Homélie du 9 avril 2023 - Dimanche de Pâques

« Caché en Dieu »

par

fr. Sylvain Detoc

Comme un voleur ! Il est parti… comme un voleur ! Jésus a quitté notre monde comme par effraction. Depuis lors, tout le monde le cherche… Et nous aussi, d’ailleurs !

Pourtant, ses adversaires n’avaient pas lésiné sur les moyens pour l’empêcher de s’échapper. Après les tortures de la Passion, la mort sur la Croix, le coup de lance post mortem, ils n’avaient pas hésité à faire sceller la pierre tombale et à poster des gardes devant le sépulcre.

Peine perdue ! Un peu comme dans les bons films de cambriolage ou d’évasion, le corps du Seigneur s’est volatilisé.

L’auteur de la deuxième épître à Timothée a bien résumé les choses. « On n’enchaîne pas la Parole de Dieu » (2 Tm 2, 9). Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous ; il est mort, il a été enseveli… Mais même les liens de la mort n’ont pas pu le retenir captif.

Et non content de s’évader lui-même de cette prison mortelle, il a fait s’évader tous les autres prisonniers, en commençant par nos premiers parents, comme le montrent ces icônes où l’on voit le Christ entraîner Adam et Ève à sa suite ! « Il a capturé des captifs », dit un psaume (Ps 67, 19), en nous invitant à jouer sur le thème de l’arroseur arrosé. Le Diable avait capturé l’humanité dans les filets du péché et de la mort ? Eh bien ! Jésus a dépouillé ce maudit cambrioleur pour lui reprendre son butin. Pâques, au fond, c’est « le casse du siècle », « la grande évasion », et bien plus encore !

On n’en finirait pas de relever tous les jeux sur les mots et les concepts que la liturgie de l’Église tire de la Bible et qu’elle reprend joyeusement ces jours-ci, comme pour nous aider à entrer dans ce mystère qui donne tant de fil à retordre à notre intelligence : dans la Pâque de Jésus, la Vie est morte et la mort a été tuée par la Vie.

Ces jeux de mots renversants sont aussi le reflet d’un aspect de la vie chrétienne que nous ne mettons guère en valeur : Dieu est joueur ! Le livre des Proverbes le dit : la Sagesse « joue » de toute éternité ; elle est venue jouer sur la terre avec les enfants des hommes, et elle y a trouvé sa joie (cf. Pr 8, 30-31).

Au temps de Moïse, déjà, avec les armées de Pharaon, c’était « attrape-moi si tu peux ». Quant à Jésus ressuscité, en plus de jouer au gendarme et au voleur avec les autorités de Jérusalem, voilà qu’il joue à cache-cache avec ses amis !

Il se cache. Il se cache au petit matin de Pâques sous les signes laissés dans le tombeau à l’adresse de Pierre et Jean, comme dans un jeu de piste. Il se cache sous les traits de celui que Marie-Madeleine prend pour un jardinier. Il se cache sous la figure du voyageur anonyme qui fait route avec les disciples d’Emmaüs. Il se cache encore sous l’apparence du mystérieux Galiléen qui invite les apôtres à partager son repas au bord du lac de Tibériade.

Il se cache. Et quand on l’a enfin reconnu — à sa voix (« Marie » !), à ses gestes (la fraction du pain), à ses prodiges (une pêche miraculeuse) — quand enfin on le tient, parce qu’il est là, il disparaît encore, avant de revenir, comme un voleur, les portes étant closes !

Dieu joue ? Oh oui ! Et il joue aussi avec nos nerfs… Seulement voilà, s’il nous arrive de ne pas apprécier ces parties de cache-cache, c’est peut-être parce que nous sommes un peu trop vieux jeu.

Dieu joue avec nous, c’est vrai, mais il ne se joue pas de nous. Jamais ! Il ne fait pas de nous, non plus, le jouet de ses caprices. Ce langage ludique, en fait, seuls les enfants et les amoureux le comprennent. Les parents le savent bien : rien de tel qu’une partie de cache-cache pour faire éclater de rire les tout-petits. Et les fiancés — comme ceux du Cantique des Cantiques, ce poème biblique que nous lirons chaque matin dans notre église tout au long de l’octave de Pâques —, les fiancés eux aussi savent combien ces jeux font palpiter leur cœur.

Présenter le mystère pascal de cette manière, c’est un peu léger, non ? La vie n’est pas un jeu ! La vie chrétienne, encore moins ! C’est grave, la vie chrétienne. C’est grave ce que nous avons célébré ces derniers jours. C’est pathétique, même ! D’abord, parce qu’il y va de notre salut ; et puis, parce que la Passion de Jésus — les fouets, les épines, les clous — ce n’était pas une partie de plaisir ! Nos combats et nos souffrances, non plus !

C’est sûr. En même temps, la fête de la Résurrection prend l’allure d’un happy end. Oh ! Attention ! Un happy end tout en retenue. Le Ressuscité est pudique. Il sollicite notre foi, sans jamais nous contraindre au jeu. Il se cache dorénavant sous les mots de l’Écriture. Il se cache sous les signes du pain et du vin de l’Eucharistie, et sous bien d’autres rites. Il se cache sous les innombrables visages que vous êtes, et qui forment son Église. Il se cache sous les événements de nos vies, sous les traits de nos amis — et même de nos ennemis ! Il se cache enfin sous tous ces actes de bonté qui rendent notre monde possible.

Viendra un jour, frères et sœurs, où il ne se cachera plus. Pour l’instant, comme nous l’a enseigné saint Paul dans la deuxième lecture, le Christ est « caché en Dieu ». Cherchons-le, trouvons-le, cherchons-le encore — et ne nous lassons pas de jouer avec lui.

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