Homélie du 13 juillet 2003 - 15e DO

Envoyés deux à deux proclamer la MERVEILLE du DON de DIEU

par

fr. Bernard Autran

Au cours de son ministère en Galilée, nous avons entendu Jésus annoncer Lui-même à Nazareth que les promesses s’accomplissaient. Il avait été reçu fraichement par ceux qui s’imaginaient le connaître. Sans Se décourager, après avoir vêcu quelques temps avec ceux qu’Il a choisis comme Ses Apôtres, Il multiplie Son Action en les envoyant en mission. Ce ne sera pour l’instant qu’un premier exercice, une préparation à ce à quoi Il les destine. En sa courte Vie publique, il ne Se réserve que l’indispensable, semer la Parole dont ils porteront ensuite la responsabilité. Car, dans Son Amour pour les Siens, nous tous, Il veut les honorer au point de faire d’eux les prolongements de Lui-même, comme les Membres de Son Corps. Il ne nous désire pas simplement bénéficiaires de Ses Dons, mais d’eux Il veut nous transfigurer: Il les met en nos mains pour nous souder à nos frères en exerçant Son Amour à leur égard, et en leur donnant aussi a dignité de l’accomplir en notre faveur!

Il fait d’eux, de nous depuis notre Baptême, Ses Prophètes. C’est le sens du mot, ils sont Sa Bouche, parlent en Son Nom. Il prolonge ainsi, fait prendre toute sa valeur à ce qui était amorcé depuis l’Ancien Testament. L’affrontement d’Amos et Amazias peut nous aider à saisir. L’un et l’autre se présentent comme tel. Responsable du culte à Bethel, Amazias défend ses intérêts, faux prophète, il parle en son propre nom. Amos, lui, est envoyé. Il ne poursuit pas son intérêt. Au contraire, il a abandonné son métier pour répondre à l’appel de Dieu. Prophète authentique, il doit s’affronter au péché de ceux qui ne veulent pas recevoir son message.

Cette épreuve ne va pas frapper les Apôtres en cette première mission, mais ils ne perdront rien pour attendre! D’ailleurs la suite de l’Évangile d’aujourd’hui nous annonce que, grand Prophète, Jean Baptiste le Précurseur, vient d’être mis à mort par Hérode à la demande d’Hérodiade! Remarquons comment les envoyés vont devoir témoigner à l’opposé du péché du monde avec son cortège d’égoïsme, de haine, de violence: Ils iront deux à deux. C’est le minimum pour vivre et agir en s’aimant. Même si, dans l’avenir, beaucoup devront le faire physiquement seuls, à travers eux, c’est L’Église qui témoignera. Leur proclamation ne peut être authentique que s’ils y sont profondément unis à leurs frères. A ce prix seul ils sont Présence et Parole du Christ!

Ils reçoivent autorité sur les esprits mauvais. Qu’est-ce à dire? La Force de Leur Maître est avec eux, mais elle est toute autre que l’apparente puissance des hommes. Ils ne s’imposeront pas par le prestige de la richesse, mais voyageurs sans bagages, useront seulement de sandales et d’un bâton pour la marche, sans emporter de vêtements de rechange. Tout au service du Seigneur, Lui Se chargera de leur entretien à travers ceux à qui ils s’adresseront. Ils appelleront à se convertir, guériront les malades. Mais surtout ils doivent appeler à une réponse libre. Pas plus que Leur Maître, ils ne feront pression pour soumettre les gens à leur message. Si on ne les écoute pas, ils s’en iront en secouant la poussière de leurs pieds, signifiant par là qu’ils ne veulent rien emporter de ceux qui n’ont pas voulu recevoir la Parole.

Ces consignes n’ont pu être observées littéralement que dans le contexte d’une civilisation qui n’est plus la nôtre. Mais leur esprit demeure. Toutes les sociétés humaines sont obligées de prendre certains moyens de coercition, et il en est où les maîtres en ont usé d’une manière atroce. Les religions d’invention humaine en font souvent de même. Composée d’hommes pécheurs, l’Église n’a pas échappé à cette tentation, mais il est souvent arrivé que la sanction ait été lourde: bien des gens se sont détournés d’elle quand elle s’est montrée sous un visage d’oppression: il cachait ce qu’elle était chargée d’annoncer, la réponse libre à l’immense Amour du Seigneur!

Ceci n’interdit pas les grandes entreprises, en particulier de secours aux plus malheureux. Elles sont d’autant plus éloquentes qu’elles s’accomplissent avec des moyens pauvres, comme, entre autres, autour de Mère Thérésa. L’Église a dû construire beaucoup de grands et beaux bâtiments qui ont enrichi le patrimoine de l’humanité, mais ils n’ont de vraie valeur que par la Foi et l’Amour de ceux qui les fréquentent! Il n’est pas inutile de nous servir des moyens modernes de communication, mais ils ne doivent servir qu’à proposer librement la Foi, non de tenter de l’imposer comme on inculque une idéologie par violence ou pression psychologique!

Mais ce qui doit nous frapper surtout est la disproportion entre la faiblesse humaine des moyens et l’enjeu immense que soutient la force discrète de L’Esprit Saint. Laissons-nous éclairer par l’émerveillement de St Paul dont commençons aujourd’hui la lecture de l’Épître aux Éphésiens. Dieu nous a choisis dès avant la création du monde pour que nous devenions pour Lui pas moins que Ses Fils par Jésus Christ! Nous étions si précieux à Ses Yeux que pour nous Il Lui a demandé de venir vivre chez nous un Amour tel qu’Il en a accepté d’aller jusqu’à verser Son Sang, et sur une Croix! Il nous transfigure à Son Image en faisant de nous les Membres de Son Corps ressuscité, chargés de prolonger Son Amour. A son Appel, à nous de travailler à nous rassembler avec nos frères pour un jour nous réjouir tous mutuellement illuminés de la Splendeur de Son Visage rayonnant d’Amour! En notre prière, notre travail, notre humble service de nos frères, la chaleur de notre parole, ce dont nous sommes porteurs n’est pas moins que cette merveille! Alors, deux à deux ou avec nos frères de l’Église, que L’Esprit nous éveille à vivre en tout un grand don de nous mêmes reflet du Sien: cet Éclat caché qu’Il veut faire briller en nos vies, combien il nous éblouira tous un jour quand il nous sera pleinement révélé!