Homélie du 6 juillet 2003 - 14e DO

Avec Jésus, par Lui, forts quand nous sommes faibles

par

fr. Bernard Autran

Avec ce dimanche, après l’interruption depuis mars, nous reprenons la méditation suivie des actes et des Paroles de Jésus. Depuis l’évangile du 8ème dimanche, on a sauté une bonne partie du son Ministère en Galilée. Il a choisi ses Apôtres, annoncé le Règne de Dieu en plusieurs paraboles. Guérissant des malades, Il a montré en Lui la Miséricorde de Dieu qui s’exerçait en puissance. Plus confidentiellement, Il a aussi fait voir à ses proches l’immense pouvoir qui L’habitait en calmant la tempête! Maintenant Le voici de retour à son pays.

Le récit de Marc est plus succint que celui de Luc, mais tous deux font ressortir les étapes de cette rencontre, émerveillement, puis rejet. Arrêtons-nous d’abord à la première. Les gens sont étonnés. Ils l’ont entendu dire: à Cana Il avait changé de l’eau en vin, Il avait guéri des malades, puis bien des gens Le suivaient. Le voilà maintenant chez eux: d’où Lui vient cette Sagesse avec laquelle Il parle? Luc relève même l’audace avec laquelle il annonce que, désormais, en Lui se réalisent les promesses faites à leurs pères!

Comment comprendre cela d’un garçon de leur pays? Ils ne Le connaissent que trop, ou plutôt, ils s’imaginent Le connaître. Fils de Marie Il est ce charpentier qui a déjà longuement exercé ce métier avec et après son père. On connaît sa parenté, ses cousins qu’on appelle ses frères et sœurs. Alors qu’est-ce qui Lui a pris tout-à-coup? Cette réaction ne risque-t-elle pas souvent d’être la nôtre? Ne classons-nous pas vite les gens qui nous entourent, nous privant de soupçonner des richesses de cœur ou d’esprit qu’un peu plus d’attention bienveillante nous ferait découvrir? N’est-ce pas, hélas la réaction de bien de nos contemporains vis-à-vis de Sa Personne et de son Action dans Son Église? Combien n’en ont eu qu’une connaissance toute superficielle et en méprisant la pauvreté s’en détournent pour essayer de simplement jouir de la vie ou s’abreuver aux sources empoisonnées du « Nouvel Âge » ou de prétendues spiritualités orientales?

Mais ce danger ne nous guette-t-il pas aussi? Jésus, Son Évangile, Son Église, nous connaissons! Comment trouver de la nouveauté en ce que nous entendons, pour certains d’entre nous, depuis bien des années? C’est là qu’il nous faut ardemment demander à l’Esprit Saint de nous ouvrir l’esprit et le cœur à l’intelligence des Écritures! Laissons-nous guider par St Paul. Il connaissait autrement mieux que nous le Mystère du Christ. Il lui avait été donné de le pénétrer profondément, il s’en émerveillait toujours et en partageait la joie. Écoute, lecture, méditation, en Église et personnellement, c’est dans la Prière que nous sommes appelés à découvrir les insondables dimensions de l’Amour de Dieu manifesté en Jésus! Il n’y a en vérité rien de plus précieux dans notre vie que de chercher à en faire rayonner la joie à travers le service de nos frères et l’humble dialogue avec eux!

Peut-être, comme Jésus, ne serons-nous pas bien reçus! Il n’en a pas été pour Lui autrement que pour les prophètes qui L’ont précédé! Le passage d’Ézéchiel vient de nous le rappeler. C’est à un monde pécheur qu’Il a été envoyé, et ces premières escarmouches aboutiront à Sa Croix! Les faux prophètes caressent dans le sens du poil, disent aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre. Annoncer qu’il n’y a pas d’autre joie, d’autre réussite vraie dans la vie que se faire serviteurs de ses frères, se soucier de leur Bien commun, répercuter ce que l’on a reçu du Seigneur à travers eux, cela contredit notre égoïsme, et on ne l’accepte pas facilement! Il n’y a qu’à voir quels hurlements s’élèvent quand on doit demander à certains, et nous pouvons en être, de renoncer, pour leurs frères, à des avantages qui peuvent se révéler injustes ou impossibles à honorer! et que dire de notre incapacité collective à partager l’aisance en laquelle nous vivons avec les proches ou lointains qui survivent sans travail, sans logement décent, sans perspectives pour leur avenir, sans savoir que Le Seigneur veut leur joie?

Témoigner de cet amour auquel Il nous appelle ne peut être facile. C’est la plupart du temps une lutte. Elle commence en nous-mêmes, car entrainés ou complices, nous ne sommes pas indemnes du péché du monde. N’y a-t-il pas en chacun de nous un écho de cette mystérieuse écharde qui déchirait la chair de St Paul? Pour lutter contre notre égoïsme, nous ne sommes pas des surhommes! Se barder de grandes résolutions n’aboutit souvent pas à grand chose! Et ne sommes-nous pas bien désarmés face aux grands courants de la puissance dominatrice de l’argent, des armes ou de pouvoirs d’oppression? Pour imposer leur volonté, des pouvoirs civils et des organisations religieuses usent de moyens de pression qui obligent à se courber. Telle n’est pas la manière du Christ ni celle des siens quand ils ne cèdent pas à l’entraînement du monde! Jésus n’a pas appelé de légions d’anges pour écraser ceux qui voulaient le crucifier! Son immense Force a été de continuer à les envelopper de Son Amour. Ressuscité, Il a vaincu par ses disciples: pourchassés, persécutés, ils ont bouleversé par leur amour, reflet du Sien. Bientôt des hommes ont cru en Lui, vécu de lui dans le monde entier!

Devenu Son Apôtre, Paul avait renoncé à ce qui faisait sa force avant sa conversion. Il l’a bien réalisé: si aucune persécution, aucune fatigue, aucune torture n’est venu à bout de sa consécration à l’œuvre du Seigneur, cela venait de Sa Puissance qui S’exerçait en lui. C’est aussi notre condition: prêtres, prophètes et rois par notre Baptême, à nous aussi Il demande de mener cette lutte, de nous y engager chacun à notre manière, même bien modeste. Mais peu importe ce qui se voit! Si, dans la Foi, nous réalisons qu’Il met en nos mains le secret de la Vie et de la Joie, qu’Il nous en fait porteurs, soyons en sûrs, Sa Force fait, fera à travers nous des merveilles!