Homélie du 22 janvier 2012 - 3e DO

De quelle couleur est l’œcuménisme ?

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Le diacre vient de proclamer l’Évangile, l’Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc. Certains d’entre vous l’ont peut-être lu simultanément, d’autres encore avant la messe. Et si, depuis quelques décennies, nous sommes habitués à un contact personnel et familier avec l’Écriture, nous pourrions être inclinés à penser que la proclamation de l’Évangile relève uniquement du ministère ordonné. Mon propos n’est pas ici de faire œuvre de subversion, mais de remarquer que la proclamation de l’Évangile n’est pas nécessairement liturgique ni réservée. Qui proclame ici – je veux dire dans ce passage de saint Marc – l’Évangile? Jésus. Jésus proclame l’Évangile de Dieu. D’autres passages le montrent lisant l’Écriture dans une synagogue et l’expliquant. Il ne s’agit pas ici de cela. Le sens est plus général. Jésus parcourt la Galilée et c’est l’ensemble de son ministère, de sa mission christique, qui relève de cette proclamation de l’Évangile de Dieu. Le «vert» du temps ordinaire est ici nuancé du «blanc» du mystère lumineux de cette annonce: de l’accomplissement du temps et de l’imminence du Royaume de Dieu, celui-là même dont nous désirons quotidiennement l’avènement dans la prière du «Notre Père». Une touche de «violet» s’ajoute même à la polychromie, puisque le contenu de cette annonce consiste dans l’une des formules de l’imposition des cendres et donc de l’entrée en carême: «convertissez-vous et croyez en l’Évangile». La proclamation de l’Évangile de Dieu par Jésus aboutit donc à un double appel: conversion et foi. Le succès de certains mouvements, de certaines Églises, qui connaissent une croissance suscitant un mélange d’admiration, de jalousie et de crainte, vient peut-être du fait que, mieux que des pastorales timidement empathiques, ils visent à cela: «convertissez-vous et croyez». L’enjeu de la «nouvelle évangélisation» est là. Il ne s’agit pas ici d’herméneutique ou de rhétorique; il ne s’agit pas d’expliquer ou d’enrober la Parole, mais de proclamer l’Évangile, de dire: «changez de vie et faites confiance au Seigneur». Et pour le dire, et avant de le dire, et en le disant, de le faire. Un témoignage de conversion touche cent fois plus que de beaux sermons, parce qu’il donne envie de changer, parce qu’il montre que c’est possible par la grâce de Dieu. Un témoignage de générosité et de martyre touche mille fois plus que mille péroraisons parce qu’il montre que l’amour peut primer sur l’égoïsme. Tout chrétien est un christ, mais le Christ Jésus est le Saint et les christs chrétiens sont des pécheurs. Et si l’apôtre Paul peut dire «imitez-moi comme j’imite le Christ», c’est parce que, converti et croyant, il a reçu la légitimité pour dire: «convertissez-vous et croyez à l’Évangile».

Cette proclamation de l’Évangile est la mission d’une Église sainte et sans cesse à purifier, d’une Église une mais sans cesse à unifier. Mission de toute l’Église, mission de chacun dans l’Église. Mission qui n’est pas réservée aux clercs ni aux catholiques romains. Mission qui appartient à quiconque ayant répondu à cette injonction – «convertissez-vous et croyez à l’Évangile» – en se convertissant à un baptême déjà reçu ou en recevant le baptême de conversion, propage ce qui est devenu pour lui le sens le plus profond de sa vie. Mission commune à tous les disciples du Christ, à tous ceux qui, comme Simon et André, Jacques et Jean, sont appelés par le Christ à le suivre.

La semaine pour l’unité des chrétiens est l’occasion non seulement de prier pour la réconciliation des frères divisés mais aussi de rendre grâce pour les dons qui leur sont communs, pour les réalités de communion déjà présentes. Tous vivent de la même proclamation par Jésus de l’Évangile de Dieu: «convertissez-vous et croyez à l’Évangile». Tous ont reçu de lui un appel, une vocation, une mission de le suivre. Tous savent qu’ils l’ont reçu comme Simon, André, Jacques, Jean et les autres de ce groupe des Douze que l’on appelle les apôtres. Tous ont à toujours mieux réaliser qu’ils l’ont aussi reçu non seulement comme eux mais de Jésus par eux, qu’il leur appartient non seulement d’être apôtres comme ces apôtres mais dans leur sillage et dans l’union à leur succession. Tous ont à scruter le rôle spécifique du premier d’entre eux, Simon-Pierre, pour la foi duquel Jésus a prié afin qu’il affermisse ses frères, sur lequel il déclare avoir bâti son Église, à qui il confie la charge de paître troupeau et brebis. Tous ont à se souvenir que leur commun appel suit une commune proclamation: «convertissez-vous et croyez à l’Évangile». Le jour où tous se seront unis dans la conversion et dans la foi, les conditions existeront d’une mission ecclésiale unanime; le temps sera accompli et le Royaume de Dieu brillera de sa présence. Que faut-il pour cela? La proclamation de l’Évangile, reçu avant que d’être donné. Que faut-il pour cela? Que chacun croisse évangéliquement et dans l’œcuménisme. Que faut-il pour cela? Que chacun l’entende pour soi: que je me convertisse et que je crois à l’Évangile.

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