Homélie du 31 mars 2013 - Jour de Pâques
fr. Arnaud Blunat

«Le Christ est ressuscité! Il est vraiment ressuscité!»

Voilà de quelle façon les chrétiens se saluent dans la nuit et le jour de Pâques. Drôle de façon de se dire bonjour; elle ne vous est peut-être pas encore familière. À coup sûr, elle ne peut que provoquer l’étonnement et l’incompréhension de bon nombre d’incroyants. La résurrection de Jésus est une certitude et même une évidence pour beaucoup de chrétiens. Elle ne semble pas l’être pour d’autres. C’est pourtant le cœur de notre foi. Car si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi, s’exclame Saint Paul.

Énoncée tel quel, en dehors de son contexte, l’affirmation de la résurrection ne pourra pas faire naître la foi chez ceux qui ne croient pas et convaincre les indécis. Nous savons bien qu’il est toujours périlleux de tirer une phrase de son contexte. Aussi est-il indispensable de situer Pâques à la lumière de tout le mystère pascal et même de toute la vie de Jésus Christ.

C’est bien ce que font les apôtres en proclamant le kérygme. Ce que fait Pierre lorsqu’il annonce le mystère du Christ au centurion romain nommé Corneille. C’est ce que nous avons entendu en première lecture, bien que ce ne soit qu’un extrait. Il faut bien comprendre ce qui se passe dans cette rencontre entre Pierre et le centurion Corneille. Corneille est un non juif mais il craint Dieu et respecte les croyants. Pierre et Corneille ont eu chacun une vision dont ils ne comprennent pas toute la signification. Mais Dieu prépare ainsi leur rencontre. Lorsque Pierre comprend que Dieu l’a envoyé pour annoncer la Bonne Nouvelle à ce centurion romain, il se met à lui présenter le kérygme, le message de la foi. Celui-ci tient en trois éléments: Jésus est l’envoyé de Dieu, consacré par l’Esprit Saint. Il a été condamné à mourir mais il est ressuscité. Il est apparu après sa résurrection et a chargé ses disciples de témoigner qu’en lui, tout homme qui croit reçoit le pardon de ses péchés.

C’est bien cette annonce qui pousse Corneille à se convertir et demander le baptême pour lui et tous ceux qui l’entourent. Corneille est un homme qui a conscience de sa misère mais il espère en Dieu qui s’est manifesté dans l’histoire des hommes et qui vient sauver tout homme de la mort et du péché.

La résurrection du Christ est déterminante dans la mesure où nous croyons que le Christ est venu pour nous sauver, pour nous libérer de nos péchés. Tout homme en ce monde est tenté par le remords ou par l’orgueil. Dans les deux cas, il est tourné vers lui-même et n’a pas d’avenir. Quand la mort vient contrarier nos projets, quand la souffrance vient broyer nos espoirs, alors nous sommes écrasés ou nous sommes révoltés. Le Christ est venu non pas nous condamner ou nous anéantir mais pour nous relever et nous faire vivre. À Marthe, la sœur de son ami Lazare, il a dit: «Je suis la Résurrection. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra».

A maintes reprises, Dieu a manifesté son amour aux hommes. «Le bras du Seigneur se lève, le bras du Seigneur est fort. Non, je ne mourrai pas, je vivrai» chante le psaume 117. A tous ceux qui ont perdu un être cher, qui sont accablés par la maladie, par la détresse ou la persécution, le Seigneur redit: «Je suis la Résurrection. Si tu crois, tu verras la Gloire de Dieu». Jésus se révèle comme la résurrection, parce qu’il manifeste sa présence tout au long de notre vie et plus particulièrement dans les moments où nous sommes les plus fragiles. Il nous permet de rencontrer autour de nous des personnes pleines d’attention qui nous tendent la main. Lorsque souvent nous sommes au creux de la vague, lorsque nous nous sentons le plus faible, le Seigneur nous montre sa présence et sa tendresse. Il nous console et nous fait entrevoir un jour nouveau. C’est l’expérience que vivent Marie Madeleine puis les deux apôtres dans l’évangile de ce jour de Pâques. Pierre et Jean courent tous les deux vers le tombeau, ils voient la pierre roulée, l’entrée obscure comme une plaie béante. Plus de corps, mais seulement les linges qui l’ont enveloppé. Le disciple que Jésus aimait vit et il crut.

Il comprend que ce n’est plus du côté du tombeau qu’il faut chercher. «Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant? Il n’est pas ici, il est ressuscité!»

Il comprend que Jésus est bien ressuscité pour que nous ressuscitions avec lui. Il nous a voulu détruire notre mort pour que nous mourions à notre péché. Il fait jaillir en nous la vie nouvelle et nous fait renaître par sa grâce.

Regardons du côté de la vie qui est devant nous. Jésus nous a précédé et nous invite à espérer. Il nous appelle à sortir de nos tombeaux et à croire que c’est lui notre vie et notre résurrection!

Alors, «tendons vers les réalités d’en haut et non vers celles de la terre». Accueillons la vie qui nous vient de Dieu et sachons en être les témoins. La vie n’est pas une chose que nous devons manipuler, mais un don gratuit que Dieu nous offre. Ce n’est pas l’homme qui est le maître du monde mais bien le Dieu qui fait passer de la mort à la vie.

De toute situation de souffrance, de manque, de pauvreté, Dieu peut nous relever. L’obstination à vouloir gérer notre vie par nous-mêmes, à enfermer la vie dans nos propres expériences, nous maintient dans le tombeau. Le monde d’aujourd’hui nous révèle dès lors clairement que: soit nous restons prisonniers du tombeau, soit nous nous laissons libérer et ressusciter, dès maintenant. Notre foi chrétienne nous aidera à tenir bon au milieu d’une société épuisée et désenchantée, même si nous sommes affaiblis, appauvris, méprisés et humiliés. Mais Saint Paul nous a bien prévenu: «ni la mort, ni la vie, ni présent ni avenir, rien ne pourra nous séparer de l’amour qui est en Jésus Christ»!

Aujourd’hui, seul compte le baptême que nous avons reçu. Seule la Résurrection du Christ représente notre unique espérance. Il faut certes bien continuer à vivre dans notre société marquée par la corruption et la dégradation du péché, et nous devons justement l’offrir à Dieu dans le sacrifice de nos eucharisties. En faisant tout pour nous garder du péché, nous devons nous efforcer de témoigner de notre attachement à l’évangile et aux promesses de Dieu en Jésus ressuscité.

Viendra peut-être un temps où pour nous saluer, nous oserons dire, chaque jour, et pas seulement au sortir de nos églises le jour de Pâques:
[|«Le Christ est ressuscité! Il est vraiment ressuscité!»|]