Homélie du 22 janvier 2023 - 3e Dimanche du T. O.

Convertissez-vous !

par

fr. Édouard Divry

L’appel des premiers disciples est précédé d’une prédication. Il n’y a pas de vocation sans conversion : « Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche » (Mt 4, 17). La prédication de Jésus apparaît brève, voire laconique. Il « enseignait », est-il dit, « il proclamait la Bonne Nouvelle — l’Évangile — du Royaume » (v. 23). Nous ne savons pas davantage le contenu de cette prédication. Il est vrai que cela s’accompagnait de signes éclatants de guérisons ; avec cet autre signe important pour nous : l’appel par Jésus des premiers Apôtres qui acceptent volontiers, et aussitôt, de le suivre, ce qui n’est pas rien non plus.

Mais pourquoi cette concision d’expressions ? Peut-être pour nous mettre en attente, provoquer notre faim de la Parole de Dieu et nous faire désirer qu’arrivent bien vite les chapitres suivants (Mt 5-7), le fameux Sermon sur la Montagne, charte du christianisme. Peut-être aussi est-ce pour nous exhorter à la réserve, la retenue, une certaine sobriété, loin de tout verbiage ? Un contemporain bien connu note avec son humour caractéristique : « Ceux qui ont la parole facile ne savent pas toujours aussi écouter. L’éclat de leur conversation peut même parfois induire en eux une sorte [d’insensibilité] » (Gilbert Keith Chesterton, L’oracle du chien).

Prêcher la conversion est de tous les temps et pour chaque génération. Si les lectures convoquent la « Galilée des nations » c’est que le message est universel. Il est de plus permanent. Rien n’est jamais acquis et il faut sans cesse y exhorter fermement, mais dans la pondération, sans foudres ni éclats. L’Église l’enseigne : « L’appel du Christ à la conversion retentit en permanence dans la vie des baptisés. La conversion est un combat continuel de toute l’Église, qui est sainte, mais qui, en son sein, comprend des pécheurs » (Benoît XVI, Compendium, nº 299).

Quant à la recommandation à la sobriété elle est tout aussi permanente dans la Parole de Dieu du livre du Siracide (32, 9) qu’aux exhortations du Nouveau Testament, en premier chez saint Pierre, le chef de l’Église :
« La fin de toutes choses est proche. Soyez donc sages et sobres en vue de la prière » (1 P 4, 7). « Soyez sobres, veillez. Votre partie adverse, le Diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer » (1 P 5, 8).
Et chez saint Paul, la colonne jumelle de saint Pierre à Rome :
« Ne nous endormons pas, comme font les autres, mais restons éveillés et sobres. […] nous qui sommes du jour, soyons sobres ; revêtons la cuirasse de la foi et de la charité, avec le casque de l’espérance du salut » (1 Th 5, 6.8).

Les Apôtres nous ont transmis le flambeau : ils ont imité le « Maître de l’humilité » (Augustin, Sermo 62 ; 207 ; etc.), le Seigneur Jésus, qui s’est tu pendant presque 30 ans et demeure sobre dans ses prédications. C’est sans doute ce à quoi nous exhorte la prière pour l’Unité des chrétiens, un peu mise sous le boisseau ces derniers temps. C’est pourtant celle que nous adressons à Dieu cette semaine, en particulier pour les défunts des communautés ecclésiales lesquelles ne prient pas pour ceux-ci. Que faut-il de plus demander en matière de conversion ce dimanche ? Certains ont évoqué la « conversion des Églises », mais l’expérience montre que la conversion passe par le cœur de chaque fidèle. Il lui faut d’abord la métanoia, la transformation de la mentalité, traduit par conversion, c’est ce que demande Jésus avec le verbe associé, c’est-à-dire dans un premier temps le changement d’esprit, puis il s’agit du passage à l’acte, le changement effectif, pour de bon, l’épistrophè (Ac 15, 3), traduit aussi par conversion, c’est-à-dire le changement de direction dans l’agir.

Si tu injuries ton frère, si tu l’invectives, change ton cœur et arrête de te comporter comme un agresseur de paroles ! Si tu es injurié, change ton cœur et arrête de maudire ou de te venger.

Un grand spirituel, capucin de renom, exhortait justement ainsi :
« Avant toute action, le changement doit avoir lieu dans la manière de penser, c’est-à-dire dans la foi,
Surveille tes pensées car elles deviendront des paroles.
Surveille tes paroles car elles deviendront des actes.
Surveille tes actes car ils deviendront des habitudes.
Surveille tes habitudes car elles deviendront ton caractère.
Surveille ton caractère car il sera ton destin (1) . » Amen.

(1) Cardinal Raniero Cantalamessa ofm cap, Première prédication de carême 2018 au Vatican.