Homélie du 19 avril 2003 - Vigile Pascale

Avez-vous compris ce que veut dire Ressuscité des morts

par

fr. Alain Quilici

Dans les Évangiles, il est dit à plusieurs reprises que les Apôtres n’avaient pas bien compris ce que voulait dire ressuscité des morts. Ils avaient déjà eu du mal à le comprendre lorsque Jésus l’avait annoncé à l’avance. Ils ont eu aussi du mal quand Jésus ressuscité se fut manifesté à eux.

Et vous, mes frères, avez-vous compris ce que veut dire ressuscité des morts? Je vous pose la question, parce que je me la pose moi-même. Et avouons que ce n’est pas si facile d’y répondre. Et peut-être vaudrait-il mieux que nous répondions que non, nous n’avons pas vraiment compris. Parce que, mis à part Jésus lui-même, qui peut dire ce qu’est la résurrection des morts que nous fêtons si solennellement cette nuit?

En tout cas pas les saintes femmes dont saint Marc vient de nous parler. Au départ, elles sont bien comme nous. Elles n’y croient guère à la résurrection, car de toute leur vie de femmes et de mères, elles ont vu bien des cadavres, mais aucun qui soit revenu à la vie. Et d’ailleurs, si c’était ça la résurrection des morts: revenir à la même vie, comme Lazare, pour mourir à nouveau dans quelques temps, ça ne vaudrait vraiment pas la peine, ce ne serait que partie remise. Autant acheter des aromates et embaumer le corps de l’être cher pour qu’il reste beau dans le souvenir.

Mais chemin faisant, les saintes femmes qui ne sont pourtant pas des philosophes, se posent une question dont elles ne mesurent pas la portée: Qui nous roulera la pierre hors de la porte du tombeau?

Question pratique. Certes.

Question essentielle: Qui enlèvera les obstacles qui nous empêchent de pénétrer le sens de la mort?

Car elle était fort grande, précise saint Marc.

La pierre? Certainement. Mais aussi la question!

Et les saintes femmes, en qui nous nous reconnaissons, car elles sont là, à notre place et pour nous, savent bien que déplacer cette pierre dépasse leurs forces, comme dépasse nos forces la réponse à notre interrogation.

Or voilà que la pierre est levée. Les femmes ont accès au tombeau. Vont-elles trouver la réponse à leur question? Et bien oui, justement! Mais quelle étonnante réponse et qui correspond si peu à ce à quoi elles s’attendaient.

La réponse se présente sous les traits de cet inconnu qui leur parle: il est jeune, il est bien vivant, il est vêtu de lumière, il est assis à droite comme il se doit, je veux dire comme Jésus est assis à la droite du Père. Et dans ses propos, elles reconnaissent une de ces expressions qui sonne familièrement à leurs oreilles, comme elle nous est devenue familière à nous aussi: n’ayez pas peur! Et il sait tant de choses précises.

Elles sont saisies. Elles ne l’ont pas reconnu. Elles cherchaient un mort. Plus tard, elles parleront d’un ange.

Ce n’est pas un mort revenu à la vie qui s’adresse à elles (ce serait de si peu d’intérêt) c’est un monde nouveau qui s’ouvre devant elles.

Elles se posaient une question. Elles attendaient une réponse. Et ce qui leur est proposé, c’est une rencontre

On-elles compris?

Sans doute pas. Mais il leur a été donné de constater que celui qui était mort est maintenant entré dans la Gloire du Père.

La résurrection, je veux dire: la vraie résurrection, celle de Jésus, celle qui nous est promise à nous aussi, c’est comme la mort. On ne l’explique pas, on la rencontre. On est confronté à elle. Ce n’est pas une idée, c’est une réalité. Elle s’impose.

Face à cette réalité, il y a ceux qui refusent et il y a ceux qui prennent acte. Comme les saintes femmes, nous sommes de ceux-là. Et on comprend mieux leur réaction: Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau car elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes.

Hors d’elles-mêmes est peu dire. En extase, dit le texte.

Elles ont communié au Mystère de Dieu. Elles en ont perçu la réalité. Elles en sont restées sans voix. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. Peur de quoi, si ce n’est d’avoir vu Dieu face à face?

Mes frères, pouvions-nous comprendre ce que veut dire ressuscité des morts? Sans doute pas. L’amoureux a-t-il besoin de comprendre et définir ce qu’est l’amour? Que lui importe de comprendre s’il a la certitude et la preuve qu’il aime et qu’il est aimé?

La divine liturgie de cette nuit nous a donné de vivre ce qu’ont vécu les saintes femmes: une rencontre. Incontestablement une rencontre.

Dieu soit loué!

Amen.