Homélie du 13 mars 2011 - 1er DC
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Et bien voilà, Le combat a repris! Du moins, il continue mais avec une intensité renouvelée.

Nous avons eu le temps de fourbir nos armes. Il a peut-être fallu ôter un peu de rouille du glaive de la Parole de Dieu, décabosser le casque du Salut, redresser le bouclier de la foi et remettre en place quelques pièces de l’armure de la charité. Mais nous voilà prêts pour entrer de plein pied dans la bataille: celle du Christ en nous et par nous, combat commencé lorsque le Christ Jésus est allé au désert. S’Il n’est plus tenté, lui, personnellement, il est tenté en nous qui sommes les membres de son corps.

Par le jeûne, la prière et l’aumône, le Christ nous donne les règles de la lutte et nous entraîne au combat dans les deux sens du terme: il passe devant, lui qui par son obéissance au désert reverse le péché originel et par son amour sur la croix deviendra notre seule justification; il nous apprend à profiter au mieux de l’intégralité des moyens qu’il nous a laissé pour que nous retrouvions en Lui notre intégrité perdue.

Nous avons les armes, nous avons les règles du combat, il nous reste à trouver la devise qui nous permettra de tenir jusqu’au bout. Pourquoi ne pas reprendre celle de ces soldats mythiques qui dans l’Irlande des temps anciens protégeaient et propageaient par leurs exploits la gloire du Haut-Roi: «La force dans les bras, la vérité sur les lèvres et la pureté dans le cœur.» Avec elle nous pourrons, s’il plait à Dieu, passer avec le Christ un peu plus loin, un peu plus haut, vers la victoire! C’est-à-dire notre justification.

Pour y parvenir, nous avons besoin de force, de cette force qui nous tend tout droit vers le but, nous dégage la route et purifie notre désir. Adam et Ève avaient trouvé le fruit de l’arbre du bien et du mal désirable, il l’avait mangé pour ne plus dépendre que d’eux-mêmes. Voulant être plus forts par l’acquisition du discernement ils sont tombés dans une faiblesse congénitale.

Par son jeûne, le Christ redresse le désir d’Adam et le remet dans l’ordre pour qu’il puisse accomplir son service en reprenant sa place au sommet de la création et en devienne le plus beau fruit. Par notre jeûne, nous voulons écarter tout ce qui ne nous fait pas tenir ce service par lequel nous suspendons toute chose à la volonté du Père qui a tout créé par amour. Nous ne le tiendrons que si nous redécouvrons le sens de l’eucharistie, le pain des forts. «L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche du Seigneur».

Le Christ s’est fait notre pain pour aller jusqu’au bout de sa mission: «Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir.» Il vient pour que nos cœurs de pierre deviennent la nourriture tendre du Père en jetant toutes nos forces à vaincre le mal par le bien, en servant ne nous fera jamais déchoir mais nous fortifiera en nous faisant aller jusqu’au bout: l’ordre voulu par Dieu en devenant parfaits comme notre Père céleste est parfait.

En découvrant qu’ils étaient nus, en se couvrant de feuille de figuier, Adam et Ève voulurent cacher comme ils purent leur radicale indigence. Finalement, ils se mentirent à eux-mêmes et nous-mêmes savons si bien les imiter. Nous aimons bien nos feuilles de figuier. Voilà pourquoi, il nous faut «la vérité sur les lèvres». Sans doute cela commence nécessairement par le rejet du mensonge et de la médisance, de ces sourires en coin ou de ces regards de biais que l’on se jette entre initiés pour partager notre condescendance. Mais avant cela et pour cela, il faut être vrai, devant Dieu et devant les hommes. Se mettre à nu devant Dieu par la prière véritable qui ne recherche pas sa volonté propre mais celle du Père; témoigner devant les hommes de notre cohérence toujours plus forte entre ce que nous disons et ce que nous faisons.

Vouloir ne pas tenter Dieu n’est-ce pas approfondir la grâce reçue à notre confirmation? N’est-ce pas nous appuyer sur la pierre qu’est le Christ pour que notre vie devienne prière et ainsi entrer dans le Temple du Père avec la vérité pour tenue de service?

Il reste encore à faire descendre cette vérité au plus profond de notre être pour que toute notre vie en soit illuminée. Et voilà ce qu’est la «pureté dans notre cœur». Nous la trouverons au sommet de la montagne où le Christ nous a hissés lors de notre baptême. Elle nous permettra de nous pencher avec sollicitude sur les royaumes d’en bas non pas avec le regard du Satan mais avec celui transformé par notre intimité avec le Christ. Car la pureté du cœur nous vient de ce que le Père nous a fait l’aumône de sa miséricorde.

Le Christ est l’aumône du Père qui est venu arracher les royaumes de la terre à celui qui les tenait sous son pouvoir. A nous d’être l’aumône du Christ Sauveur les uns pour les autres en luttant pour toutes les forces de vie contre les puissances de mort, d’injustice. Mais sans oublier que l’accomplissement de nos espérances, fussent-elles les plus hautes ne s’achèvent pas à notre horizon mais en celui qui en est la Source: le Père des miséricordes. Aumône et miséricorde sont la même chose. Miséricorde est latine et aumône est grecque.

Au terme de ces quarante jours comme à celui de notre vie puissions-nous avoir mené le bon combat qui nous ouvrira les portes de la résurrection quand sur leur seuil nous pourrons dire avec saint Paul: «Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi