Homélie du 24 décembre 2011 - Nuit de Noël
fr. Arnaud Blunat

Nous voici au cœur de notre célébration, en cette nuit de Noël où Dieu vient visiter les hommes et manifester sa tendresse. L’événement de la naissance de Jésus est célébré par plus de 2 milliards de chrétiens sous toutes les latitudes. Nous sommes en communion avec les peuples de monde. C’est dire l’incroyable retentissement du récit de l’évangile selon Saint Luc! Et pour cause, il y a tellement de concordances, de similitudes entre ce qui s’est passé il y a 2000 ans et ce que nous vivons aujourd’hui, que ce récit nous fascine autant qu’il nous éclaire. Le contexte historique est tout à fait surprenant: ce grand bouleversement provoqué par le recensement de tout l’empire romain, comme aujourd’hui la crise qui touche le monde entier et qui désorganise profondément nos modes de vie et de pensée. Ces grands bouleversements ne sont pas le fruit du hasard mais la conséquence de décisions absurdes, fruit de l’égoïsme et de l’orgueil humains. La situation de ce jeune couple, inconnu de tous, qui se rend de Nazareth à Bethléem dans des conditions de voyage particulièrement éprouvantes. Comme aujourd’hui ces millions de personnes, de familles, malmenées par la vie, déplacées, rejetées, oubliées.

Regardons d’un peu plus prêt le texte de saint Luc. La jeune mère est sur le point de mettre au monde son fils. En dépit des règles de l’hospitalité si évidentes dans ces régions d’orient, Joseph et Marie sont refoulés et trouvent refuge dans un lieu indéterminé où Marie donne naissance à son fils premier-né. Le récit, d’une grande sobriété, ne s’attarde pas sur les détails de l’accueil, de la naissance, ou encore sur les occupants du logis. Mais Saint Jean dans son prologue fera ce constat accablant à propos du Verbe de Dieu qui s’est fait chair: «il est venu chez les siens mais les siens ne l’ont pas accueilli». Le monde en effet ne l’a pas connu, il l’a ignoré, il l’a même éliminé. Car le monde ne peut pas connaître Dieu, depuis qu’il est la proie de l’esprit du Mal, l’Adversaire. C’est pourquoi le monde s’oppose à Dieu. Il a d’ailleurs trouvé la meilleure tactique, en cette période de Noël, c’est d’éviter d’en parler et de détourner l’attention de tous par des divertissements, des spectacles, des animations qui n’ont plus rien à avoir avec Noël. Mais vous voyez comment aujourd’hui, çà et là, le bon sens commun a tendance à réagir. Noël sans les symboles propres à Noël, ce n’est plus Noël! Or le symbole le plus fort, c’est bien celui de la crèche, ce signe de l’enfant «couché dans une mangeoire». Ce signe annoncé par les anges, reconnu par les bergers, accueilli par Marie et Joseph, ce signe ne peut pas être évacué, ignoré. Beaucoup se sont dit: c’est donc à ce signe que Dieu veut se faire reconnaître? Avouez qu’il fallait être Dieu lui-même pour imaginer une telle entrée en scène! Quand les anges ont proclamé du haut du ciel aux bergers qu’un Sauveur allait naître, un enfant semblable à leurs enfants, qu’on couche dans une mangeoire, ils auraient pu croire à une fable, à une hallucination. Et bien non seulement ils y ont cru, mais ils sont allés voir et ils s’en sont même retourné tout joyeux. Les premiers messagers de Noël, ce sont eux les bergers. Dieu a visité son peuple, il s’est fait homme parmi les hommes, pour que tout homme, quel qu’il soit, riche ou pauvre, quelle que soit sa provenance ou son histoire, puisse aller jusqu’à lui et être sauvé. Tel est le message de Noël. Est-il si insupportable, si scandaleux, si subversif, ce message, au point qu’il faille en gommer toutes les expressions extérieures dans la sphère publique? Au nom d’une neutralité de bon aloi, pour ne froisser personne? Mais il nous plaît, à nous chrétiens, d’annoncer au monde que Dieu a visité l’humanité il y a deux mille ans, et qu’il est toujours présent dans la vie des hommes, qu’il anime ceux qui veulent se libérer de tous les totalitarismes de la pensée, qu’il guide ceux qui ont conscience des dérives catastrophiques que l’on court quand on a rejeté Dieu. Il nous plaît à nous chrétiens de pouvoir parler d’un Dieu qui aime tout homme avec tendresse et qui est venu lui apporter le pardon et la paix. Il nous plaît de parler de ce Dieu à travers les innombrables œuvres d’art que les croyants de tous les temps ont été capables de réaliser et sans lesquelles notre culture est incompréhensible. La crèche en fait partie.

Frères et sœurs, il n’y a pas 36 solutions, il nous faut revenir à la Parole de Dieu contenue dans l’Évangile, à cette parole qui s’est faite chair en Marie et s’est donnée à nous dans l’eucharistie, bref à Jésus-Christ. C’est cela que nous devons dire, dont nous devons témoigner auprès de tous les incrédules, les déçus de la vie, ceux qui n’ont plus d’espérance. Dieu a tout dit en son Fils Jésus. Mais l’homme n’a pas encore fini de le découvrir et de s’en émerveiller!