Homélie du 1 mai 2011 - 2e DP

Dimanche de la Miséricorde divine

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Frères et sœurs, c’est en 2001 que le pape Jean Paul II a fait du 2ème dimanche de Pâques le dimanche de la Miséricorde divine. S’il est vrai que cette miséricorde a toujours été au centre du mystère chrétien, la canonisation en l’an 2000 de Sœur Faustyna Kowalska a mis en lumière l’urgence d’implorer le don de cette miséricorde en notre monde marqué par tant de tragédies. « L’humanité ne trouvera pas la paix, écrivait cette sœur, tant qu’elle ne s’adressera pas avec confiance à la Miséricorde divine ». Et Jean Paul II soulignait que la miséricorde divine est le don pascal que l’Église reçoit du Christ ressuscité et qu’il offre à l’humanité à l’aube de ce 3ème millénaire. Il est intéressant de découvrir comment la miséricorde divine nous aide à affronter trois grandes difficultés que nous rencontrons dans notre vie chrétienne.

La première difficulté est de comprendre le mystère pascal en particulier celui de la résurrection. Combien de chrétiens, dont nous faisons souvent partie, sont tentés de suivre l’apôtre Thomas en disant : « Si je ne vois pas, je ne croirai pas ! » De manière plus ordinaire, nous refaisons chaque année cette expérience à partir du dimanche de Pâques : nous avons beaucoup de mal à entrer dans la compréhension des différents récits d’apparitions. Avouons humblement que nos difficultés viennent en partie du fait de notre incrédulité, c’est-à-dire que nous voulons comprendre avant de croire. La rencontre entre Jésus et Thomas manifeste ici le don de la miséricorde divine qui le rejoint et lui permet d’être délivré de son incrédulité afin d’entrer dans la grâce d’un nouveau regard. Après avoir été invité par Jésus à mettre son doigt dans ses plaies et sa main dans son côté transpercé, Thomas entre dans la plénitude de la confession de foi en disant : « Mon Seigneur et mon Dieu ». En confessant à la fois l’humanité de Jésus et sa divinité, Thomas ne confesse pas seulement ce qu’il a vu mais aussi ce qu’il a cru. En effet il a vu l’homme et a confessé sa divinité. Cela aurait été impossible sans ce don de la miséricorde de Jésus évoqué dans cette béatitude : « Heureux ceux qui croiront sans avoir vu ». St Augustin rajoutait ceci : il faut croire pour comprendre mais, à partir de là, il faut aussi comprendre pour croire.

La 2ème difficulté que nous rencontrons est de découvrir qu’il n’est pas facile de vivre en chrétien. Nous avons souvent le désir de pouvoir accéder à la résurrection en oubliant le passage par la croix. « Celui qui veut venir à ma suite, nous dit Jésus par ailleurs, qu’il prenne sa croix et me suive ». St Pierre évoque cette dimension en parlant du don de la foi qui ouvre à une belle espérance mais aussi à des épreuves : « Vous en tressaillez de joie même s’il faut que vous soyez attristés pour un peu de temps encore par toutes sortes d’épreuves. Elles vérifieront la qualité de votre foi… ». Les lendemains de fête ne sont jamais faciles mais ils nous invitent justement à faire confiance à la miséricorde de Dieu. Nous la voyons à l’œuvre dans l’évangile d’aujourd’hui par la confiance que Jésus fait à ses apôtres et ses disciples pourtant si lents à croire en les choisissant de nouveau et en les envoyant en mission : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». Il répand sur eux l’Esprit Saint et fait d’eux les fondements de l’Église qui sera en elle-même le sacrement de la présence et de la miséricorde de Dieu. Être fidèle à cette vocation amène souvent à découvrir le mystère de la souffrance comme le soulignait le cardinal Ratzinger au moment des obsèques de Jean Paul il y a 6 ans : « Aucun pape auparavant n’a pu visiter comme lui le monde entier et parler de manière directe aux hommes de tous les continents… mais la leçon qu’il nous a donnée en supportant un chemin de souffrance et de silence est tout aussi important ».

La 3ème difficulté rencontrée dans notre vie chrétienne n’est pas la moindre. Sans doute l’avons-nous perçue par moment sans nous rendre compte de son importance. Cette difficulté surgit dans notre manière de répondre à cette question : au fond, tout cela n’est-il pas trop beau pour être vrai ? Avoir la bonne réponse, c’est entrer dans l’émerveillement du don de la Miséricorde divine. En invitant Thomas à toucher ses plaies et son côté ouvert par une lance, Jésus ne se contente pas de lui montrer la réalité de sa résurrection, il l’invite à entrer dans une contemplation plus profonde. Le sacré cœur de Jésus est une fontaine intarissable de lumière et de vérité, d’amour et de pardon. Il ne cesse de vouloir nous partager cet amour. Dieu brûle du désir d’être aimé, disait Jean Paul II, afin de nous faire entrer dans la vraie vie, la vie éternelle. La plus grande miséricorde de Dieu n’est-elle pas de faire de nous qui sommes de pauvres pécheurs des invités émerveillés au festin des noces de l’agneau ? N’est-ce pas en cherchant par-dessus tout à connaître Jésus Christ présent en nous et au milieu de nous que nous accueillerons ce don de l’émerveillement qui sera la source de cette vraie lumière à partager les uns avec les autres.