Homélie du 14 août 2011 - 20e DO
fr. Pierre Zgirski

C’est troublant, c’est angoissant, c’est désespérant… le silence face à la détresse.

Face aux cris de supplication de cette mère, le Seigneur se tait!

Pourtant, au Pays de Zabulon et de Nephtali, il n’avait été que miséricorde et bonté:

– Il avait multiplié les paraboles pour enseigner les foules

– Il avait multiplié les guérisons

– Il avait multiplié les délivrances

– Il avait multiplié les pains

Et tout cela était parvenu jusqu’aux oreilles de cette Cananéenne: elle avait tout misé sur cette rencontre… pensez-donc, il pouvait aussi expulser le démon qui malmenait sa fille non?

Et ce fils de David ne dit rien! Il se tait!…

C’est trop peu pour la décourager, elle qui a déjà bravé les interdits: en approchant un homme au grand jour, en s’adressant à un juif qui plus est…

Dans l’épaisseur de ce silence, elle continue de se frayer un chemin vers Jésus et de crier son désarroi. Pour les disciples s’en est trop, ses cris sont insupportables, ils s’en mêlent: «procure lui et procure nous la paix Seigneur!»

Allons! dis seulement une parole d’autorité et nous pourrons enfin nous reposer… Ici, à l’écart, loin de tous ces pharisiens et scribes hypocrites…

«je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël»… Pour une parole d’autorité, c’en est une, elle désarçonne les disciples. Pas un, pas même Pierre, pour oser demander une explication.

Cependant, ni mépris, ni indifférence dans la réponse de Jésus – ou nous ferions fausse route, simplement la vérité sur sa mission et la fidélité de Dieu à son alliance.

Pas de répit, pour autant, pour le Fils de l’homme, même hors des frontières d’Israël: d’un côté, impossibilité de passer incognito; de l’autre, nécessité d’enseigner ses disciples sans intelligence sur les voies de Dieu:«Le Salut vient des juifs».

Cette vocation spécifique d’Israël, Dieu l’a donné à Abraham par une bénédiction:

«Toutes les nations de la terre trouveront bénédiction à travers toi». Étant de la descendance d’Abraham, la vocation d’Israël, c’est d’accueillir le rejeton de la souche de Jessé, de le reconnaître comme le Messie, le Sauveur, le Libérateur annoncé par les prophètes.

Et seulement, une fois glorifié sur la croix, de l’annoncer à toutes les nations.

Si Jésus enseigne ses disciples, la cananéenne nous enseigne – nous les fidèles, la persévérance face à la résignation ou au découragement qui nous guette si souvent dans la prière.

Elle campe aux pieds de Jésus, trop tard pour la renvoyer. Prosternée devant son Seigneur, sa confiance n’a pas fléchi, elle ne lâchera pas prise. Ce secours elle le veut, elle le crie! Face à la violence de l’humilité de cette mère, Jésus cède et lui adresse enfin une parole.

«il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le donner aux petits chiens». La réponse à de quoi heurter nos oreilles d’occidentaux… Mais, dans ce dialogue qui s’instaure entre Jésus et la cananéenne, c’est le Seigneur qui poursuit l’enseignement de ses disciples.

L’heure des païens n’est pas encore venue, le Verbe de Dieu a pris chair d’une mère juive pour dresser la table de réconciliation par l’offrande de sa vie, c’est à Israël qu’il revient d’abord d’y prendre place.

La cananéenne porte un regard limpide et sans fard sur son statut: comme les petits chiens, elle saura se contenter des miettes qui sont tombées de la table pour apaiser la faim qui la tenaille: en l’occurrence la délivrance de sa fille. Heureux sommes nous si nous avons cette même lucidité sur notre état de pécheurs mais pardonnés et fortifiés par le pain de vie.

Désormais, Jésus l’appelle «femme» comme Marie à Cana. Mon heure deviendra la vôtre, à vous les païens, lorsque j’aurai manifesté ma gloire sur la Croix.

Mais toi «Ô femme» parce que tu as saisi par grâce le mystère du Salut de Dieu, tu en goûteras les fruits dès aujourd’hui car «grande» est ta foi. Tu as précédé le peuple d’Israël à la table de la miséricorde divine.

Ta prière exaucée sera comme un signe annonçant que le Salut vient des juifs et qu’il est offert à tous.

Puissions-nous à notre tour, recevoir un tel compliment de la part de notre Seigneur pour notre foi. Et si elle est trop faible, mettons-nous à l’école de cette cananéenne: importunons Dieu, implorons notre Seigneur avec confiance et humilité. Et comme le dit Isaïe: «il nous rendra heureux dans sa maison de prière» car «il fera bon accueil» à l’offrande de notre misère.

Dès à présent, soyons dans la joie car il nous a fait miséricorde: il nous a donné la grâce de croire en Lui.

Disciples du Christ, nous sommes de la descendance d’Abraham; comme Israël, il nous revient de porter cette bonne nouvelle: «Dieu veut faire miséricorde à tous les hommes».

Chacun à notre mesure, puissions nous être des ambassadeurs du Christ pour que tout homme découvre que l’Église du Christ est «la maison de prière pour tous les peuples!».

Amen