Homélie du 8 septembre 2013 - 23e DO
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Frères et sœœurs, il est toujours bon en un début d’année de se rappeler la raison de notre présence dans cette assemblée. Si nous sommes ici ce matin et pas dans notre lit ou à marcher le long du canal du midi, c’est par amour pour le Christ, ou pour faire écho à l’évangile, c’est parce que nous voulons être ses disciples. Nous avons concrètement renoncé à d’autres activités, louables en soi, pour choisir de le rencontrer dans son eucharistie.

Être disciple du Christ implique des renoncements: c’est le thème central de notre évangile. Et les renoncements dont il est fait mention ne concernent pas seulement ceux qui ont fait profession de suivre au plus près le Christ, à savoir les personnes consacrées, mais bien chacun d’entre nous en vertu de notre baptême. C’est bien à la foule et pas aux seuls apôtres que Jésus enseigne ce que signifie «être son disciple». Nous sommes tous appelés à vivre des renoncements si nous voulons marcher derrière Jésus. Celui qui a aimé une fois dans sa vie sait à l’intime de lui-même que l’amour ne va jamais sans des renoncements. Aimer, c’est choisir et choisir, c’est renoncer.

Oui, certes… mais les renoncements auxquels il faut consentir pour être disciple de Jésus, c’est tout de même un peu fort de café! «Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. (?) Quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple.» C’est pour le moins radical. Tout ce qui a de la valeur dans nos vies, tout ce qui est digne d’être chéri et cultivé, comme nos amitiés et nos liens affectifs avec nos proches doit passer en second. Pour faire court, nous ne devons rien préférer à l’amour du Christ.

Tous ces renoncements peuvent paraître démesurés et insensés pour celui qui n’en saisit pas la raison. Choisir le Christ, le mettre au centre de sa vie, devenir son disciple, ne signifie en rien renoncer à sa liberté et au bonheur. Bien au contraire, nous savons dans la foi que marcher à la suite de Jésus est le chemin le plus sûr pour réussir sa vie. Bâtir une tour par ses propres forces ou gagner une guerre contre un ennemi plus fort que soi est déjà une entreprise risquée, mais être libre et heureux dans un monde blessé à mort par le péché est tout simplement impossible. Ni nos biens, ni nos amours si beaux et vrais soient-ils ne peuvent réaliser par eux-mêmes notre désir d’aimer et d’être aimé. Notre condition de disciple du Christ nous libère de l’illusion d’un bonheur à portée de main, d’un bonheur à hauteur d’homme, d’un bonheur sans Dieu.

Voici sans doute le plus grand renoncement auquel nous devons consentir: l’illusion de l’autonomie. Consentir à renoncer à soi-même comme centre du monde pour s’appuyer sur le Christ est un véritable dépouillement. Personne n’aime être mis à nu. Personne n’aspire à voir sa faiblesse exposée au grand jour. Pourtant, c’est le chemin auquel il nous faut consentir. C’est la logique de la Croix qu’il faut accueillir dans nos vies, cette croix où le Christ est cloué, où le Christ est dépouillé de ces vêtements, où le Christ est nu. Celui qui ne peut plus faire un mouvement, qui peut à peine respirer par lui-même est paradoxalement le grand vainqueur du péché et de la mort. Il est infiniment libre et fort au cœur de cette faiblesse consentie parce qu’il a su préférer l’amour de son Père à sa propre vie. Il n’a pas succombé à la tentation de se sauver lui-même.

Être disciple du Christ, frères et sœurs, c’est donc pour nous renoncer à la tentation de se passer de Dieu. Nous ne pourrons jamais vraiment aimer nos parents, notre conjoint, nos frères et surtout nous-même, si nous n’aimons pas Dieu. Notre bonheur est au prix de ce renoncement, mais n’oublions pas que nous ne sommes pas seuls à porter notre croix. N’oublions pas que la grâce tout en nous dépouillant du vieil homme qui s’en va à sa perte, nous revêt du Christ notre vie éternelle. Là est notre espérance, là est la raison qui nous rassemble.