Homélie du 11 mai 2003 - 4e DP

Berger, Le Ressuscité a donné Sa Vie, joie de Vivre de Lui

par

fr. Bernard Autran

Les Apôtres L’ont vu, entendu, touché: trois dimanches, la Liturgie nous a rappelé leur Témoignage: Jésus, leur Maître et le nôtre est bien Vivant, Ressuscité! Les dimanches suivants vont nous acheminer vers Son Entrée dans la Gloire de Son Père et Son Action invisible en Son Église par L’Esprit qu’Il lui a donné à la Pentecôte. À la charnière des deux séries, aujourd’hui, le Dimanche du « Bon Pasteur » doit nous aider à mieux comprendre ce qu’Il est pour nous, Lui qui est Vivant avec nous: Il nous a tant aimés que, s’Il a donné Sa Vie, c’est pour transfigurer la nôtre, l’illuminer d’une splendeur qui soit un vrai reflet de la Sienne.

Depuis la Promesse faite à David, toute la ferveur d’Israël était tendue vers la venue du Messie que Dieu allait donner à Son Peuple. Désigné par l’Onction, c’est le sens du mot dont l’équivalent grec est « Christ ». On L’espérait comme le Roi-Sauveur qui viendrait délivrer les siens des malheurs qui les accablaient. Comme couronnement de l’année liturgique, nous fêtons Jésus Ressuscité sous ce vocable. Mais les Évangiles de cette fête nous Le présentent comme un Roi bien différent de ce qui était attendu. Selon les années, Il nous est décrit comme Celui qui opère le Jugement dernier, Celui qui ne s’affirme Roi que devant Pilate ou ne l’est proclamé que cloué sur une Croix. Déjà les prophètes avaient essayé d’infléchir en ce sens l’attente des leurs: écœuré par la vie des grands à Jérusalem, Michée avait annoncé que Le Messie naîtrait à Bethléem, patrie de David et non en la ville où régnaient en maîtres les héritiers de la gloire humaine de Salomon .

Ce David avait été choisi comme Roi parce qu’il avait exposé sa vie pour le Peuple en affrontant Goliath. À travers tout ce qu’il avait vécu on avait senti que, berger appelé à se mettre à leur tête, il restait proche de tous. Parce qu’on avait compris quel amour l’animait, on l’avait appelé « l’os de nos os et la chair de notre chair« ! Toute l’histoire d’Israël est faite du souci de Dieu, de faire diriger le Peuple par de bons « bergers », et non par ceux qui se font servir. Aussi, bien que les termes soient équivalents, le titre de Pasteur convient mieux à Jésus que celui de Roi! Pour dire Son rôle de Ressuscité, la liturgie nous fait lire par parties le chapitre 10 de St Jean, aujourd’hui la partie centrale où Il Se proclame le Vrai Berger promis par Le Père.

Qu’Il soit dit « Berger », la comparaison a ses limites, nous ne sommes pas des « moutons »! Et aucun berger ne va jusqu’à accepter de mourir pour son troupeau. Ce que Jésus est venu vivre chez nous va infiniment plus loin. Et si David s’était exposé au danger, Lui Il a donné réellement Sa Vie. S’Il l’a fait jusqu’à la souffrance et la mort, ce n’était que le prolongement, à l’extrême, de Son Don de Lui-même à travers toute Sa Vie. Parfait reflet de l’Amour du Père, Il ne vient absolument pas pour Lui, mais pour nous. C’est la Passion qui a animé toute Son Existence. Il ne recule devant rien pour nous tirer de notre abîme, nous faire vivre vraiment avec Lui, quoiqu’il puisse Lui en coûter. Et dans la fin de notre Évangile, Il insiste, dit et redit que nous comptons tellement à Ses Yeux que, pour nous Il est décidé à donner Sa Vie humaine. Et Il la recevra à nouveau, transformée, pour continuer à donner Sa Vie plénière, cette fois à tous les hommes qui croiront en Lui.

Il Se compare au berger d’un petit troupeau qui connaît individuellement ses bêtes qui, elles, le reconnaissent et n’en suivent pas d’autre. Durant Sa Vie terrestre, Son Regard était affecté par les limitations de notre nature, mais, maintenant, ressuscité, Il en est affranchi. Nous savons que, désormais, Son Regard d’Amour dont le sommet avait été en Sa Croix, Il le porte jusqu’au fond sur chacun de nous. Et, à notre tour, Il nous donne de Le connaître en profondeur: relai de l’Amour inconcevable du Père, Il nous donne, par Son Esprit, de devenir « Enfants de Dieu« , non une simple dénomination, mais la réalité la plus phénoménale: Il nous donne de vivre de Sa Vie, devenir Membres de Son Corps, de véritables prolongements de Lui-même!

Plongés en Lui par le Baptême, nourris de Lui à l’Eucharistie, Il nous puise de l’abîme de notre égoïsme et de notre stérilité. C’est la lutte de chaque jour en laquelle Il nous assiste de Son Esprit. Ainsi, Il nous pénètre de Ses Sentiments, nous éveille, malgré notre faiblesse, à vivre un amour qui reflète le Sien, de loin, mais bien réellement. Ainsi notre vie porte un grand fruit quand Il nous fait l’honneur de partager son souci de Berger à l’égard de nos frères. Le témoignage que nous avons à porter est plus modeste que celui de Pierre face aux chefs du Peuple, mais à travers les circonstances de nos vies, souvent modestes, c’est dans la même ligne que nous sommes appelés à partager avec nos frères la joie de savoir que Ressuscité Il est avec nous pour nous illuminer.

En cela nos vocations sont diverses mais quelles que soient nos situations, nos vies ne sont saines et saintes que dans la mesure où nous apprenons à nous oublier pour prendre en charge nos frères et rendre grâces pour ceux qui l’ont fait pour nous. Et ne l’oublions pas: si la vocation de parents est à la fois difficile et merveilleuse, Il donne une grande preuve de Son Amour à ceux qu’Il appelle à Lui consacrer leur vie dans la vie religieuse ou dans les ministères ordonnés. Prions pour qu’ils soient nombreux à prendre en charge ce service. Et s’ils acceptent de perdre ainsi bien des avantages en répondant à un cet appel, c’est le centuple qu’Il leur rend. Au delà de l’immédiat, ce sera surtout la joie de se voir un jour rassemblés avec ceux de leurs frères qui les auront guidés et ceux qu’ils auront pu aider à cheminer. Quelle merveille alors pour nous tous de nous trouver semblables au Fils de Dieu, car, face au Père, Il nous aura donné de Le voir tel qu’Il est!