Homélie du 4 décembre 2005 - 2e DA

Dieu nous convertit au pardon

par

fr. Olivier de Saint Martin

C’est une voix qui murmure, au fond de son cœur : Seigneur, prends pitié de moi pécheur. C’est une voix qui proclame à l’extérieur: Responsable mais pas coupable! Que voulez-vous, je n’y suis pour rien si mes rapports envoient des innocents en prison. Oui, cette expression forgée en 1991 connaît aujourd’hui encore un franc succès puisqu’elle compte plus de 10 500 occurrences sur Internet! Notre société post-chrétienne est marquée par le rejet de toute culpabilité, c’est toujours de la faute des autres. Ce n’est pas étonnant car si Dieu a disparu qui pourra nous réconcilier avec nous-même? Si Dieu n’existe pas, démissionnons ou désespérons. Mais heureusement, Dieu existe et si nous venons à pécher et si notre cœur nous condamne, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ, le Juste! Car face à notre péché, Dieu n’exerce pas une justice commutative: un feu rouge grillé, quatre points de perdus.

Écoutez bien, c’est Dieu qui parle: Mon peuple est cramponné à son infidélité. Mais, Comment t’abandonnerais-je? Mon cœur en moi se retourne, toutes mes entrailles frémissent. Non je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère car je suis Dieu et non point homme! Le cœur de Dieu se retourne: ainsi le mystère de la conversion est d’abord le mystère du cœur de Dieu. Face à notre péché, Dieu souffre de nous voir emprunter une voie de mort, cette voie qui laisse toujours un goût d’inachevé, un goût d’amertume. Dieu entend notre cœur qui crie – sans même parfois que nous l’entendions, aveugles que nous sommes – et aspire au salut: Incline tes cieux et descends Seigneur! Pitié pour moi…

Alors Dieu répond: Consolez, consolez mon Peuple, dites-lui que son crime est pardonné! Cette Parole de consolation, ce sera le Verbe fait chair, elle s’appellera Jésus, c’est-à-dire Dieu sauve. C’est la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, Fils de Dieu. Mais Dieu ne veut pas cependant que nous recevions cette parole de consolation sans y participer. Il nous faut aplanir la route du Seigneur. Il faut que la terre de notre humanité se rende disponible à ce pardon. Dieu veut nous convertir au pardon. Jean-Baptiste proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés. C’est vraiment l’objet du temps de l’Avent! Creuser, tarauder en nous le désir de ne faire qu’un avec Dieu et, en Lui, avec nos frères. Mais comment être en communion avec Dieu et avec nos frères si nous ne sommes pas d’abord réconciliés?

Il s’agit donc de reconnaître loyalement nos péchés pour puiser dans la gratuité bouleversante du pardon divin la force de changer de vie. Il s’agit de demander à l’Esprit Saint de mettre en lumière notre péché pour retourner notre cœur vers Dieu. Et alors changer radicalement. C’est ainsi que la grâce de notre baptême prend une couleur tout à fait essentielle dans notre vie. Elle fait de nous des pardonnés. C’est notre titre de gloire! De sa main, le Seigneur m’a relevé, il m’a sauvé car il m’aime, chantons-nous! Et la grâce nous donne comme en retour la force de changer le type de nos rapports avec les autres. En particulier en nous donnant de pouvoir pardonner à notre frère de tout notre cœur.

Mais je m’interroge. Tout cela est parfaitement connu. Rien de nouveau sous le soleil. Ces histoires de pardon fleurent bon le catéchisme pour enfants et les contes pour bonnes femmes. Et si nous nous bercions d’illusions? Car si nous sommes de bons chrétiens, rappelons nous que c’est le publicain qui s’en retourna justifié. Peut-être sommes-nous devenus, inconsciemment, des habitués – voire des désabusés – du pardon. Nous n’aurions que des broutilles à nous faire pardonner! A tel point qu’il pourrait nous arriver de considérer comme un dû l’absolution. Peut-être arrive-t-il aussi qu’on se couche sans être réconciliés! Cela arrive dans les meilleures familles. Et même dans les communautés religieuses. Au fond, croyons-nous vraiment à la réalité extraordinaire qu’est le pardon? Et si c’était là une espérance dont nous avons à rendre compte? Se reconnaître pécheur, mais pécheur pardonné! Si c’était là, la réponse au Responsable mais pas coupable? Proclamer que la réconciliation est possible!

Si nous avons un peu perdu ce trésor, alors c’est peut-être bien pour nous que le Seigneur patiente: il n’accepte pas d’en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous aient le temps de se convertir. Il veut nous faire rejoindre la multitude des saints du Bon Larron à la Vierge Marie, ceux qui ont compris que c’est par grâce et uniquement par grâce qu’ils sont sauvés. C’est ça la conversion au pardon! Au début de cette eucharistie, nous nous sommes reconnus pécheurs. C’est normal, ça commence toujours comme ça. Puis avant la communion, nous demanderons au Seigneur: Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Puis nous poserons, comme d’habitude, le geste du baiser de paix qui est un geste de pardon mutuel qui répond à la demande du Seigneur: Quand tu portes ton offrande à l’autel, rappelle toi que si ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande et va te réconcilier avec ton frère. L’offrande que nous portons, c’est Jésus Lui-même mais avec nous! Nous nous offrons avec Jésus à tel point que des deux offrandes, il n’y en a plus qu’une! Mais comment cela pourrait-il être si nous ne sommes pas d’abord réconciliés? Après le chant de l’Agnus, nous le reconnaîtrons une dernière fois: Seigneur je ne suis pas digne. Merveilleuses paroles d’humilité d’un païen que nous reprenons à notre compte mais pas seulement en paroles! Nous les reprenons car Il vient et nous dit: Voici que je me tiens à ta porte et je frappe. Celui qui ouvrira, j’entrerai pour prendre mon repas avec lui et lui avec moi.