Homélie du 28 octobre 2012 - 30e DO
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Il y a quelques temps Jésus passait par la ville de Bethsaïde et guérissait un autre aveugle. Vous vous souvenez de ce monsieur dont on ignore le nom. Celui que le Christ avait guéri en lui mettant de la salive sur les yeux. On l’avait amené à Jésus, il n’était pas venu de lui même. Sa guérison avait d’abord demandé que Jésus le prenne à part, en dehors du village, ensuite qu’il entre en contact physique avec le futur miraculé, et Jésus avait dû s’y prendre à deux fois pour que l’aveugle recouvre parfaitement la vue.

Aujourd’hui, nous sortons de Jéricho et Jésus prend le chemin de Jérusalem. Un aveugle du nom de Bartimée fait son entrée. Le scénario change: Il vient de lui-même, et plus encore, il insiste pour recevoir sa guérison, alors que la foule essaye de le faire taire. Il formule explicitement sa demande: «Rabbouni, que je recouvre la vue!» Et quelques mots de Jésus suffisent pour que le miracle advienne: «Va ta foi t’a sauvé.» Et aussitôt il recouvra la vue. De quoi faire pâlir de jalousie ma sorcière bien aimée ou Harry Potter!

Que s’est-il passé entre ces deux épisodes pour que la façon d’opérer de Jésus ait tant changé? Jésus a-t-il perfectionné sa technique de guérison? – pas tout à fait. Après avoir guéri l’aveugle de Bethsaïde, Jésus s’est d’abord assuré que ses disciples ne se trompaient pas sur son identité. Pour cela il a fait dire à Pierre «Tu es le Christ». Ensuite Jésus a révélé qu’il était un Sauveur peu ordinaire: Il a d’abord annoncé avec insistance qu’il devait souffrir, mourir et ressusciter, que pour le suivre il faut renoncer à sa vie, que les petits enfants sont les plus grands, qu’il faut se méfier des richesses, et que par-dessus le marché les chefs doivent servir.

Jésus n’est pas très bon commercial? En effet, il y a encore quelques temps, à Bethsaïde la foule avait voulu voir le Sauveur à l’œuvre et lui avait donc amené l’aveugle. En revanche, aujourd’hui, quand Bartimée demande la guérison, cette même foule essaie de lui imposer le silence? Ils n’ont donc plus très envie de voir le Salut.

Jésus aurait-il dû alors faire une formation en communication pour mieux faire passer son message? Non car Jésus ne fait pas dans la ‘com’. Jésus fait dans la Vérité! En effet, annonçant un salut qui demande de l’humilité, un esprit de service et le sens du sacrifice, il révèle le véritable amour de Dieu, il révèle ce que chaque homme renferme au plus profond de son âme et ce dont il a véritablement besoin. Sa parole scrute les reins et les cœurs et veut en faire jaillir les espérances les plus grandes.

Le résultat c’est que beaucoup restent tièdes. Mais dans ce désert spirituel, un homme se lève. Parce qu’il est touché au plus intime de son âme, il participe activement à son salut. Loin de subir la parole recréatrice de Jésus, il l’accueille, mieux il la laisse féconder son cœur. Il arrive ainsi à vaincre la tiédeur, à forcer le barrage de son entourage pour arriver jusqu’à Jésus. Vous remarquez donc que cet aveugle, Bartimée, est mieux disposé à se laisser guérir que son camarade de Bethsaïde. Le Christ a touché Bartimée au fond de son âme, il n’a donc plus besoin d’un contact physique avec lui pour opérer sa guérison.

J’aimerai frères et sœurs me servir de ce texte pour vous encourager. Cet aveugle perdu dans une foule, que l’on essaie de réduire au silence, ne ressemble-t-il pas à notre Église, ce petit reste de chrétiens qui essaie de faire entendre sa voix, sur l’importance de la vie, sur la dignité de la personne humaine, sur le vrai visage de la famille.

Et Jésus qui semble absent, qui laisse apparemment le péché envahir et défigurer notre société. Et bien frères et sœurs, Jésus est pourtant bien là! Mais il veut se manifester dans le prisme de notre âme. Il veut faire éclater sa puissance au travers de la force de notre foi. «Va ta foi t’a sauvé» dit Jésus à Bartimée. Le monde essaie de faire taire l’Église, eh bien comme Bartimée crions de plus belle: Jésus aie pitié de nous!

Le concile Vatican II a approfondi et présentée la doctrine de l’Église de façon à répondre aux exigences de notre temps. Si cet enseignement n’est pas reçu dans des cœurs humains par la foi, le monde restera tiède comme l’ont été les contemporains de Jésus. Au contraire si des hommes de foi se lèvent, alors le monde retrouvera la confiance en son Sauveur

Peut-être que Bartimée, par je ne sais quel mystère avait lu l’homélie de notre Saint Père Benoît XVI pour l’inauguration de l’année de la foi, dont je vous transmet un extrait:

«Dans le désert, il faut surtout des personnes de foi qui, par l’exemple de leur vie, montrent le chemin vers la Terre promise et ainsi tiennent en éveil l’espérance. La foi vécue ouvre le cœur à la Grâce de Dieu qui libère du pessimisme. Aujourd’hui plus que jamais évangéliser signifie rendre témoignage d’une vie nouvelle, transformée par Dieu, et ainsi indiquer le chemin.»