Homélie du 24 décembre 2001 - Nuit de Noël

Dieu avec nous, au corps à corps!

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Mes amis, dites-moi! Qui est ce bébé qu’en arrivant tout à l’heure, j’ai symboliquement déposé dans la crèche?
(Voix de l’assemblée): Le Messie! Le Fils de Dieu! Le Verbe fait chair! Le prince de la paix! La deuxième personne de la Trinité!

Vous avez raison! Et vous parlez comme les anges, ces messagers qui, cette nuit, proclament ce que sera cet enfant nouveau-né. Mais, l’avez-vous remarqué? Normalement, c’est toujours après sa mort que l’on met une plaque sur le lieu de naissance d’un personnage important. Et, s’il a fallu toute la vie de Jésus pour que nous accédions à la foi, il faudra encore beaucoup de temps, toute l’histoire humaine, pour que l’on perçoive pleinement le mystère de cet enfant.

«Il est Dieu, né de Dieu. Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu.» Cela, je le crois, mais je ne vois ici qu’un tout petit corps: un petit corps tout nu, affamé, qu’il faut laver et réchauffer, qui pleure aussi parfois! Un nouveau-né, de trois ou quatre kilos, qui ne sait pas marcher et encore moins parler! Entre les grands mots de la théologie et cette réalité fragile et temporelle, à venir et à grandir, mon esprit se met au repos et mon cœur s’ouvre tout grand. Adieu les représentations ‘préconçues’! Je dois penser à nouveaux frais, en choisissant le Dieu réel qui se manifeste là. Les grands mots seraient vides s’ils ne désignaient cet enfant-là.

En Jésus de Bethléem, tout est surprenant. Conçu avant mariage et né en plein voyage, on oublie finalement de nous dire s’il a été compté dans le recensement. En fait, il n’est pas seulement oublié, il est bel et bien rejeté! Trop grand! A peine physiquement présent, la police le poursuit. Dans l’art des icônes, la crèche prend forme de tombeau. Le tombeau où il est déposé mais aussi le tombeau dont il émerge, ressuscité. «Mon Seigneur et mon Dieu!», s’écrie Thomas, devant le corps stigmatisé, devant le premier-né d’entre les morts!

«Prenez, mangez, ceci est mon corps… prenez et buvez, ceci est mon sang!»
Il s’agit toujours de son corps. Le corps du bébé, le corps du supplicié, le corps du ressuscité, le corps mystique qu’est l’Église. Le corps de l’homme parfait, image et ressemblance de Dieu, pleinement homme et pleinement Dieu. Pour lui, tout ce qui est dit de l’homme peut être dit de Dieu.

Sa mère est Mère de Dieu, sa faim, sa soif, sa fatigue, sa peur, sa joie, sont faim, soif, fatigue, joie de Dieu. Sa mort est mort de Dieu. Son corps est corps de Dieu et, cette nuit, mes amis, sa naissance est naissance de Dieu! C’est Dieu qui naît dans notre histoire, et notre histoire du même coup qui devient l’histoire de Dieu!

Aujourd’hui, son corps, c’est nous, corps vivant, solidaire et priant, petit corps fragile comme le sien, petite cible humaine, petite cible divine. Son corps? Tous ceux avec qui il fait corps: «Pourquoi me persécutes-tu?» demande-t-il à Paul aveuglé, alors intégriste et assassin.

Dieu est victime, jamais bourreau!

Les désespérés, les souffrants, les emmurés, c’est-à-dire toi, moi, nous tous finalement, sommes les points douloureux de son corps, le lieu précis où il est sensible; nos blessures sont les siennes (Is 53): «quand vous avez accueilli l’étranger, visité le prisonnier, réconforté les malades, c ‘est à moi que vous l’avez fait!»

Il est avec nous, quand nos cœurs sont accordés: «Lorsque deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux». La crèche vivante, aujourd’hui, c’est notre communauté!

«Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu!» Dieu s’est humanisé jusqu’à naître parmi les pauvres et mourir méprisé. Dieu s’est humanisé à l’extrême pour nous diviniser.

Il n’y a donc pas de vie spirituelle pour nous, sans commencer par devenir humains, tout simplement.

Il s’est fait enfant pour que l’homme n’ait plus peur d’être un enfant, plus peur de la fragilité, de l’échec ni même de la mort, bref plus peur de rien!

Il est la pierre d’angle et il assure aussi les fondations. Il est l’Alpha et l’Oméga.

En lui, parce qu’il est Dieu, se trouve le modèle de l’homme achevé qui, non seulement vit intensément, mais plus encore accède à l’éternité.

En lui, parce qu’il est Dieu, nous pouvons vivre et nous aimer d’un amour qui rime avec toujours.

En sa naissance, toute naissance devient joie.

Et en son corps nous sommes régénérés. Il guérit les corps meurtris, multiplie les pains et transforme l’eau en vin. Il se fait traiter d’ivrogne et de glouton, tellement il aime la vie! Pour lui comme pour nous, être humain, c’est être incarné.

Il est né parmi nous, d’une jeune maman et sous la garde d’un vrai papa, sans autre cadeau à nous donner que sa fragilité. Alors, même si c’est la nuit et même s’il fait froid, déplaçons-nous pour lui rendre visite là où il est. Et même s’il est tout nu et même s’il est tout petit, laissons nos fausses représentations pour le voir comme il est. Et même si nous avons peur, et même si nous ne savons pas, accueillons l’enfant Dieu, tel qu’il Est avec nous, tel qu’il Est en vérité: l’Amour qui vient épouser l’humanité, au cœur à cœur, au corps à corps!