Homélie du 18 octobre 1998 - 29e DO

« Apprendre à patienter »

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Voilà une parabole bien sympathique, Jésus d’habitude si mystérieux quand il nous dévoile le dessein de son Père, nous raconte cette parabole en en ayant, pour une fois, clairement expliqué le sens au préalable:  » Il leur disait une parabole sur ce qu’il faut prier sans cesse et ne pas se décourager.  » Et bien voilà, c’est très simple et assez clair, nous devons prendre exemple sur cette veuve importune qui réclame sans cesse, jusqu’à ce que le Juge lui ai rendu justice. Notre prière doit donc être un cri lancé vers Dieu, de nuit comme de jour. Il faut prier à temps et à contre temps, sans jamais se lasser, et Dieu, qui est bien plus juste que le juge inique de la parabole, nous rendra justice en vitesse.

Et on le sait bien, le Seigneur ne fait pas acception des personnes, c’est Lui qui fait droit à l’orphelin et à la veuve et écoute l’appel de l’opprimé.
Alors priez! Prions sans cesse!
Clamons vers Dieu notre Détresse et il nous sera fait justice. Voilà tout est simple, mais est-ce si simple? Moi je ne trouve pas. Sous des extérieurs simples, la parabole me laisse une impression bizarre. Ne ressentez-vous pas la même chose que moi?
Je trouve que ce juge qui n’avait rien pour plaire est finalement bien sympathique, il finit par être concret et rend justice.

D’accord, le Seigneur est meilleur qu’un juge inique qui n’a que faire de Dieu et des hommes, mais dans les faits! On a beau savoir que Dieu nous aime, qu’il nous écoute et que la justice règnera, combien de nos prières sont restées sans réponse face à tant d’injustices: ces pauvres toujours plus pauvres, ces exclus toujours plus exclus, ces populations toujours plus affamées, combien de cris lancés vers Dieu quand une guerre éclate avec son cortège de rapines, d’injustices et de désespoir. Et toujours les puissants qui s’engraissent et toujours l’adversaire qui parade la tête haute. Toujours le portefeuille gorgé de billets, toujours le fusil gavé de balles et toujours le petit et le faible gavés de larmes! Autant de cris de révolte qui dérangent, alors on a des réponses toutes faites pour faire taire, pour étouffer les cris:
Les uns diront:  » La justice de Dieu n’est pas de ce monde, elle n’est pas pour maintenant mais pour plus tard.  » Alors on attend le jour où ils paieront ceux qui font le mal! Les autres vous diront:  » Vous ne priez pas comme il faut « ;  » dites plutôt: Que ta volonté soit faite « . D’accord, mais est-ce que ça arrête les guerres, est-ce que les types qui entraînent nos enfants dans la drogue ou la délinquance vont s’arrêter pour autant? Non. Il vaut mieux alors se taire, s’asseoir et pleurer.
Mais alors? Le Fils de l’homme quand il viendra trouvera-t-il la foi sur la terre? Il y a des chances que la foi disparaisse si la prière disparaît:

 » Il faut prier « , disait Léon Bloy.  » Il faut prier, tout le reste est vain et stupide. Il faut prier pour endurer l’horreur de ce monde. Il faut prier pour être pur.
Il faut prier pour obtenir la force d’attendre.
Il n’y a ni désespoir ni tristesse même pour l’homme qui prie beaucoup.  »

Sans le savoir, cet écrivain nous donne une clef pour aujourd’hui. Nous nous plaignons de ce que notre prière reste sans réponse et lui, que dit-il: Il faut prier pour obtenir la force d’attendre.
Attendre, tout est là, nous ne savons pas patienter, tout, tout de suite, voilà notre idéal. Pourtant le Christ le dit bien à la fin de la parabole. Il est dit que le Seigneur temporise au sujet des élus qui crient vers Lui, il patiente à leur sujet.

Étrange paradoxe: D’un côté, on nous promet prompte justice si nous persévérons dans la prière. De l’autre, on nous dit que le Seigneur temporise et on apprend que la prière doit nous aider à attendre. Pourquoi attendre? Que le Seigneur extermine les méchants et les orgueilleux. Qu’il brise les reins des gens sans pitié! Et que son règne arrive!
Et si nous nous trompions en lançant ces revendications!
Je suis sûr qu’en entendant la parabole, vous aurez fait comme moi. On s’est bien vite comparé à cette brave veuve Et si nous nous trompions? Si nous étions en fin de compte  » l’adversaire « ? Point n’est besoin d’aller loin chercher les ennemis. Nos trahisons, nos colères, notre péché sont là pour témoigner contre nous devant le juge céleste.
Et là, plus moyen de s’échapper, de faire jouer les connaissances, d’invoquer sa naissance ou son statut social:  » On ne peut corrompre le Seigneur dit la Sagesse, il ne distingue pas du faible, l’homme important. Car tous sont l’œuvre de ses mains!  »
Sommes-nous toujours aussi impatient? Finalement, je crois que cette idée de temporiser n’est pas si mauvaise.

 » Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de ce qu’il a promis, comme certains l’accusent de retard, mais il use de patience envers nous, voulant que personne ne périsse mais que tous arrivent au repentir.  »
De peur d’être des adversaires pour nos frères, rendons grâce pour la patience de Dieu à rendre justice. Il veut notre conversion et notre vie, Il veut la conversion et la vie de nos propres ennemis, fussent-ils totalement noirs à nos yeux.

 » Seigneur, tu as pitié de tous parce que tu peux tout, tu fermes les yeux sur les péchés des hommes, pour qu’ils se repentent.
Tu aimes en effet tout ce qui existe, et tu n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait.
En réalité, tu épargnes tout parce que tout est à toi, Maître de la Vie!
Aussi est-ce peu à peu que tu reprends ceux qui tombent; tu les avertis, leur rappelant en quoi ils pèchent, pour que s’étant débarrassés du mal, ils croient en toi, Seigneur!  »

Ainsi le Seigneur quand il viendra trouvera la foi sur la terre. Amen.