Homélie du 19 octobre 2014 - 29e DO

« César n’est pas Dieu et Dieu n’est pas César »

par

fr. Gilles Danroc

Connaissez-vous Cyrus?

Avouez que nous ne connaissons pas trop bien ce général empereur-perse parmi les centaines de ses collègues d’Orient qui ont eu une heure de gloire passagère. Or Dieu, soudain, braque le projecteur sur ce Napoléon persan. Isaïe dévoile le scoop invraisemblable de Dieu: Ce Cyrus est mon Messie!

Tollé général des religieux qui gardent les traditions d’Israël: comment cet homme qui ne connaît pas la Torah, ni Moïse, ni David ni la Terre de la promesse ni le Temple de Jérusalem pourrait être un Roi-Messie consacré et voué au salut du peuple de Dieu?

Or c’est bien ce Napoléon persan qui chamboula la géostratégie du Proche et Moyen Orient, dans un arc qui va de Téhéran au Caire en passant par Bagdad et Damas! Plus de 26 siècles d’actualité brûlante!

Venant de l’est, il a battu les Babyloniens et permis par ricochet le retour des Fils d’Israël en exil à Babylone! Dieu a eu raison: Il a fait revenir les déportés d’Israël, le Temple sera reconstruit et le peuple reprendra le chemin de la foi (cf. Néhémie 8, 1 -18)

Plus fort encore: Dieu se révèle le seul vrai Dieu, le Dieu libre, seul capable de réaliser un plan de salut pour toute l’humanité! Comprenez bien que jusque là, Dieu en appelant Abraham, Moïse, David et Salomon avec les prophètes avait déjà affirmé sa supériorité sur tous les dieux de Canaan et même d’Égypte. Tous avaient commencé à nettoyer le ciel de ces intermédiaires les Baals et autres Astartés qui polluaient le ciel d’Israël. Mais il a fallu qu’Israël passe par une épreuve terrible, longue et désespérante pour découvrir que son Dieu était le Dieu unique! Ils reviennent de la grande épreuve: la mort inexplicable du bon roi Josias, l’écrasante défaite militaire, l’occupation et la déportation à Babylone de la jeune élite d’Israël et la destruction du Temple dans Jérusalem en ruine! Leur Dieu a été écrasé, sa gloire a quitté Jérusalem, tout est fini, anéanti! Et voici qu’Il resurgit par des voies inouïes, qu’Il ressuscite en quelque sorte non plus comme le vrai Dieu libérateur de son peuple mais comme le Dieu unique. Vous l’avez entendu: » Je suis le Seigneur et il n’y en a pas d’autre: en dehors de moi, il n’y a pas de Dieu. J’ai rendu Cyrus puissant, alors qu’il ne me connaissait pas pour que l’on sache, de l’Orient à l’Occident, qu’il n’y a rien en dehors de moi. » (Isaïe 45, 5-6) Finies les mythologies de dieux et demi dieux qui reflétaient les désirs humains trop humains sur un ciel gris et bas sans perspective de salut! À Olympe comme ailleurs! Maurice Zundel l’a parfaitement manifesté: « Dieu, ce n’est pas une invention, c’est une découverte ». Nous voilà libérés de toutes les religions qui fabriquent des dieux à notre mesure pour cautionner nos aspirations les plus vaines: l’argent, la gloire, paraître plus que… voire dominer et asservir autrui!

Dès lors on comprend la réponse lumineuse et libératrice de Jésus à ceux qui lui tendent le piège de l’impôt. Aucun César ne peut être Dieu car Dieu s’est révélé unique, « créateur de tout et de moi » et sauveur de toute l’humanité. César à Rome n’est qu’un homme sans sacré! Il a le pouvoir d’un empereur mais il n’est pas Dieu! Et l’Église a payé le prix fort de cette affirmation de Jésus, le prix des martyrs des premières persécutions jusqu’à aujourd’hui ici et ailleurs. Jésus en fait détricote ce que nous ne cessons de tricoter: le pouvoir et le sacré!

Pour nous le pouvoir fascine au point qu’il nous faut le consacrer d’une manière ou d’une autre. Or là, séparation radicale du pouvoir, du savoir et de l’avoir d’un côté et du seul Dieu vrai de l’autre. Dieu est l’Au delà de tout et nos forces d’intelligence et de volonté ne peuvent Le concevoir. Même si en nous créant, Dieu se laisse découvrir comme il convient à notre intelligence qui Le cherche en vérité.

Mais Jésus nous entraîne beaucoup plus loin dans la lumière de la Révélation: Dieu n’est pas, n’est aucunement un César, empereur des univers selon notre représentation du pouvoir tout puissant et sans partage! Là est la question cruciale qui demeure et l’Église paye aujourd’hui encore au prix fort cet imaginaire d’un dieu pervers qui manifesterait sa grandeur en asservissant la terre! Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c’est rendre un culte au seul vrai Dieu qui a manifesté exactement sa toute puissance la nuit de Noël dans l’enfant de la crèche. Car nous prêchons un messie crucifié qui répand sur nous sa résurrection et ouvre le monde nouveau de la charité! Les Apôtres ont cru jusqu’au bout, au moment de l’Ascension du Christ ressuscité « qu’il allait restaurer la royauté en Israël! » (Act 1,6) Ne nous trompons pas de Messie, ne nous trompons pas de Dieu! Car Il n’est qu’amour, père, Fils et saint Esprit, unique et trois fois saint! Et la tentation permanente, la notre et celle du monde est de vouloir un dieu tout puissant responsable de tout et donc de tout ce qui va mal. Chacun peut défausser sa responsabilité sur un tel dieu qui, du reste n’existe qu’en rôdant dans nos têtes et attisant nos désirs malsains! Dieu n’est pas César! Il nous reste à bâtir en Son Nom une Église vraiment fraternelle où l’amour que nous avons les uns pour les autres fait signe vers le Dieu unique vivant et vrai! Car Il est Amour!