Homélie du 21 décembre 2025 - 4e dimanche de l'Avent

Accueillir que Dieu fait grâce

par

fr. Joseph-Thomas Pini

Écouter l’homélie

Hier soir, ce matin, nous avons sans doute allumé la quatrième bougie de nos couronnes d’Avent, et c’est ce que fait aussi pour nous la liturgie de l’Église en ce quatrième Dimanche de notre attente de l’Avènement du Seigneur. Alors que nous adorons et méditons la venue du Fils unique et bien-aimé du Père dans notre monde et nos vies, le Verbe éternel, nous voyons ainsi briller un quatrième verbe. Au premier Dimanche : veiller ; au deuxième : convertir, à l’appel fougueux de Jean-Baptiste ; au troisième : préparer ; aujourd’hui : accueillir.

Nos deux lectures éclairent déjà une certaine difficulté pour l’homme, pour ne pas dire une difficulté certaine, à accueillir le mystère de Dieu tel qu’Il est et qu’Il se révèle. S’écartant résolument de la voie de la simplicité, le roi Acaz en vient, par une crainte de Dieu en réalité erronée, à ne même pas saisir la main tendue, le secours offert par le Seigneur en un moment pourtant grave. Ce défaut de simplicité, notre cœur aussi le connaît et le vit à l’occasion devant Dieu, et combien est grand alors pour nous le bienfait de la contemplation d’un nourrisson, venu au monde dans des conditions si précaires et un temps incertain, et que louent et adorent les anges ! Rien n’est évident ici, bien sûr, mais saint Paul, s’adressant aux « bien-aimés de Dieu qui sont à Rome », l’exprime bien : tout ce qui se manifeste et s’accomplit, en Jésus-Christ, apparaît en tout conforme à la promesse de salut et de vie bienheureuse de la part de Dieu depuis le commencement et pour tous les hommes dans l’obéissance de la foi, une écoute humble et ouverte tournée vers le témoignage et l’action.

Et il y a plusieurs manières d’accueillir, comme nous l’enseigne alors l’Évangile. À travers ses différents personnages et leur action, celui-ci présente des caractères de la vie en Dieu avec et pour le Christ, mais, par touches et en ombre et lumière, il dessine aussi le portrait du « disciple bien-aimé » que le Seigneur nous appelle chacun à être pour Lui. La liturgie, en quelques jours, nous présente trois de ces personnages pour nous instruire sur l’accueil. L’accueil de quoi ? D’un message, aussi simple et extraordinaire que celui délivré par les anges au matin de Pâques : Dieu fait toutes grâces aux hommes qu’Il aime et s’est choisis, selon sa promesse, par ses voies souverainement sages et jusqu’à prendre chair et faire sa demeure parmi nous, pour nous établir dans sa Vie. Deux de ces personnages sont, à peu près, l’opposé l’un de l’autre. D’abord, éminemment, l’accueil de la bienheureuse Vierge Marie au message de l’archange et surtout, à la présence vivante et sanctifiante de Dieu dans sa chair même, ne demandant, par-delà sa crainte et ses questions, y compris dans son dialogue, qu’à être la servante du Seigneur pour que s’accomplisse, à tous les sens du terme en elle, sa Parole. En vis-à-vis, le prêtre Zacharie : lorsqu’il reçoit, lui, un message analogue de l’archange, il s’avère dubitatif au point de perdre l’usage de la parole jusqu’à ce que le nom de son fils miraculeux, Jean, soit dévoilé. En la présence même de Dieu signifiée par les paroles de l’archange Gabriel (dans l’un et l’autre cas, l’Arche d’alliance est d’ailleurs là : l’ancienne et la nouvelle), l’une, comblée de grâce, s’accorde, par son Fiat, à l’accomplissement de la Parole, et accueille et donne la source même de la grâce. L’autre, que son office députe pourtant au ministère de la grâce de Dieu pour son peuple, qui va être le père inattendu de l’homme par qui « le Seigneur fait grâce » (telle est la signification de Jean), est rendu sans voix jusqu’à ce que, malgré son doute, Dieu fasse grâce en préparant, par la prédication et le baptême de Jean, l’œuvre même de grâce. Et, entre Marie et Zacharie, Joseph. Lui, l’« éloquent taciturne », selon l’expression d’un de nos frères exégètes (fr. Philippe Lefèbvre, o.p.), l’actif silencieux, ne dialogue pas avec l’ange, ne profère même pas une parole dans tous les Évangiles. Comme plusieurs de ses illustres ancêtres et aussi le patriarche son homonyme, il reçoit une visite et une annonce, en songe. Une annonce au milieu de son tourment facilement imaginable, du moment le plus obscur pour lui. L’annonce qu’il a à accomplir la volonté de Dieu comme il le désire profondément et fidèlement, car c’est par lui, par sa conjugalité et sa paternité, que va se réaliser la promesse que le Messie Sauveur qui vient vive selon la Loi et soit de la lignée de David. Voici donc qu’advient l’accomplissement de la prophétie extraordinaire : qu’une vierge enfante selon l’Esprit Saint, en signe du salut des hommes. Et il est appelé à y prendre sa part. L’enchaînement presque sténographique du récit ne doit pas nous faire ignorer l’essentiel. Joseph est dit juste, et il est même le juste par excellence, et il l’est, comme l’aboutissement de tous les justes de l’Écriture. Juste en voulant se conformer à la Loi dans ce cas apparent d’adultère. Mais de la plus grande justice de Dieu, accordée à son dessein de bonté, en voulant répudier Marie secrètement pour lui épargner le terrible châtiment prévu. Comme Abraham qui vient de lier Isaac sur l’autel du sacrifice, Joseph voit surgir la promesse de vie et de salut au moment du renoncement obscur. Lui, contrairement à ce qu’avaient tenté d’enseigner quelques théologiens de la fin du Moyen Âge, n’est pas préservé du péché originel. Mais l’œuvre de Dieu n’a pas été vaine en lui : celle d’une grâce dont la source est la même que celle qui comble Marie ; l’œuvre aussi des siècles de geste de Dieu dans l’histoire de son peuple, d’annonces prophétiques et de paroles de sagesse, qui a façonné des cœurs et des intelligences disposées pour le Seigneur. Dès lors, dans cet incroyable retournement de circonstances, pas de doute en lui, ni de retard, puisque Dieu est à l’œuvre et qu’il est appelé à y collaborer.

Un homme exceptionnel : cette collaboration si étroite et mystérieuse, où il est pour le Fils de Dieu ce que le Père est pour lui-même, où se soumettent à ses orientations et choix ceux dont la volonté est la plus ajustée, chacun dans son ordre, à celle même de Dieu. Et pourtant non pas un homme d’exception. Ce miroir de justice nous renvoie personnellement trois questions. Tout d’abord, accueillons-nous chacun vraiment, pour ce qui est donné, que Dieu fait grâces selon ses desseins, dans le bouleversement profondément paisible que l’avènement dans la chair de Celui qui est plein de grâce et de vérité a, à jamais, entraîné pour l’humanité et pour nous personnellement ? Accueillons-nous le don de Dieu en mode Noël dans l’obscurité, au milieu des troubles et doutes, dans le tourbillon, le vacarme et la fureur de ce monde où Noël est suspendu à peu partout et établi en si peu de lieux ? Ensuite : reconnaissons-nous toute la patiente et aimante œuvre de Dieu en nous pour son Règne, de sorte à pouvoir accueillir et accomplir sa volonté pour ce Règne ? Enfin : accueillons-nous l’Enfant et sa Mère, le Dieu qui vivifie et sanctifie présent en celle qui, image de l’Église, ouvre le cœur et les bras au monde pour qu’il se consacre et s’unisse à son Fils ? Car tel est l’exemple et la vertu de Joseph : il sert Dieu en cette épouse et mère. Vertu du saint patron et compagnon de la sainteté du quotidien, de la grandeur admirable, extraordinaire et déroutante de Dieu dans l’ordinaire et l’humble, par une vie sans exploits, mais toute disponible : qui veille, qui prépare, qui se tourne sans relâche vers Dieu, qui L’accueille.

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