Homélie du 24 décembre 2005 - Nuit de Noël

Et la trompette retentit

par

fr. Alain Quilici

La trompette a donc retenti. L’annonce en a été faite. Il y aura un recensement. Et ils pensaient que c’était çà l’événement qu’annonçait la trompette. Ils ne savaient pas, ils ne savaient pas encore et, à vrai dire, ils ne pouvaient savoir, quel immense événement se préparait dans le secret.

Et voici cet homme et cette femme, alors encore inconnus, aujourd’hui très connus, quoiqu’en réalité bien méconnus. Ils se nomment Joseph et Marie. Ils traversent le pays. Ils vont lentement: elle est enceinte, près du terme ; lui est attentionné comme un jeune époux amoureux. Celui qu’ils portent, dans le plus grand anonymat, ne vient pas d’eux, ni de lui, ni même d’elle: il vient du ciel. Il vient de Dieu. Il est Dieu qui vient.

Ils ne savent qu’une chose et leur suffit. Ils portent le bien le plus précieux qui puisse être au monde: non seulement un enfant, et c’est déjà si grand, un enfant et si mystérieux, mais un enfant qui dès l’instant de sa conception était la Parole de Dieu.

Qui peut comprendre? Vous comprenez, vous?

Vous connaissez la suite de leur histoire. Arrivés dans le bourg de Bethléem, il n’y a plus de place dans l’unique auberge du lieu. Faute de berceau, l’enfant nouveau-né se contentera d’une mangeoire. Mais qu’importe une mangeoire à un bébé quand il a l’amour de ses parents?

Et on raconte que le bœuf qui reconnaît son Maître et l’âne qui aime sa mangeoire, comme dit le prophète Isaïe (1/3), se sont agenouillés devant leur maître dans la mangeoire. Marie s’est prosternée adorant son fils et son Dieu. Joseph est dans l’émerveillement qu’une pareille chose lui arrive.

Mais la terre est restée muette. L’aubergiste n’est pas venu voir, les autorités du recensement dormaient sur leurs registres, et tout le monde, les recensés, est au réveillon, se moquant pas mal de ce qui vient d’arriver.

Alors… alors le ciel s’en est mêlé. Un ange, et pas n’importe quel ange, l’Ange du Seigneur, a ouvert le ciel. Il a réveillé les bergers qui dormaient, et c’étaient des enfants. Il leur a dit des paroles de feu, des paroles de lumière, des paroles à ne pas y croire, un message à hausser les épaules et à se rendormir.

Et voici non pas un, ni deux, mais une foule d’anges qui déchirent la nuit et laissent voir le dedans du ciel. Ils chantent, ils dansent, ils appellent les enfants à ouvrir l’œil et le bon, à fouiller toutes les mangeoires de la contrée, car dans l’une d’elles il y a un trésor caché, le plus beau de tous les trésors: un enfant avec un papa et une maman! Et les enfants aiment beaucoup les courses au trésor et les trésors cachés.

Alors ils partent. Ils vont. Ils cherchent. Ils trouvent. Une femme belle comme l’aurore! Un homme bon comme le pain! Et un enfant… un enfant beau comme Dieu. Ils chantent avec les anges, ils dansent avec les moutons et leurs cœurs bondissent de joie.

Nous y voilà! Nous y sommes. Ce n’était pas hier, ce n’était pas ailleurs. C’est ici, c’est cette nuit. Nous sommes les enfants bergers d’aujourd’hui, venus pour adorer l’enfant Dieu.

Merci, Nos Seigneurs les anges de nous avoir réveillés, secoués et fait sortir de chez nous, malgré la froidure.

Merci, Madame Marie, de nous avoir donné Celui que tu as reçu du ciel et que tu as mis au monde pour nous.

Merci, bon et saint Joseph, tu nous as conduits à Jésus, tu es le chef de cette sainte famille, le chef de toutes nos familles, qui veulent devenir saintes.

Merci surtout à toi, Jésus enfant, tu es l’enfant qui sauve. Et les adultes cruels et stupides ont tellement besoin qu’un enfant leur montre le chemin. Tu es notre Dieu et pourtant tu nous laisses te prendre dans nos bras et te cajoler. Tu es celui qui nous aime et qui nous réunit cette nuit. Tu es Notre Seigneur!

Plus tard les bergers sont repartis remplis d’une joie qui ne les quittera plus, car à chacun Marie a fait un cadeau! À chacun Marie a donné Jésus. Et chacun est reparti avec Jésus dans ses bras. Ce fut son premier miracle. Mais pas le dernier.

Mais, vous, ne soyez pas envieux, vous aussi vous allez recevoir Jésus, du moins si vous le désirez, si vous y êtes prêts et si vous reconnaissez en lui le Fils de Dieu, malgré les apparence, là un enfant nouveau-né, ici du pain et du vin, et c’est tout un.

Ah, je suis vraiment contente que vous soyez venus, dit Marie. Je vous remercie d’être venus, dit Joseph, et surtout ne repartez pas le cœur vide. Emportez avec vous Celui qui est venu pour vous et ne le lâchez pas. Il est si petit.

Amen.