Homélie du 5 juin 2005 - 10e DO

C’est la miséricorde que je veux!

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A la sortie de la ville de Capharnaüm, Jésus passe devant un poste de collecteur d’impôts. Il voit Matthieu qui exige la taxe décrétée par la puissance d’occupation, les Romains. Jésus pose son regard sur Matthieu et lui dit «Suis-moi». Matthieu est bouleversé. C’est lui que Jésus a choisi comme apôtre et témoin de la miséricorde de Dieu. Jésus, au contraire, ne lui fait pas la morale. Il ne lui demande pas une déclaration publique de repentance. Jésus couvre la misère morale de Matthieu avec le manteau de sa miséricorde. Miséricorde qui fait le premier pas, amour sans condition.

Matthieu se lève, et quitte son bureau. Il suit Jésus comme Abraham avait quitté sa terre natale pour une Terre Promise. Il passe des ténèbres du péché à la lumière de l’amour. C’est alors qu’il invite Jésus chez lui ainsi que ses anciens amis. De bons vivants attachés aux plaisirs, escrocs, complices des Romains, délateurs. Jésus parle avec ces hommes impurs qui ne respectent pas les rites juifs. Voyant cela, les Pharisiens se révoltent: «C’est inadmissible!» Ils s’adressent aux disciples du Nazaréen «Comment se fait-il que votre maître mange avec les publicains et les pécheurs?» Si l’on fait grâce au méchant, il n’apprend pas la justice Les publicains sont riches parce qu’ils retiennent pour eux une partie des impôts romains. Ces gens-là ne méritent pas le respect!

Nous comprenons bien ces Pharisiens qui étudient la Torah, la Loi de Moïse, qui prient les Psaumes et qui font des aumônes! Ah ! que c’est difficile de fuir le vol, l’adultère, la corruption proposés par les puissants de ce monde! Il faut dénoncer Matthieu, l’expulser de la communauté, montrer l’exemple à suivre!

Jésus qui a entendu la réflexion des Pharisiens intervient: «Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin mais les malades».

En disant cela, Jésus ne dit pas que Matthieu a raison. Tout au contraire, Matthieu est malade. Il n’est pas bien. Sa vie ne tourne pas rond. Ce qu’il fait le ronge comme une gangrène. Il a besoin de changer d’air, de conduite, de vie. L’appel de Jésus l’arrête non pas pour quelques jours mais pour toujours. Matthieu ne sera plus collecteur d’injustes impôts mais rassembleur d’hommes. Témoin de la miséricorde de Jésus à son égard, Matthieu va prêcher le Dieu de miséricorde et de pardon: «C’est la miséricorde que Dieu veut et non les sacrifices. Jésus est venu appeler non pas les justes mais les pécheurs».

Jésus fait confiance à Matthieu. Matthieu met sa foi en Jésus. Jésus offre son amitié à Mathieu. Matthieu se met au service de Jésus de toutes ses forces.

Désormais Matthieu fera communauté avec les autres apôtres. Lui, le collaborateur, va partager sa vie avec des apôtres de tendance zélote, militants juifs, zélés pour l’indépendance d’Israël. La miséricorde de Jésus s’étend à tous les hommes. Jésus ne restreint pas son appel aux purs, à ceux qui ont bon caractère. Jésus appelle des hommes impétueux comme Pierre, doux comme Jean, militants comme Judas, collaborateurs comme Matthieu. Le collège des douze apôtres n’est pas homogène. Tous les hommes sont appelés au salut. Jésus choisit précisément des pécheurs pour bien montrer que le salut ne vient pas des hommes mais de la grâce de Dieu qui fait miséricorde.

Où en sommes-nous, frères et sœurs, de notre vie de foi? Où en sommes-nous de notre vie de charité? Faisons-nous des progrès? Comment le savoir? Le Seigneur Jésus nous propose un test simple et sûr, celui de la miséricorde envers les faibles et les pécheurs. Agissons-nous avec un cœur de pierre? Avons-nous des paroles dures, lapidaires, jugements de condamnation et d’exclusion? Alors, nous ne sommes pas purs, notre foi est faible et notre charité fugitive. Faisons-nous confiance à Dieu qui agit dans le cœur des pécheurs? Avons-nous des paroles bienveillantes d’encouragement? Couvrons-nous avec le manteau de la miséricorde la misère de nos proches au lieu de proclamer leurs défaillances? Alors, nous sommes sur la bonne voie: «Heureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde».

En voyage, saint Dominique portait toujours avec lui l’Évangile selon saint Matthieu, l’Évangile de la miséricorde Le premier mot de la vie dominicaine, celui que nous prononçons en prostration au jour de notre entrée dans l’Ordre, est bien celui-là : la miséricorde. Béni sois-tu, Seigneur, pour ta miséricorde.

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