Homélie du 29 juin 2003 - Fête des Apôtres Pierre et Paul

Don du Seigneur: Pierre et Paul colonnes de l’Église

par

fr. Bernard Autran

Nous fêtons aujourd’hui les deux saints qui ont le plus marqué les débuts de l’Église. Nous avons déjà remarqué que Jésus, leur Maître ne S’était réservé que le strict minimum indispensable. Donné dans Sa Parole pour les ouvrir à la Nouvelle Alliance, de son vivant ils n’ont guère montré qu’ils L’avaient compris. Puis Il a accepté de tout perdre, et, en apparence, de faire tout perdre à Son Œuvre en Se laissant atrocement humilier et mettre à mort! Ressuscité, c’est à la faiblesse d’hommes déroutés, à un ennemi retourné qu’Il a, par Son Esprit, confié ce travail immense d’ouvrir les hommes à la Bonne Nouvelle, de les assembler dans Son Église.

Les lectures nous les montrent prêts à donner leur vie pour Lui. Pour Jacques la route a été courte, Hérode l’a fait décapiter avant qu’il n’ait pu beaucoup travailler! Pierre aurait pu suivre le même chemin. Il ne perdra rien pour attendre. Il aura à vivre l’amour jusqu’à partager la croix de Son Maître, mais ce sera au couronnement de son existence. Pour l’instant, comme Jésus avait été délivré de la mort par Sa Résurrection, lui va être préservé, réservé pour sa mission. Mais il ne l’accomplira pas sans épreuves, souvent menacé par la persécution! Et quand Paul écrit à Timothée, sa fin est proche. Si son martyre aura été moins cruel que celui de Pierre, il va l’affronter après bien des années d’un travail épuisant, marqué par bien des épreuves, des tortures et des prisons qui ne sont jamais venues à bout du don de lui-même à ses frères pour les amener au Christ.

Si certaines époques de la vie de Paul nous échappent, nous en connaissons bien des épisodes grâce au récit de Luc dans les « Actes des Apôtres » et aussi par ce qu’il a écrit dans ses lettres. Nous sommes émerveillés à voir les voyages pénibles qu’il a affrontés, son ardeur à parler du Seigneur Jésus dont son cœur déborde, les épreuves diverses et les mauvais traitements qu’il a subis! rien ne l’a jamais arrêté! De Pierre, nous ne savons que peu de chose, mais il est probable que, jusqu’à sa croix, son chemin n’a pas été facile non plus! Ont-ils pour autant été comme des surhommes? Paul, malgré sa petite taille, était un homme de valeur, ouvert aussi bien à la culture grecque qu’à celle du judaïsme. Pierre n’était, lui, qu’un petit patron pêcheur. Mais l’un comme l’autre n’avaient rien qui les prédispose au rôle qu’ils ont assumé. Dans son zèle de juif intransigeant, Paul avait persécuté à mort les disciples de Jésus. Et Pierre, même si profondément attaché à Lui, n’avait pas eu la force de Le défendre en son procès: il L’avait renié! St Jean seul nous a rapporté la triple proclamation d’amour qu’Il lui a demandé en réparation de sa faiblesse. Selon les autres évangiles, dans sa Miséricorde, Il s’est montre à lui sans revenir sur sa faute! Il l’a puisé de son abîme et l’a revêtu d’une grande force. Et pour appeler Paul, Jésus Lui-même est intervenu sur le chemin de Damas. Sans qu’il l’ait mérité, Il a fait de cet ennemi l’Apôtre des païens.

C’est donc gratuitement qu’Il leur a fait cet honneur redoutable, confié Son Œuvre. Mais Il avait aussi chargé d’autres de les appeler. Jean Baptiste avait montré Jésus à Jean et André qui Lui a amené Pierre. Paul a été baptisé par Ananie qui a eu le courage d’aller le trouver se mettant dans la gueule du loup! Ainsi nous comprenons mieux comment Le Seigneur nous fait travailler à son service. Il met tout Son Amour à mettre en nos mains l’immense richesse de Son Règne. Quand nous transmettons ce que nous avons reçu, Il nous transfigure à Son Image, nous fait, en quelque sorte, devenir comme Dieu pour nos frères! Nous n’avons pas à nous en glorifier comme si cela venait de nous-mêmes! Paul est particulièrement conscient que par pure miséricorde l’immense Force du Christ s’est exercée en sa faiblesse. C’est aussi bien clair pour Pierre. S’il a su Le proclamer Messie, c’est parce que Le Père le lui avait révélé, non la chair et le sang, ses facultés humaines! Même félicité et chargé de fonder l’Église, il est loin d’avoir bien compris la portée de ce qu’il avait proclamé: quand il lui est dit que le Messie souffrirait, il se récrie et se fait sévèrement rabrouer! Jusqu’à la Pâque il manifestera son incompréhension. À la Pentecôte l’Esprit de Jésus ressuscité en fera réellement le fondement de l’Église.

L’un et l’autre se dévoueront jusqu’à la mort. Ils auront accepté de tout perdre, jusqu’à la vie, et en de grandes souffrances. Ils auront suivi Leur Maître jusqu’au bout. Par Sa Passion et Sa Croix Lui l’avait montré, il avait vécu un Amour splendide reflet de Celui du Père. Dans la confiance, Il s’était donné jusqu’à l’extrême. S’Il avait accepté humainement de tout perdre en Sa Mort prématurée, c’est pour montrer que le développement de Son Église ne serait pas le fruit d’une simple entreprise humaine, mais l’Œuvre de L’Esprit Saint. Mais Il avait d’abord mené une longue vie ordinaire, puis engagé toutes ses forces dans l’annonce de l’Évangile. A Pierre et Paul, aux autres Apôtres et disciples, Il a fait l’honneur de consacrer de bien plus longues années au service de cette Œuvre. Ils l’ont fait avec joie et enthousiasme malgré fatigues, épreuves, souffrances! C’est longuement qu’ils auront appris à perdre tout avantage personnel pour, au fond, gagner réellement. Ce qu’aux yeux des hommes ils auront perdu par leur mort n’en sera que le couronnement. Ils seront les Colonnes de l’Église!

À notre humble place nous en serons aussi les pierres vivantes! La valeur d’une vie, devant Dieu et en réalité, ne se mesure pas à ce qui frappe les yeux, mais au dévouement, à l’humble service en lequel on accepte de « perdre » pour servir ses frères, leur partager ce dont on a bénéficié. Malgré manques et fautes, que Le Seigneur nous donne de nous consacrer à ce service! En lui, Il nous prépare aux épreuves du grand Passage. En acceptant de tout y perdre, à la suite des Apôtres, avec eux, ne Se fera-t-Il pas la Joie de nous rendre le Centuple?