Homélie du 25 août 2013 - 21e DO
fr. Arnaud Blunat

Le passage de l’évangile d’aujourd’hui souligne une contradiction à travers la question qui est posée à Jésus: n’y aura-t-il qu’un petit nombre à être sauvé? Jésus répond qu’il faut passer par la porte étroite alors que par ailleurs nous savons qu’il est venu pour sauver tous les hommes. De fait le Royaume de Dieu est semblable à un grand festin auquel tous les peuples sont conviés. Il en viendra de partout, de tous les horizons. Cette prophétie d’Isaïe est un des sommets de l’Ancienne Alliance. Jésus évoque souvent ce grand festin dans plusieurs paraboles. Le salut de fait est promis à toutes les nations, en commençant par Israël, le peuple que Dieu a appelé en premier. Toutefois, il semble que la participation au festin du Royaume ne se fera pas à n’importe quelle condition. Jésus prévient qu’il faut entrer par la porte étroite. Et la conclusion est tout aussi troublante: «il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers».

Précisons trois points:

Le Royaume de Dieu tel que nous pouvons nous le représenter échappera toujours à notre imagination. S’il est semblable à un festin, c’est d’abord en raison de la joie qui caractérise un repas de fête, un repas de noces. Ceux qui y prendront part seront comblés au-delà de toute mesure. Ce qu’ils recevront, c’est l’Amour même de Dieu qui leur sera donné, puisé à sa source. Dès lors, nous serons libérés de tout mal, de toute souffrance, il n’y aura plus ni cris ni larmes, mais seulement la paix et l’amour. Tout ce qui est si éphémère et imparfait sur la terre sera pleinement accompli. Dans ce Royaume nous contemplerons Dieu qui se donne à tous et à chacun, nous verrons Dieu face à face tel qu’il est et nous nous réjouirons de sa présence et de son amour sans limite.

Toutefois, tous les hommes n’auront pas accès à ce Royaume de la même manière. Jésus laisse clairement entendre qu’il y a ceux qui l’ont connu, ceux qui ont entendu sa parole, qui l’ont suivi, et il y a ceux qui ne l’ont pas connu, ni rencontré sur la terre, ceux qui n’ont jamais entendu son enseignement. Jésus s’adresse donc d’abord à ceux qui l’ont connu. A ceux là il leur dit d’entrer par la porte étroite. Mais attention, cette porte qui est ouverte pour l’instant se refermera pour ne plus pouvoir s’ouvrir. Que désigne donc cette porte étroite? Il semble que ce soit d’abord une attitude à laquelle Jésus nous invite: Jésus attend de nous que nous soyons humbles, ni distants, ni arrogants, mais aussi que nous manifestions un vrai désir, une volonté empressée. C’est pourquoi il précise bien: efforcez-vous, luttez pour entrer par la porte étroite. Pourquoi lutter? Parce que notre volonté est souvent soumise au relâchement, au découragement. Parce que nous peinons à suivre Jésus, à nous convertir sincèrement et profondément. Alors n’attendons pas davantage. C’est maintenant le jour du Salut. De fait beaucoup d’hommes et de femmes attendent et regardent à distance, sans trop y croire. Et nous-mêmes pourrions aussi nous voir reprocher cette attitude. Certes nous venons à la messe, et faisons ce que nous pouvons pour être de meilleurs disciples. Mais luttons-nous vraiment pour entrer par la porte étroite? Cette porte, c’est aussi le Christ lui-même. Il dit en effet: «je suis la porte, si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé». Mais il dit aussi: «Celui qui veut me suivre, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive»! Cette porte étroite c’est la croix par laquelle il est passé, sur laquelle il est mort pour détruire la mort. Et il veut aussi que nous passions par elle pour entrer dans la vie éternelle. Cette croix nous fait toujours frémir et nous pouvons être parfois comme ceux qui se tenaient à distance, regardant Jésus de loin. Non, c’est debout au pied de la croix que nous devons nous tenir avec Marie et Jean. Certes beaucoup parmi nous pourraient dire qu’ils la portent cette croix chaque jour à travers diverses épreuves, les difficultés rencontrées en famille, au travail, la maladie, la séparation, etc. Mais Jésus attend de nous cette attitude ferme, résolue mais aussi confiante, que nous allions jusqu’au bout avec lui. La croix, beaucoup ne la comprennent pas et préfèrent ne regarder le Christ que dans sa résurrection. Mais ceux qui l’ont suivi ne pourront pas la contourner et passer outre. C’est par lui, avec lui et en lui que nous entrerons dans sa gloire, pas par nos propres forces mais avec la puissance de son Esprit à l’œuvre en nous.

Dernière précision: le Royaume de Dieu est un don gratuit, le don de l’amour de Dieu. Il ne s’achète pas, il ne se conquiert pas, il se reçoit librement. Il faut néanmoins une disposition favorable. Cette disposition, nous l’avons reçue à notre baptême et nous devons la cultiver, nous qui avons la chance de connaître le Christ et de pouvoir vivre de lui. Mais à ceux qui ne le connaissent pas et que ne le connaîtront pas sur la terre, cette disposition à désirer la joie du Royaume peut être donnée naturellement. Alors réjouissons nous aussi de savoir que le Salut sera donné largement aux hommes qui auront mené une vie juste et qui auront su déployer un amour sincère. En contemplant ce monde en évolution, nous pouvons aussi découvrir l’œuvre de Dieu dans ces millions de visages déjà porteurs de l’espérance du Royaume. Amen.