Homélie du 27 mai 2001 - 7e DP

Celui qui a soif, qu’il boive l’eau de ta vie

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Roger Martin du Gard finit son roman «Les Thibault» par une terrible rencontre entre un jeune homme, Antoine, qui vient de perdre son père, et un prêtre, l’abbé Vécard. Au cours de cette conversation, ils abordent toutes les questions essentielles sur le sens de la vie. Et Antoine lui avoue qu’il n’a jamais eu la foi, malgré une enfance catholique docile et soumise. Pour le ramener à des pensées plus chrétiennes, l’abbé Vécard fait appel au sentiment religieux du jeune homme, après s’être appuyé sur le bon sens et la philosophie. Mais il faut reconnaître que les raisons du prêtre apparaissent dérisoires devant les arguments implacables d’Antoine. C’est pourquoi ce dialogue, où le prêtre a malheureusement le dernier mot, laisse au lecteur le sentiment que la foi n’est qu’une pieuse illusion, et que seuls les athées, comme Antoine, ont le courage de regarder les choses en face.

Mais pourquoi ce prêtre n’a-t-il rien à opposer de sérieux aux objections d’Antoine Thibault? Je crois que c’est tout simplement parce qu’il lui ressemble. Sans s’en rendre compte, il est comme Antoine qui avoue avec une lucidité extraordinaire qu’il s’est toujours «admirablement passé de mystique». Et bien, l’abbé Vécard, lui aussi se passe de mystique. Et c’est justement parce qu’il n’est pas mystique qu’il n’a rien à répondre aux objections d’Antoine. Car seuls les mystiques ont quelque chose à dire devant le mal, la souffrance et la mort. Les autres, fussent-ils des croyants, ne peuvent que donner des réponses qui nous permettent de rêver que les choses ne sont pas si terribles que ça!

Mais qu’est ce que cela veut dire être mystique? Le texte de l’Apocalypse que nous venons d’entendre nous le dit: «Celui qui a soif, qu’il s’approche. Celui qui désire, qu’il boive l’eau de la vie». Oui, le mystique ce n’est pas celui qui a des visions, c’est tout simplement l’homme de désir, celui qui a soif: soif d’infini, soif d’extase, soif d’une autre vie, soif d’un autre monde, soif du Ciel. «La vraie vie est absente» disait Rimbaud. «II faut être toujours ivre. Tout est là! C’est l’unique question» écrivait Baudelaire. Certes, ceux qui ont renoncé à trouver dès maintenant le bonheur éternel et ont accepté avec résignation l’ennui de cette vie et ses petites joies trouveront tout cela exagéré. Ils parleront d’équilibre, de modération, de sagesse. Mais ceux qui ont faim et soif d’absolu, ne les écouteront pas, car ils savent que l’homme est fait pour l’infini, que nous sommes faits pour entrer en extase déjà sur cette terre, et non pas seulement dans l’au-delà. Et ils ont raison.

Mais ce désir est dangereux car il y a deux façons de chercher le Ciel. Il y a celle que le monde nous offre, et celle que nous enseigne aujourd’hui le Christ. Car il s’agit bien d’extase et d’infini dans cet évangile. «Père, je leur ai donné la gloire que tu m’a donnée pour qu’ils soient un comme nous sommes uns: moi en eux, et toi en moi». Il n’y a rien de plus fou, rien de plus osé que cette affirmation du Christ qui nous invite à entrer dans l’intimité trinitaire elle-même, au point de n’être plus qu’un avec Dieu. Seule notre tiédeur nous permet d’écouter ses paroles sans comprendre qu’il nous invite à entrer dans l’extase qui unit dans une exultation infinie le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Mais cette extase n’est pas celle de l’exaltation de soi, de l’effort humain ou du «dérèglement systématique de tous les sens» qui passe par toutes les drogues de ce monde pour finir dans le culte de Satan. Non, c’est l’extase que nous enseigne le Christ, c’est-à-dire celle de la faiblesse qui s’abandonne avec confiance dans les mains de Dieu, celle de l’amour qui demande à genoux le bonheur éternel, celle de l’obéissance jusqu’à la mort de la Croix, celle de l’humble supplication: Aie pitié de moi Seigneur, car je suis un pauvre pécheur!

Alors que celui qui a soif et qui désire l’infini s’avance, qu’il reçoive avec humilité le corps et le sang du Christ, qu’il se laisse emporter par les fleuves d’eau vive, qu’il renonce à tout pour trouver tout, il entrera dans la joie du Ciel, que seul Dieu peut nous donner et que personne ne pourra nous ravir, ni les échecs de cette vie, ni la souffrance, ni la mort.

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