Homélie du 15 octobre 2023 - 28e Dimanche du T. O.

Dieu réalise toujours ce qu’il a projeté

par

fr. Joël-Marie Boudaroua

(Sur Mt 22, 1-14)

Mes frères, il nous arrive parfois d’avoir une « mauvaise pensée ». Mais il y a plus grave que d’avoir une mauvaise pensée, c’est d’avoir une pensée toute faite. Et vous avez probablement une idée bien arrêtée de la parabole des invités aux noces. Qui est ce roi, qui est ce fils, qui sont les serviteurs, qui sont les invités de la première heure, et ceux de dernière minute, vous le savez déjà, on a prêché tant de fois là-dessus ! Eh bien, je crois que c’est là le piège. Le piège, c’est de vouloir être de ceux qui savent et qui savent qu’ils sont les gagnants, les finalistes de la parabole, les élus, bref, nous tous ici rassemblés !
Le problème, c’est que nous sommes devant les paraboles un peu comme des enfants devant les contes de fées ! La psychanalyse des contes de fées nous a appris que le conte offre à l’enfant un mode de pensée qui correspond à sa représentation de lui-même. Il peut s’identifier à tous les personnages. Et je me demande si dans les paraboles, nous ne cherchons pas d’abord une représentation de nous-mêmes. Qui suis-je dans la parabole ? Où est-ce que je me situe ? À qui est-ce que je ressemble ? Aux premiers invités qui ont refusé l’invitation ou bien à ceux qui sont entrés dans la salle des noces ? À ceux qui sont entrés, bien sûr ! Et l’Histoire me le confirme, ça s’est bien passé comme ça, historiquement, à Antioche de Pisidie, selon Actes des Apôtres 13, 46 : « C’était à vous d’abord [les juifs], qu’il fallait annoncer la Parole de Dieu. Puisque vous la repoussez et ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les païens. » Le fond de la parabole ce serait donc la substitution d’un peuple par un autre, le remplacement de l’ancien Israël par un nouveau Peuple de Dieu ? Impossible ! « Impossible substitution », puisque saint Paul lui-même, dans l’Épître aux Romains, écrit qu’en dépit de l’endurcissement d’une partie d’Israël, « Dieu n’a pas rejeté le peuple que d’avance il a discerné car les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance » (Rm 11, 2 et 29).

Ce n’est donc pas de ce côté-là, mes frères, qu’il faut chercher le sens de cette parabole. Suis-je sûr, moi chrétien, de ma fidélité ? Suis-je digne de l’Eucharistie que je vais recevoir ? Suis-je certain d’être prêt quand le Seigneur m’appellera au banquet des noces éternelles ? Bien sûr que non ! Et tant mieux, à la réflexion, car ce que nous dit cette parabole, — et toutes les paraboles —, c’est que malgré tous les refus, tous les obstacles que les hommes mettent à l’Alliance, au milieu de leur indifférence, Dieu réalise ce qu’il a projeté. Comme dit Job : « Ce qu’il a projeté, il l’accomplit » (Jb 23, 13). Pas un projet de malheur mais de bonheur, pas un projet d’anéantissement mais de réconciliation, pas un projet de mort mais de résurrection où Dieu sera tout en tous, où « il fera disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples » (Is 25, 7-8). « De leurs épées, ils forgeront des socs et de leurs lances des faucilles. On ne lèvera plus l’épée nation contre nation, on n’apprendra plus à faire la guerre » (Is 2, 4). En ces temps de violence extrême, il est bon de se le redire : les promesses de Dieu finissent toujours par s’accomplir. Tôt ou tard. Avec ou sans les hommes. Mais il serait tellement mieux que ce soit avec eux.