Homélie du 2 novembre 2013 - Commémoraison des fidèles défunts

Commémoraison de tous les fidèles défunts

par

fr. Édouard Divry

L’annonce de l’alternative entre la vie éternelle et le châtiment sans fin clôt l’évangile choisi en ce jour de prière pour les morts. Pourquoi prions-nous alors pour nos défunts si la séparation est déjà faite entre ceux à propos desquels Jésus déclare pareillement dans l’évangile de Jean: «N’en soyez pas étonnés, car elle vient, l’heure où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix et sortiront: ceux qui auront fait le bien, pour une résurrection de vie, ceux qui auront fait le mal, pour une résurrection de jugement» (Jn 5, 28-20)? Ce passage de saint Jean tout comme l’évangile d’aujourd’hui évoque en fait le récit du jugement dernier, situé à la fin des temps, lors du retour glorieux du Christ: «Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges, alors il prendra place sur son trône de gloire. Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs» (Mt 25, 31-32). Si nous croyons au jugement dernier et général, nous croyons aussi, avec la Tradition, au jugement particulier et immédiat selon une veritable certitude qui en définitive relève de la foi. Grâce à cela, nous croyons la prière pour les défunts, possible et efficace.

L’Écriture atteste déjà cette foi dans le livre des Martyrs d’Israël lors de l’histoire de ce général juif qui avait, dans l’espérance de la résurrection glorieuse, demander de prier en faisant célébrer des sacrifices pour les morts, pour ceux qui, en état irrégulier, étaient décédés lors d’un juste combat: «Car, s’il n’avait pas espéré que les soldats tombés dussent ressusciter, il était superflu et absurde de prier pour les morts, et s’il envisageait qu’une très belle récompense est réservée à ceux qui s’endorment dans la piété, c’était là une pensée sainte et pieuse. Voilà pourquoi il fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leur péché» (2 Mac 12, 44-45). Comme jadis, nous prions pour les morts car nous croyons à l’efficacité de notre prière pour la purification des fautes de nos défunts. C’est le sens profond de notre rassemblement d’aujourd’hui. C’est le dernier vrai cadeau que nous pouvons offrir à nos morts: au-delà des fleurs et des discours, notre présence priante pour eux comme nous le réalisons maintenant aujourd’hui. Dieu nous en remercie lui qui désire nous exaucer à travers nos prières. Et en Dieu, dans la gloire définitive des élus, ceux-ci nous remercierons pour nos propres suffrages ajoutés à ceux de l’Église universelle qui confie au Seigneur, à chaque eucharistie, les fidèles défunts. Ayons confiance pour eux.

Or si l’Église prie aussi – dans les intentions de messe prévues à cet effet -, pour les vivants, il est notoire que le nombre de messes célébrées pour les morts dans un couvent comme le nôtre est très inférieur à nos capacités. Depuis longtemps plusieurs frères se sont mis au chômage, mais humblement ils n’osent jamais rien dire. La raison? S’il existe de nos mémoires parfois défaillantes avec l’âge, il y a aussi la crainte bien compréhensible d’être gêné et peut-être de vous gêner. Frères et sœurs, pouvons-nous honnêtement laisser des prêtres sans intention de messes pour nos morts? N’y a-t-il pas, au-delà de nos familles et de nos proches, des intentions pour l’Église souffrante qui appellent aussi notre attention et notre soutien? Pensons aux chrétiens d’Orient persécutés. Le livre de la Sagesse évoque, en première lecture, la gloire qui resplendira chez les Justes. N’en soyons pas étonnés la prière pour les morts fait partie de ce grand élan d’amour qui se retrouvera béni dans l’éternité. L’Apocalypse ne dit-elle pas que les œuvres des Justes les «accompagnent»? (Ap 14, 13).