivence avec le mal. Il est le Saint par excellence. Tout est donc joué d’avance : le Christ se joue du démon sans grand risque et le démon ne peut qu’être joué. Reste la valeur exemplaire par laquelle le Christ nous montre le chemin qui nous permet de vaincre à notre tour les pièges du malin et les tentations.

Commençons peut-être par ne pas séparer ce que l’Évangéliste a uni. Il y a un lien étroit entre le séjour au désert et le Baptême de Jésus par Jean. C’est tout rempli de l’Esprit Saint que Jésus est conduit au désert par ce même Esprit. Et pareillement, au Baptême et au séjour au désert répond le Jardin des Oliviers et le Golgotha. Au baptême, l’eau consacre, pour ainsi dire, Jésus comme l’Agneau sans tâche qui sera immolé pour les péchés du monde; immolé sur la croix, il devient la source d’eau vive qui jaillit en vie éternelle. Au désert, il récapitule en lui toute l’histoire d’amour qui fiance, à travers le Peuple élu, l’humanité à son Créateur. A Gethsémani, il récapitulera toute l’humanité pour qu’elle devienne l’Épouse sans tâche toute parée pour son Époux.

En affrontant le Démon au désert, c’est déjà la Tête du Peuple nouveau qui se révèle, c’est déjà l’Époux qui exerce sa puissance de vie et d’amour afin de nous rouvrir l’accès à l’intimité avec Dieu. Tout le temps du Carême est peut-être là. Car c’est bien d’intimité dont il est question aujourd’hui: intimité du Christ avec son Père, intimité du Christ avec nous. Il nous invite à passer par lui pour parvenir à la chambre nuptiale et aux noces de l’Agneau; il nous montre comment tenir avec lui dans l’amour de l’obéissance filiale; il nous introduit en lui à vivre dans l’obéissance de l’amour.

C’est pourquoi avec lui, nous jeûnons; par lui, nous prions; en lui, nous vivons de la miséricorde.

Le Christ en jeûnant se révèle la Parole sortie de la bouche du Père et le Pain de Vie. Il supprime la distance En jeûnant, nous voulons à la fois affiner en nous la sensibilité de nos esprits, de nos cœurs, de nos corps pour mieux écouter le Christ et nourrir notre fidélité. Chacun sait ce qu’il doit retirer de sa vie quotidienne retirer de sa vie quotidienne pour retrouver le goût de l’unique nécessaire Chacun sait ce dont il doit se dépouiller pour recevoir en vérité le Corps du Christ. Avec le Christ nous jeûnons, parce qu’avec le Christ nous retirons ce qui ne nous introduit pas dans son intimité.

C’est pourquoi nous prions par lui. Sans le Christ qui vient jusqu’à nous pour vivre avec nous et en nous, nous ne saurions être introduits dans l’intimité du Père. Si tout pouvoir a été donné au Christ sur terre et au ciel, c’est pour nous introduire dans le royaume de son Père, notre vraie Patrie. C’est pour cela que le Christ affronte le Démon sur la Montagne. Quels sont ces royaumes proposés au Christ? Tout ce qui en nous échappe à la puissance du Christ et reste au pouvoir du mauvais, tout ce qui ne relève pas encore ou ne relève plus de notre qualité de citoyen du Royaume de Dieu. Notre choix est simple: ou l’adoration du Père par laquelle nous reconnaissons notre dépendance envers sa Seigneurie, ou l’aplatissement devant le monde.

En priant par le Christ, nous gravissons la montagne qui nous découvre cette patrie où se vit notre intimité avec le Père. Mais qu’est-ce qu’une patrie ici-bas sinon ce lieu de la naissance et de l’éducation. Or notre patrie, c’est le Christ car nous recevons de lui la vie divine qui ne demande qu’à croître en nous. Et nous recevons du Christ ce qui nous permet de vivre comme lui cet amour de l’obéissance qui nous arrache à nous même, nous éduque et nous élève au-dessus de nous-mêmes : obéissance de l’esprit, du cœur et même du corps par laquelle nous plions notre volonté à faire notre celle du Père en ressemblant toujours plus à son Fils, vraie image du Père.

Mais voilà que se profile la troisième forme de tentation: tenter Dieu. Et tenter Dieu qu’est-ce sinon refuser de vivre de l’obéissance de l’amour ? En se laissant hisser au plus haut du temple, Jésus nous montre qu’en lui, le vrai temple, se trouve l’Esprit Saint qui donne vie à nos esprits, nos cœurs, nos corps pour qu’ils n’aient d’autre que loi que celle de la Charité. Il y a une obéissance de l’amour dont les deux expressions sont la justice et la miséricorde. Justice en faisant l’aumône de nous-mêmes à Dieu par une vie toujours plus cohérente avec les exigences de la foi et du Salut ; miséricorde, en faisant aux autres comme à nous-mêmes l’aumône de ce qui permet à tout un chacun de restaurer sa dignité spirituelle, morale et physique.

Alors, oui vraiment, lors du jugement que nous n’aurons rien à regretter. Amen.