Homélie du 10 juillet 2005 - 15e DO

Accueillir la PAROLE de DIEU comme une bonne Terre pour un beau Fruit

par

fr. Bernard Autran

C’est une nouvelle partie de l’Évangile en Matthieu: Jésus s’y exprime en des récits qui appellent à réfléchir. Nous avons tendance à faire des théories, mais la Bible cherche à faire comprendre en racontant des histoires, ainsi, entre autres, celles d’Esther ou de Tobie. C’est ainsi que Dieu veut nous faire entrer dans son monde en nous faisant part de Sa Parole. Les quelques lignes que nous avons lues en Isaïe nous disent que, comme la pluie sur la terre, elle ne Lui revient qu’après avoir porté un Fruit précieux!

La Parole est le propre de l’homme: ce qu’il pense, il lui fait prendre corps en un langage pour entraîner son ou ses interlocuteurs à rejoindre sa pensée ou à la concrétiser en une action. Ce que nous accomplissons ainsi à notre niveau, Le Seigneur nous fait saisir que c’est un bien modeste reflet de ce qu’Il vit Lui-même. Par Jésus, nous savons que Le Père Se dit totalement en Son Verbe. Au-delà, Il pense l’Univers et le réalise, concrétisant ainsi Sa Parole. Mais si les autres créatures la réalisent nécessairement, quand Il S’adresse à l’homme, c’est, au-delà de sa simple nature, à travers son intelligence, son cœur, ainsi sa liberté!

Mais Saint Paul nous rappelle que l’homme en a fait un mauvais usage, et ses pensées ont bien divergé de celles de Dieu! Si toute la création est faite pour que s’y épanouissent les fils de Dieu, ceux-ci y ont introduit la violence, le contraire de l’amour! Et l’œuvre qu’entreprend Le Seigneur en nous adressant Sa Parole est comme un douloureux enfantement. Dans un monde où de petits peuples s’affrontaient sans cesse, Il Se manifestait comme Celui qui aime son Peuple et le défend. Pourtant, c’est tous les hommes qu’Il aime, et cela, s’Il essaye de le faire comprendre, c’est comme une Semence qu’Il jette dans les cœurs.

Jésus sème en enseignant sur les routes de Galilée. Il parle, explique, appelle chacun à sortir de son égoïsme. Les grands de la terre imposent leur pouvoir, mais pour ses disciples, le plus grand est celui qui se fait serviteur. Comme le grain de blé tombé à terre ne porte du fruit que s’il meurt, on ne réussit sa vie que si l’on s’oublie soi-même pour se donner en réponse à l’Amour du Père dont on reçoit tout! C’est cette Loi fondamentale du « qui perd gagne ». Si l’on cherche son avantage aux dépens de ses frères, on s’écarte de la logique d’amour, on stérilise sa vie. Si, comme Le Seigneur, on cherche leur joie, on se met à leur service, alors on Lui fait confiance, et on sait qu’Il ne Se laissera pas vaincre en générosité!

Cela, Jésus S’est longuement employé à l’expliquer en ses enseignements, mais Il ne nous l’aura vraiment dit qu’en actes. En Sa Passion, Il S’est montré ce grain de blé qui accepte de mourir. Pour faire sentir que la violence n’est pas la Force véritable, Il l’a laissée s’exercer sur Lui jusqu’à l’extrême de l’atrocité. Mais en croix Il a montré qu’en Lui résidait l’immense Vigueur de l’Amour avec lequel Il enveloppait même ses bourreaux. Il a bouleversé le malfaiteur crucifié avec Lui. Et quand Il a eu remis Son Esprit à Son Père, Celui-ci a magnifiquement répondu à la Confiance avec laquelle Il S’était donné: Il L’a fait entrer dans la Splendeur de Sa Gloire en Le ressuscitant. Et à la Pentecôte Il a ouvert l’esprit de ses disciples et ils ont proclamé Sa Parole essentielle que beaucoup ont reçue et répercutée.

Aujourd’hui, par delà les foules de Galilée, c’est, avec tous nos frères les hommes, à nous que cette Parole est adressée. Elle peut être comme la semence qui tombe sur le chemin, un macadam où rien ne pénètre: enfermés dans leur vision du monde, entre autres autrefois une partie des pharisiens, aujourd’hui beaucoup le sont par leurs préjugés. Mais n’avons-nous pas besoin nous aussi de nous laisser provoquer par cette Parole de Dieu. N’y a-t-il pas en nous des secteurs de pensée et d’action où l’Évangile n’a pas encore parlé plus fort que la pensée ambiante en laquelle nous baignons?

Ne risquons-nous pas d’être ce sol pierreux où rien ne s’enracine? Il est évident que La Parole ne peut vraiment germer en nous sans que nous y prêtions attention. Pour cela, on ne peut pas faire l’économie de l’étude, l’écoute, et surtout de la Prière! Nul ne peut proclamer en vérité que Jésus est Le Seigneur sans que cela lui soit donné par L’Esprit Saint. Bien plus qu’un devoir, prier est l’immense chance que nous avons de nous mettre à notre vraie place, savoir que Le Seigneur S’intéresse à nous, ôter tout obstacle à Sa Générosité!

Mais le vrai danger de notre époque n’est-il pas la quantité de ce que nous ne pouvons pas éluder et ce qui nous sollicite de toutes manières? Là, il nous faut apprendre à nous « asseoir ». Nous n’avons pas « le temps« . Mais ne sommes-nous pas occupés par bien des futilités? Sachons nous investir à appeler l’Esprit Saint. Alors, La Parole de Dieu pourra porter en nous un grand Fruit, et, peut-être à travers des épreuves, nous ouvrir davantage à un amour vrai. Selon Paul, nous participons au douloureux enfantement du Monde Nouveau: Discrètement, Il nous réjouit déjà en espérance. Généreusement, Le Seigneur nous émerveillera un jour!