Homélie du 17 mars 2013 - 5e DC
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«Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort».

Ce sera à deux reprises l’entrée en matière du dialogue qui va se nouer entre Jésus et ses amies, Marthe et Marie, à l’occasion de la mort de leur frère Lazare. Car il y a un lien d’amitié qui ne manquera pas d’ailleurs de frapper les juifs qui vont assister à cette scène de la résurrection de Lazare.

«Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort».

Ce devrait être une simple affirmation. C’est peut-être un reproche, un regret, car enfin, il a mis du temps pour venir! On l’avait averti de la mort de son ami et il a laissé deux jours avant de prendre le chemin. Quoi qu’il en soit, Jésus vient; il va faire quelque chose de très important.

Avec Marthe d’abord. Jésus accueille l’observation de Marthe telle quelle. Il va ensuite éveiller Marthe en disant: «Oui, ton frère ressuscitera». Ce n’est pas évident car tous les juifs ne croyaient pas en la résurrection, tels les sadducéens. Mais Jésus annonce de manière si percutante: «Moi qui te parle, je suis la résurrection et la vie».

Jésus précise que tout homme, même s’il meurt, ressuscitera. Il prépare ainsi Marthe et les juifs à accueillir le message de la Résurrection pour la vie éternelle. Jésus est le vivant, il est la vie.

Avec Marie, même dialogue: «Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort». Jésus va-t-il resservir sa catéchèse? Non! Mais ici, il y a les pleurs de Marie. Jésus accueille sa parole et ses pleurs. Il prend la douleur et la détresse de cette femme. Il frémit dans son esprit, nous dit l’Évangile, il se trouble et il pleure. Jésus pleure. Il prend toutes nos faiblesses et nos pleurs et il va les transformer en puissant acte de foi. Et même lorsque nous n’avons rien à donner sinon notre détresse et nos larmes, Jésus prend cette détresse et partage nos pleurs.

Et puis, il y a le dialogue avec Lazare. On pourrait dire qu’il n’y a pas de dialogue puisque Lazare ne dit rien. Mais Jésus va parler au mort. Il va parler au mort comme on parle avec un vivant. Il veut ainsi parler à tout homme. C’est pourquoi il est si beau de parler à un petit enfant, même quand il est encore dans le sein de sa mère. Ou encore à une personne qui est dans le coma, et qui entend peut-être et avec laquelle on peut maintenir encore un lien.

Alors Jésus a cette parole très forte: «Lazare, vient dehors!». Le texte grec dit: «Lazare, ici, dehors!» et Lazare sort du tombeau. Mais il faut ouvrir le tombeau, rouler la pierre. Jésus dit: «Enlevez la pierre» et il ajoute: «Déliez-le et laissez-le aller!».

La pierre renvoie à deux choses: la pierre qui fait penser au cœur de pierre, dans l’Ancien Testament. Mais il y a aussi la pierre de vie, les pierres vivantes que nous sommes, Pierre le successeur des apôtres, que nous avons vu ces jours-ci sur la loggia de la place Saint Pierre: «Pierre, sors dehors» et Pierre est sorti et il s’appelle François!

Mais aussitôt, on l’a lié de bandelettes: comme cardinal, il a parlé du mariage gay. Ah! Il est d’extrême droite! Mais on a dit aussi qu’il est proche des pauvres. Ah! Il est d’extrême gauche! Mais c’est un spirituel et un modéré. Ah! Il est d’extrême centre! On l’a lié mais François est suffisamment libre et saura déjouer les pronostics. Enlevez la pierre ça veut dire donnez la chance à ce nouveau pape. Enlevez les bandelettes c’est aussi laissez la vie couler dans les veines de l’autre, c’est ôter la dureté de nos cœurs avec tous ses a priori, ses jugements défavorables. A cette dureté s’oppose cette tendresse des cœurs de chair. Ne pas obstruer le tombeau par le découragement, la désespérance. . Les premières paroles du Pape François ont été d’inviter les cardinaux à résister au pessimisme. Avons-nous la Foi et l’Espérance? Savons-nous rendre compte de l’Espérance qui est en nous?

Le Pape nous invite à abandonner la mondanité, l’esprit du monde; il demande une église pauvre. C’est déjà cela la résurrection.

Laissons le Christ nous sortir du tombeau et accueillons la vie qui est en nos frères.

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