Homélie du 11 avril 2009 - Vigile Pascale

C’est vrai !

par

fr. Alain Quilici

Comme elles sont émouvantes ces saintes femmes! Elles n’ont probablement pas dormi de la nuit. Elles sont sorties de chez elles alors que tout le monde était encore au lit. Elles portent ces aromates dont on embaume le corps des morts. Elles ne doutent pas de ce qu’elles vont trouver. Elles savent. Ce sont des femmes, des épouses, des mères à qui on ne raconte pas d’histoires. La mort fait partie de la vie, elles ne le savent que trop bien. On se heurte à la mort comme à un mur. Il n’y a rien à faire. Il faut accepter. On n’a d’ailleurs pas le choix.
Elles ne se parlent guère sur la route. Elles se disent en elles-mêmes que toutes les crises nationales et internationales, tous les débats télévisés, toutes les vraies et les fausses informations, toutes les rumeurs et les moqueries, tout ça est de peu de poids face à la mort d’un proche, d’un être aimé dont on se dit qu’on ne le verra plus.
Aussi la question qu’elles se posent, en cache une autre. A haute voix, elles se demandent: Qui nous roulera la grosse pierre qui ferme le tombeau? mais dans leur cœur elles pensent: Qui répondra à nos questions sur la mort? Qui roulera cet obstacle infranchissable qui bouche notre horizon et qui rend notre vie sur terre si mystérieuse?

Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques et Salomé, voilà notre humanité, notre poignante et douloureuse humanité à qui soudain il arrive ce qu’elle ne pouvait même pas imaginer. Une pierre est roulée, une porte est ouverte et derrière cette porte ce n’est pas la nuit du tombeau, c’est le bleu du ciel!
Un homme est là qui les reçoit. Il est jeune. Il est vêtu de lumière. Il leur parle. Vous l’avez reconnu, … pas elles! Ce n’est pas un ange, c’est mieux qu’un ange, c’est Lui, mais elles ne le reconnaissent pas. Il dit une chose qu’elles ne comprennent pas, une chose qu’il avait déjà dite mais qu’elles n’avaient déjà pas compris, une chose très inquiétante, une chose qui dépasse l’entendement et qui tient en peu de mots: C’est vrai!

À propos, je ne sais pas si vous avez vu ce film de Roberto Begnigni qui a pour titre: La vie est belle? C’est l’histoire d’un jeune père de famille juif qui est envoyé dans un de ces camps de la mort, comme il y en a tant eu au 20ème siècle. Il est accompagné de son fils qui n’a pas sept ans. Et le père raconte au petit garçon qu’ils vivent une sorte de grand jeu sinistre et de mauvais goût, qui exige qu’on se cache et qu’on se taise. Mais un jour, lui promet-il, un libérateur viendra pour rendre à la liberté ceux qui auront gagné la partie?. Et quand les chars des libérateurs arrivent, en effet, vous souvenez-vous de ce que dit ce petit enfant? Les yeux écarquillés et la main devant la bouche, il dit: C’était donc vrai! avec tout ce que cela implique de doute réprimé, d’angoisse et finalement de soulagement.
Voilà justement ce que se disent Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques et Salomé, puis les Apôtres, puis les premiers témoins et les deuxièmes, puis la foule des croyants, et nous maintenant: C’est donc vrai! Et il n’y a rien à ajouter. Que l’on ait peur comme les saintes femmes qui s’enfuient et ne disent rien à personne, ou qu’on tressaille de joie, bouleversé par l’immensité de la nouvelle, une seule chose compte: C’est vrai!

Celui que vous cherchez, Jésus le crucifié, il est ressuscité. Il est debout, il est entré dans la gloire, il a vaincu la mort, il a ouvert la porte du ciel, il vous précède. Là où il est, vous le verrez comme il vous l’a promis. C’est vrai!

Les apôtres et les évangélistes, les prédicateurs et les témoins le rediront à satiété, car ils n’ont pas autre chose à dire, parce que rien n’est plus important et qu’à cela il n’est pas nécessaire de rien ajouter:

[|En vérité, en vérité ? Il est vraiment ressuscité ? C’est la vérité vraie ?|]

Mon cher Cédric, voilà ce dont tu viens de faire l’expérience en recevant le baptême, voilà ce que tu as célébré avec nous cette nuit, voilà ce qui va marquer ta vie comme fut marquée la nôtre: la réalité de cette victoire de Jésus, la réalité vraie de son entrée dans la gloire du Père avec son corps et son âme d’homme; la réalité de ce qui nous est promis!

[|C’est donc vrai!|]

Comme le petit enfant du film de Begnigni, et infiniment plus que lui, nous sommes émerveillés par cette réalité, qui hier encore nous paraissait improbable et qui nous saisit de plein fouet, comme le furent les saintes femmes.

L’Évangile ne le dit pas, mais on peut le deviner: elles ont levé les bras au ciel, les fioles de parfums leur ont échappées. Elles se sont écrasées au sol. La bonne odeur de la vie a rempli le sépulcre vide, radicalement vide. Le parfum s’est répandu à travers le monde. Il est venu jusqu’à nous. Ne le sentez-vous pas ce parfum de la vie? C’est lui qui porte la bonne nouvelle qui nous inonde de lumière, car nous savons que c’est vrai. Et c’est là l’essentiel.

Amen.