Homélie du 1 novembre 2010 - Solennité de la Toussaint
Avatar

Frères et sœurs, l’Église nous invite aujourd’hui à célébrer dans la joie la solennité de la Toussaint. Fête de la Toussaint, fête de la communion de tous les saints. Nous confessons dans le symbole des apôtres: je crois à la communion des saints. Cette foule immense que Saint Jean nous fait contempler dans le livre de l’apocalypse évoque un double mystère: la communion des saints est cette réalité vers laquelle nous allons mais elle est aussi cette grâce agissant au présent au cœur de l’église comme en chacune de nos vies. Cette communion est à la fois communion de l’église du ciel et de la terre et communion des biens spirituels, avec eux et entre nous. Tout ce que les saints ont acquis par grâce, ils veulent nous le partager. C’est ce disait la petite Thérèse: «Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre». Les saints sont plus que des exemples à suivre, ils nous accompagnent, ils entendent nos prières et ils intercèdent pour nous. Que pouvons-nous leur demander?

D’abord de nous rappeler que nous sommes tous appelés à la sainteté à condition de nous convertir vraiment à l’évangile. C’est le premier message promulgué la semaine dernière à la fin du synode des églises du Moyen Orient: «Sans conversion à l’Évangile, pas de communion ni de témoignage». Les saints nous aident à réaliser cet appel mais ils nous invitent aussi à comprendre ceci. L’appel à la sainteté nous effraie à tord. Nous le comprenons mal en pensant qu’il s’agirait d’abord de vivre des choses difficiles ou extraordinaires. Les lectures de cette célébration peuvent nous aider à en retrouver le vrai sens. La vie des saints nous y aide.

La sainteté s’enracine en effet dans cette première découverte, celle de notre baptême: Dieu nous a créés par amour et c’est encore par amour qu’il nous sauve et nous libère de notre condition humaine blessée par le péché. C’est progressivement que le peuple juif a fait cette découverte dans l’Ancien Testament. Un détail de la première lecture nous le rappelle en nous faisant contempler cette foule immense habillée en vêtements blancs et portant des palmes à la main. Ces palmes évoquent la grande fête juive des tentes. On y rappelait le souvenir de la traversée du désert où le peuple élu habitait sous des tentes, symbolisées ultérieurement par celles fabriquées avec des branches et des palmes. Ces palmes à la main rappelaient donc comment Dieu avait libéré son peuple de l’esclavage d’Égypte et continuait à le libérer en le menant vers la terre promise. Porter des palmes à la main célèbre donc l’émerveillement de se savoir aimé et sauvé par Dieu: «Le salut est donné par notre Dieu, chante l’Apocalypse, lui qui siège sur le Trône et par l’Agneau». Porter des palmes à la main, n’est-ce pas d’abord vivre dans la reconnaissance pour Dieu, pour le Christ et pour notre prochain.

Mais la sainteté n’est pas seulement la reconnaissance: elle est accueil d’une vie nouvelle avec le Christ qui nous appelle à un merveilleux avenir. C’est ce que nous dit Saint Jean dans sa première épître: «Bien-aimés dès maintenant nous sommes enfants de Dieu mais ce que nous sommes n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation, nous lui serons semblables parce que nous le verrons tel qu’il est». La vie chrétienne n’est pas d’abord une morale mais une nouvelle naissance avec le Christ qui nous fait entrer dans le bonheur d’une communion d’amour avec Dieu et notre prochain. Pas l’un sans l’autre. Ce mystère est caché mais il nous appartient d’en faire la source la plus belle de tout ce que nous vivons. Il nous faut aussi faire tout notre possible pour grandir dans cette vie et nous préparer à rencontrer un jour celui qui nous aime tant et aider notre prochain à le découvrir.

Pour grandir dans cette vie, il nous faut prendre au sérieux cette première béatitude: «Heureux les pauvres de cœur: le Royaume des cieux est à eux». Voilà la grâce première de cette vie nouvelle en laquelle toutes les autres prennent leur source. Toutes nos épreuves ont pour effet de nous faire expérimenter notre grande pauvreté et nous disposer, grâce à la foi, à accueillir davantage le don de Dieu. La vraie sainteté est de nous laisser rejoindre et transformer par le Christ. Mais la béatitude continue: «Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux». Sous cette expression mystérieuse de Royaume des cieux, l’évangile cache un secret: le Royaume n’est pas un lieu, ni un programme, c’est quelqu’un, c’est le Christ Jésus lui-même dont nous devenons les membres vivants de son corps.

La sainteté est accueil mais aussi fidélité à cette nouvelle naissance dont le cœur est la vie de l’Esprit Saint qui est vie de charité. L’évangile des béatitudes nous en dit le mystère. Le vrai bonheur est le fruit d’une vie de vraie charité. C’est en aimant et en nous découvrant aimés par Dieu que nous le trouverons. Ce sera d’abord l’expérience de ce cœur nouveau vivant pleinement dans l’abandon, la confiance, la douceur, mais aussi dans les larmes sans oublier cette faim et soif de la justice. Ce sera aussi la découverte que la charité doit être active sous peine de mourir: heureux donc les miséricordieux, les artisans de paix et les persécutés pour la justice.

Pour conclure, rappelons-nous que l’appel à la sainteté se vit en Église. Si grandir en sainteté, c’est grandir dans cette communion avec tous les saints, il est impossible de le vivre en vérité sans grandir en communion d’église et les uns avec les autres. N’est-ce pas l’eucharistie qui en est le cœur? N’est-ce pas dans l’eucharistie que la communion des saints ravive en nous cette conviction: Dieu a besoin de chacune de nos vies pour changer notre monde.