Homélie du 17 novembre 2013 - 33e DO
fr. Arnaud Blunat

«De ce que vous contemplez, il n’en restera pas pierre sur pierre: tout sera détruit!»

Jésus est en train de prédire un terrible événement qui s’est en effet bien réalisé. Le majestueux Temple de Jérusalem reconstruit par Hérode le Grand a bien disparu en l’an 70. Le scénario catastrophe qu’il décrit non seulement s’est bien passé quelques années plus tard mais tout ce dont parle Jésus ensuite, tout cela s’est bien produit et s’est reproduit à maintes reprises durant toute l’histoire, et il se reproduira encore. Considérer l’humanité ainsi, à travers les guerres, les massacres, les persécutions, a quelque chose de désespérant si ces événements ne sont lus que de manière purement historique. L’histoire peut être lue comme une succession de périodes de grandeurs et de décadences, de constructions et de destructions, de prospérité et d’appauvrissement, mais elle n’a dès lors aucune signification. Mais pour nous, le sens de l’histoire a changé depuis que le Christ a dit: «Détruisez ce temple et en trois jours je le rebâtirai». L’évangéliste saint Jean dit que Jésus voulait parler de lui-même. Car le véritable temple, le temple nouveau, celui qui rassemble toute l’humanité, une humanité transformée, renouvelée, c’est Jésus, le Corps de Jésus.

Ce que l’homme s’ingénie à détruire, Dieu ne cesse de le restaurer. C’est en son Fils qu’il veut tout restaurer, qu’il veut reconstruire cette humanité avec laquelle il a fait une alliance éternelle. Alors, on peut comprendre que l’événement de la mort et de la résurrection de Jésus constitue un bouleversement complet de l’histoire. Dieu avait déjà préparé au long des siècles sa venue et depuis la première reconstruction du Temple de Jérusalem 500 ans avant l’avènement de Jésus, immense était l’attente du peuple d’Israël: Dieu avait annoncé par les prophètes qu’il allait envoyer un Sauveur, un Messie. Le prophète Malachie nous révèle une étonnante prophétie qui évoque déjà le Christ: «il vient le soleil de justice, il apportera la guérison dans son rayonnement». Certains ont reconnu ce Messie en la personne de Jésus, d’autres ne l’ont pas reconnu et espèrent encore. Les périodes de grands troubles que connait notre humanité s’accompagnent de fausses prophéties et de persécutions. Et notre époque ne manque pas de ces faux prophètes dont parle Jésus. Nombreuses prédictions et visions mystiques, pour lesquelles l’Église est très prudente, n’apportent sans doute pas grand chose. Plus sérieuse est la réalité des persécutions. Aujourd’hui celles-ci se déchaînent particulièrement contre les communautés chrétiennes dans de nombreux pays et elle est complètement occultée par les grands médias. Qui se soucie réellement des souffrances endurées par nos frères coptes d’Égypte, qui sait que des dizaines d’églises et de bâtiments ont été tout récemment détruits? La liste des pays est trop longue à citer, mais en sommes-nous suffisamment informés?

La prophétie de Jésus s’accomplit: ceux qui sont fidèles au Christ le payent de leur vie, sur fond de conflits régionaux et internationaux: «on se dressera nation contre nation, royaume contre royaume? On portera la main sur vous, on vous persécutera, on vous jettera en prison?». Qui donc se cache derrière ce «on»? Ce sont les hommes, bien sûr, les hommes habités par des envies démesurées de dominer, de détruire pour régner, mais aussi habités et poussés pas l’esprit du mal, qui agit dans l’ombre, ce cancer de notre humanité, celui qu’on n’ose nommer et qui pourtant agit comme l’adversaire, le diviseur, celui qui est, nous le savons, en lutte contre Dieu depuis le commencement. Face à lui, seul Jésus peut livrer le vrai combat: «moi, je vous inspirerai un langage et une sagesse, à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction». Nous n’avons pas le pouvoir de tenir face aux assauts de la méchanceté, aux forces de la violence et de la haine. Seul celui qui est allé jusqu’au bout en livrant sa vie par amour, peut mener en nous ce combat et nous donner la force de tenir fermes. Seul son Esprit peut nous maintenir vivants. Mais le plus terrible, ce n’est pas tant que la haine vienne des hommes qui sont nos ennemis. Le plus terrible, c’est que cette haine vienne de ceux que nous sommes sensés aimer: nos plus proches, nos parents, les membres de nos familles. Ceux-là même qui ne nous aiment pas à cause de notre foi, à cause de notre attachement au Christ. Alors, comment ne pas succomber au désespoir quand on se voit ainsi livré au mépris, au rejet, à l’incompréhension de sa famille! Comment ne pas se détourner de Dieu quand il semble nous avoir abandonné à la férocité d’une famille en qui parfois nous ne nous reconnaissons plus? Comment résister à ceux qui ne nous considèrent plus que comme des ennemis, des adversaires à éliminer?

«C’est par votre constance, par votre persévérance, que vous sauverez votre vie!» Oui, frères et sœurs, seule compte notre constance, notre persévérance à rester fidèle au Christ. Il est si difficile de ne pas céder face à toutes les pressions, de rester constants quand la vérité est sciemment bafouée, de rester persévérants quant on vit au milieu de personnes qui ont rejeté les repères et les valeurs de l’évangile. L’objet de notre constance, c’est l’amour. L’amour que le Christ nous a montré, c’est celui qui place l’autre au dessus de soi. L’amour qui veut du bien à celui qui nous veut du mal. L’amour porté à cet autre qui n’attend plus rien de nous. Cet autre, pour certains d’entre nous, ce sera celui qui nous a trahi, qui nous a abandonné, qui nous a oublié. Jésus nous a enseigné à ne point faire à l’autre ce que nous ne voudrions pas qu’il nous fasse. Mais l’autre que nous devons aimer par-dessus tout, c’est aussi Dieu, lui qui ne nous a jamais trahis et qui ne nous trahira jamais. Celui qui ne cesse de nous aimer alors que nous avons tant de mal à l’aimer et à l’aimer dans nos frères. Jésus nous assure au passage que «pas un cheveu de notre tête ne sera perdu», ce qui veut dire que nous valons infiniment plus que ce que nous pensons, parce que nous sommes dans la main de Dieu. Être constant, c’est donc ne pas douter que nous sommes entre les mains de Dieu, que nous faisons l’objet d’une protection indéfectible de sa part.

Ainsi les martyrs de tous les temps ont-ils pu résister à la persécution car ils n’ont cessé de garder leur regard et leur esprit tournés vers Dieu. Comme Jésus ils ont aimé ceux qui les haïssaient, ils ont pardonné ceux qui les persécutaient. Cet amour qui nous impressionne tant et nous semble souvent tellement impossible, cet amour ne peut se vivre qu’en étant totalement uni au Christ, lui qui nous a aimés jusqu’à la mort, et la mort de la croix.

Un autre exemple de cette constance dans l’amour nous est donné par saint Paul. Aux Thessaloniciens, il enseigne la persévérance dans le labeur quotidien. Il les invite à se détourner de la paresse et de l’oisiveté. C’est dans cet esprit que nous devons vivre et témoigner de notre foi, sans relâche, en toutes nos activités. Alors que le monde continue à se détruire, c’est par l’exemple d’un amour constant et fidèle que nous sommes appelés à le régénérer. Mission impossible et prétention folle si nous ne l’enracinons pas dans un amour inconditionnel à Jésus Christ. Que le Seigneur vienne au secours de notre faiblesse. Que son amour illumine notre amour et fortifie notre foi!

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