Homélie du 2 octobre 2011 - 27e DO

Déception !

par

fr. Alain Quilici

Il est toujours risqué de prêter à Dieu des sentiments humains. Mais comme le Seigneur Jésus lui-même le fait, nous pouvons oser dire (à entendre les lectures de ce dimanche) qu’il est arrivé à Dieu d’être déçu !

Dans le prophète Isaïe, l’allégorie de la vigne de bon cépage, plantée avec soin et qui ne donne que du mauvais raisin, illustre cette déception de Dieu. Le peuple élu ne répond pas à ce que Dieu en attendait. Déception ! Grosse déception.

Cette image de la vigne, Jésus la reprend à son compte dans la parabole dite des vignerons homicides.

Et nous comprenons bien ce qu’il veut dire, car la déception, nous, nous connaissons bien. Il n’y a pas d’âge pour faire l’expérience de la déception.

Il est déçu, l’adolescent qui avait donné son cœur (et parfois davantage) et qui est lamentablement abandonné. Déception cruelle, blessante, marquante.

Il est déçu le conjoint qui ne retrouve pas dans son conjoint ce qu’il avait espéré trouver dans le temps des fiançailles. Déception qu’il faut surmonter et convertir, sous peine de nourrir de la rancœur.

Ils sont déçus les vieux parents et les grands-parents qui constatent les choix de vie de leurs rejetons, et leur abandon des convictions religieuses qu’ils avaient voulu leur transmettre.

Sans parler de la déception, la grande déception, celle que nous sommes à nous-mêmes, quand nous considérons la distance qui sépare celui que nous aurions voulu être et celui que nous sommes.

Tout ça pour dire que la déception, nous connaissons ! Alors vous imaginez Dieu !

Lui qui a envoyé messages sur messages, lui qui envoyé son Fils, autant dire qui est venu lui-même, et qui voit avec quel mépris il est traité, avec quelle indifférence, parfois avec quelle cruauté.

On ne peut certainement pas dire que Dieu soit déçu comme les hommes sont déçus, mais avec la déception nous comprenons quelque chose de ce Père qui aime et qui est si mal payé en retour.

Déçu peut-être, mais pas découragé.

Là est le message. Dieu n’abandonne pas ses enfants décevants. Il n’abandonne pas son projet de les sauver, et si les premiers vignerons sont indignes, la vigne sera donnée à d’autres vignerons. Si la pierre d’angle est rejetée par des bâtisseurs, elle sera offerte à d’autres bâtisseurs.

Outre la grande leçon que ce message nous donne sur le mystère de Dieu, nous pouvons aussi en tirer quelque profit pour la paix de nos cœurs agités par tant de déceptions.

La lumière vient de saint Paul. L’avez-vous entendu ? Il vient de nous dire : Ne soyez inquiets de rien !

Soyez comme celui qui a tout donné et qui n’attend rien en retour. Celui-là ne saurait être déçu, ou du moins refuse-t-il d’être rongé par la déception. Car si la déception ne se commande pas, il faut tout faire pour ne pas en être la victime. Seigneur ne nous soumets pas à la déception !

Comme Notre Seigneur, nous devons être justes et miséricordieux. Il est juste en punissant les vignerons homicides. Il est miséricordieux en patientant. Nous serons justes en reconnaissant que nous avons parfois de bonnes raisons d’être déçus, mais nous serons miséricordieux en n’étant inquiets de rien. En toutes circonstance, dit saint Paul, dans l’action de grâce, priez et suppliez. . . et la paix de Dieu qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer gardera votre cœur et votre intelligence dans le Christ Jésus.

Vous tous qui avez connu la déception, pensez à Dieu notre Père, oubliez-vous, ne pensez plus à vous, laissez agir l’Esprit. Il est plus grand et plus juste que notre cœur, et plus miséricordieux. Amen.

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