Homélie du 7 novembre 2010 - 32e DO
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A rabbin, rabbin et demi. A l’argumentation attrape-nigaud des Sadducéens, argumentation d’ailleurs bien connue à cette époque par tous ceux qui niaient la résurrection des corps, Jésus répond de manière tout aussi rabbinique et cloue le bec de ses contradicteurs. Mais il sait bien que la question essentielle posée à travers ce cas d’école est celui de la mort. Il sait que si l’on ne répond pas à cette question posée à toute vie humaine, on a, en définitive, rien répondu du tout. Et Jésus y réponds. Si Dieu a donné la vie, ses dons sont sans repentance. Il nous a voulu pour lui et nous vivons pour lui. Si la mort est une réalité, elle n’est pas un anéantissement, une disparition dans le néant. Dieu est le Dieu des vivants. Et de quelque manière, ils sont vivants ceux qui attendent de retrouver ce corps pétri de boue, voué à retourner à la poussière, mais dans lequel Dieu a soufflé son haleine de vie. Ils n’ont pas péri puisqu’ils sont fils de la résurrection et que pour l’être humain, il ne saurait-y avoir de vie véritablement humaine sans corps.

Mais le Christ n’est pas celui qui se contente d’apporter des réponses aux arguties de ses détracteurs. Il est devenu lui-même la réponse. Car si Dieu le Père a envoyé son propre fils, né d’une femme, né sujet de la Loi, c’est afin d’être pour nous la résurrection et la vie. Il est venu pour que nous ayons dès à présent part à la résurrection et à la vie. En parlant de «ceux qui auront été jugés dignes d’avoir part à ce monde là», il s’adresse à tous ceux qui sont unis à lui par la foi et par les sacrements. N’avons-nous pas été plongés dans la mort et la résurrection du Christ lors de notre baptême? Ce qui est incorruptible doit absorber dès à présent ce qui est corruptible.

Il faut passer de la servitude dans laquelle le péché nous maintient au service de la vraie vie. Et cela revient à être toujours mieux membre du corps du Christ et temple de l’Esprit pour faire croître en nous les dons qui vivifient et libèrent. C’est en cela que consiste le combat spirituel dont nos corps sont entièrement partie prenante. Il s’agit pour nous de devenir des enfants de la résurrection et donc de nous attacher à la seule réalité dont saint Paul parle aux Colossiens: le corps du Christ.

Et d’abord le corps du Christ ressuscité car il est le gage de notre propre résurrection à la fin des temps. Mais aussi, il est ce corps par lequel le Christ nous a arrachés à la puissance du péché et de la mort par toute sa vie et surtout par sa mort. Sa mort fut une mort au péché, il a condamné le péché, transformant la malédiction et la stérilité de la Loi en bénédiction et en vie éternelle.

Il nous a ainsi délivrés de la servitude mais il nous aussi fait membre de son corps pour que nous entrions dans le service de ses dons. La dignité du corps n’atteint pas ici-bas sa plénitude, mais par la grâce il commence une vie de ressuscité en servant l’ordre de la charité. Il devient ainsi l’instrument de la liberté des enfants de Dieu car notre service ne sera vraiment agréé par Dieu que s’il est accompli avec un cœur libre et un corps libre.

Mais cet esprit et ce corps ne seront vraiment libres que si nous nous souvenons que nos corps sont Temple de l’Esprit Saint. Après la chute, Dieu n’a pas maudit ni Adam ni Ève. Il et à simplement mis en face de leur nouvelle situation: «Je multiplierai les peine de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. Ta convoitise te portera vers ton mari et lui dominera sur toi.» Faire que nos corps soient toujours plus le lieu où la Trinité Sainte se plaît à demeurer, entraîne nécessairement que soit guérie en nous cette convoitise qui nous enferme sur nous-mêmes, qui fait que nous instrumentalisons nos corps ou celui d’autrui. Il s’agit de remettre de l’ordre dans notre esprit mais aussi dans notre corps pour qu’il devienne le lieu du savoir vivre avec Dieu et avec le prochain. Si être membre du corps du Christ, c’est vivre de sa vie et nous laisser éclairer par sa vérité, être Temple de l’Esprit c’est acquérir le savoir vivre du Christ. Les sept frères du livre des martyrs d’Israël ou ceux qui actuellement connaissent la persécution dans les pays du Proche et du Moyen Orient, nous montre jusqu’où peut aller ce savoir-vivre. Laissons le savoir-mourir aux philosophes grecs. C’est du savoir-vivre du Christ dont ils sont les témoins. Mais s’il n’exige pas encore cela de nous, il reste le seul moyen, dans un monde qui veut nous enfermer dans toutes les formes de convoitise de professer notre foi avec joie, cohérence et simplicité, à la maison, au travail et dans nos responsabilités de citoyens.

La qualité de notre vie de sainteté dépendra de la qualité de notre service. Corps et âme, il nous faut l’accomplir. Mais toute la peine que nous y mettons ne saura une offrande agréable à Dieu que si, loin de le faire à demi, par devoir forcé, nous l’accomplissons dans la joie de ceux qui porte un joug léger qui nous attache à la vérité et à la charité de Dieu Notre Père. C’est ce service incarné de l’amour véritable qui nous vaudra, avec la grâce de Dieu, d’être accueillis à la résurrection des morts peut-être par ces mots paraphrasés d’une formule célèbre: «Ton corps a été à la peine, il est normal qu’il soit maintenant dans la gloire». Amen.