Homélie du 27 janvier 2008 - 3e DO   

Dieu appelle

par

fr. Alain Quilici

Avant d’entrer sous peu dans le temps du carême, avant de mettre à nouveau nos pas dans les pas du Seigneur qui monte à Jérusalem pour la Pâque, la divine liturgie de ce jour nous propose une sorte de révision de ce qui nous a été révélé depuis le début du temps de l’Avent. Pour donner un titre général à cette révision on peut dire: Dieu appelle.

Pour commencer par le commencement, souvenons-nous d’Adam et Ève qui se cachent dans le jardin après avoir désobéi. Dieu les appelle: Où es-tu? Nous le savons ce n’est pas de l’histoire, mais c’est une leçon et une leçon parlante. Dès l’origine, l’homme vis-à-vis de Dieu est dans la situation de quelqu’un qui appelle et qu’on appelle. Dans la Bible, c’est clair, Dieu appelle et l’homme répond. Or on pourrait penser l’inverse. En général on décrit l’homme comme celui qui crie vers Dieu. Il l’appelle. Il le hèle. Il le somme de répondre. Et comme il n’obtient pas de réponse ou du moins pas la réponse qu’il attendait, il se fâche. Il se révolte. Il s’en va!

Jusques à quand, Seigneur, m’oublieras-tu? Jusqu’à la fin? Jusques à quand me vas-tu cacher ta face? Jusques à quand mettrai-je en moi la révolte? dit le psaume 12 faisant écho à la plainte de l’humanité.

Or toute la Bible nous apprend que ce qui est déterminant, ce qui est vraiment nouveau, et finalement la seule chose intéressante, ce n’est pas que l’homme appelle Dieu. Cela est banal et commun à tout le monde. Mais bien cette succession d’appels personnels dont l’Histoire sainte est jalonnée. Dieu dit: Abram, quitte ton pays, pour le pays que je te donnerai. Abram entend l’appel et il part. Plus tard, Moïse devant le Buisson ardent: Moïse, Moïse! , le double appel qui indique la ferme décision de Dieu. Moïse entend l’appel. Il réponde. A son corps défendant, mais il répond et Dieu l’envoi libérer le Peuple. Plus tard encore, l’enfant Samuel dans le temple de Jérusalem. Dieu appelle, et là encore il double le nom: Samuel, Samuel. Avec la si belle réponse qui est suggérée au futur prophète: Parle, Seigneur. Ton serviteur écoute. Ainsi d’appels personnels en appels personnels, jusqu’à ce jour béni où le Seigneur Jésus, à son tour, appelle à sa suite Simon, et André, et Jean, et Jacques. Il les appelle. Ils le suivent.

Quelle est la leçon à retenir, une leçon qui vaut pour nous comme elle a valu pour nos prédécesseurs? Le Chrétien est toujours quelqu’un qui a été appelé et qui a répondu à cet appel personnel. Car il ne s’agit pas d’appel collectif, à la cantonade, par media interposés. Il s’agit toujours d’une relation de personne à personne. Abraham, Moïse, Simon, Marie-Madeleine, Marthe et Marie, … et un beau jour moi. C’est le jour où j’ai saisi qu’il fallait suivre le Christ; le jour où je l’ai reconnu, tel Thomas, comme mon Seigneur et mon Dieu!

Si Jésus appelle ce n’est évidemment pas pour grossir les rangs de ses disciples, pour faire du chiffre. C’est pour conduire chacun de nous dans l’intimité du cœur de Dieu, pour nous révéler les choses cachées depuis la fondation du monde, pour créer avec nous une communion qui nous conduira jusqu’au ciel où l’on ne fait plus qu’un avec Dieu. Aujourd’hui, nous avons commencé à vivre tout cela. Mais nous n’en vivons que les balbutiements, tel le disciple que Jésus aimait et qui reposait que le cœur du Seigneur, commençant à percevoir l’immense mystère de l’amour de charité que Dieu nous appelle à partager.

Comme Jésus ne cesse de nous appeler, nous allons de l’avant, jusqu’au jour ultime de notre vie, en priant Dieu qu’il y ait alors près de nous quelqu’un pour nous dire, comme à l’aveugle de Jéricho: Réjouis-toi! Il t’appelle! Entre dans la joie de ton Seigneur!

En attendant cet accomplissement, comme les Apôtres et les prophètes nous sommes chargés de mission: Allez donc. De toutes les Nations faites des disciples. L’appelé doit à son tour appeler. Il y a tant de gens autour de nous que Dieu aime et qui n’ont pas entendu son appel. Tous ces jeunes que nous voyons tourner en rond en donnant le sentiment de ne pas savoir où aller. Tous ces étrangers à la foi, que la Providence nous envoie pour que nous les appelions comme nous avons été appelés. Sans oublier ces Chrétiens de nom qui n’ont jamais vraiment entendu l’appel que Jésus leur adresse personnellement.

Mes frères, avant d’entrer résolument dans le temps du carême, réjouissons-nous d’avoir été appelés et d’avoir eu la grâce de répondre à cet appel, même si c’est une réponse imparfaite. Ce qui a été dit aux Apôtres hier, nous est dit aujourd’hui: Venez avec moi. Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent. Amen.