Homélie du 9 mars 2025 - 1er dimanche de Carême

Arrière Satan!

par

fr. Jean-Michel Maldamé

Dans nos cathédrales on peut voir des représentations de ce qui relève de la foi, de la vie de l’Église et des saints. Souvent dans le porche d’entrée, des images donnent un aperçu de ces réalités. De même, dans les œuvres musicales classiques, dès les premières notes s’annonce ce qui sera amplement développé par la suite. Il en va de même des évangiles de Matthieu et de Luc. Ils nous rapportent minutieusement les paroles et les actes de Jésus posés pour notre salut. Les évangiles commencent par un porche qui donne un aperçu de ce qui sera ensuite explicité et précisé. Tel est le rôle des récits que l’on appelle souvent « récits de la tentation de Jésus ». Cette expression est maladroite, si elle donne à penser que Jésus aurait eu envie de faire du mal. Non, Jésus n’a jamais eu envie de faire du mal ! Les récits d’introduction annoncent les décisions de Jésus, alors seul dans le désert. Pour les comprendre, il faut se rapporter à ce que Jésus a fait dans sa vie publique — ce sont des actes connus par le témoignage des apôtres qui étaient présents. Cela permet de voir que c’est de manière circonstanciée que Jésus choisit sa voie.

Choisir ! Voici trois actes rapportés par les évangiles qui en furent les témoins. Rappelez-vous d’abord ce qui advint après la multiplication des pains. La foule voulait le faire roi. Jésus refusa et se retira dans le désert, seul. Puis il revint dire à ses disciples que le pain qu’il donnera n’est pas seulement nourriture du corps, mais force pour l’esprit et le cœur. Ensuite, vous savez qu’une part importante de l’action de Jésus s’est accomplie dans le Temple de Jérusalem. Jésus prenait la parole ; il guérissait les malades et libérait de la puissance de Satan. Sa parole était si neuve que les prêtres lui ont demandé des preuves ; ils attendaient qu’ils fassent des prodiges spectaculaires. Jésus le refusa, car il inaugurait une religion qui repose sur la liberté, sur le cœur et sur l’intelligence, pas sur les artifices du spectacle ou des prodiges à l’encontre des lois de la nature. En troisième lieu, rappelez-vous l’épisode de la Passion que nous lirons dans quarante jours. Jésus est dans la nuit au Jardin des Oliviers ; il sait que ses ennemis sont à la porte. Il sait avec quelle cruauté ils traitent les prisonniers. Jésus est bouleversé et l’évangile de Luc nous dit que l’émotion de Jésus est accompagnée d’une sueur de sang. Il vit dans sa chair, dans son corps, dans son âme et dans son cœur, ce que vivent les victimes du sadisme des puissants. Jésus choisit de s’avancer vers ceux qui viennent le prendre — ce faisant, il permet aux disciples de s’enfuir — il leur sauve la vie. Ces trois événements rapportés par les témoins nous disent ce que furent les choix de Jésus.

Ces choix sont annoncés dans le porche d’entrée des évangiles. Rien de facile pour Jésus. Pourquoi ? Vous l’avez sans doute remarqué, ce qui est mis en contraste ce sont des textes de la Bible, des paroles de Moïse ou des prophètes. Des paroles marquées par le sceau de l’autorité de Dieu. Que fait Jésus ? Il choisit une voie parmi celles qui sont dans la Bible. Il se libère des pièges que suscite une lecture partisane de la Bible. Qu’en savons-nous ? Comme il n’y avait pas de témoin quand Jésus était au désert, il faut se rapporter à ce que Jésus a vécu avec ses disciples.

Rappelez-vous. Lorsque Pierre reconnaît que Jésus est le Messie promis, Jésus le place en tête du groupe des apôtres. Sitôt après éclate la divergence entre Jésus et Pierre. Jésus traite Pierre de Satan. Pierre traité de Satan ?!?! Entendons bien. Est « Satan » celui qui pervertit la Parole de Dieu. Si cet épisode nous est rapporté par les évangiles, c’est pour dire que cette tentation est toujours présente. La pierre d’achoppement est de savoir ce que signifie le terme de « Messie », de Sauveur. Il faut résister à ceux qui ont le pouvoir et l’absolutisent au nom de la religion. Oui, hélas, les pires crimes sont commis au nom de Dieu ! Quoi de plus actuel ? Aujourd’hui la liste est longue ; de Gaza à l’Ukraine, de l’Arménie à l’Éthiopie… Telle est la triste réalité. Les prédateurs s’auto-justifient par une référence à Dieu. C’est face à cette perversion que Jésus va au désert pour prendre la force de lutter contre la perversion du visage de Dieu — ce dieu mis au service d’intérêts n’est en rien le Dieu de Jésus-Christ, le Dieu d’amour qui nous donne part à son Esprit pour que nous soyons ses enfants !

Le combat de Jésus placé par les évangiles comme un porche au tout début des évangiles est nôtre. La force contagieuse du Mal nous touche. Soyons lucides, soyons conscients de notre faiblesse… Ouvrons notre cœur à l’action de l’Esprit que nous donne celui qui a vaincu Satan, la Puissance du mal —l’Esprit Saint, notre défenseur, notre force, notre consolation.

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