Homélie du 14 août 2005 - 20e DO

Femme étrangère, ta FOI est grande : que ta fille soit guérie!

par

fr. Bernard Autran

La multiplication des Pains est un tournant dans le ministère de Jésus. Émerveillés, les gens ont voulu Le faire Roi! Mais Il ne venait pas l’être à la manière dont ils le pensaient! Il a arrêté leur enthousiasme, dispersé la foule, éloigné ses disciples. Roi, Il ne le laissera proclamer qu’aux Rameaux. Alors, certains n’auront pas encore compris, et quelques jours plus tard, le voyant nu, sanglant, couronné d’épines, ne Le reconnaîtront plus comme le Roi attendu et demanderont qu’Il soit crucifié. Sa Royauté ne sera proclamée que par l’écriteau qui surplombera sa Croix. Alors il n’y aura plus d’équivoque possible!

Aussi, après le signe des Pains, Se fait-Il plus discret et S’éloigne-t-Il au-delà des frontières d’Israël. Les juifs et les païens ne se fréquentant pas, Il pourra Se consacrer plus exclusivement à ses disciples, car il ne Lui reste plus que quelques mois avant qu’Il doive aller affronter ses adversaires. C’est dans cette région, à Césarée de Philippe que Pierre Le proclamera Messie. Là Il annoncera sa décision de monter à Jérusalem.

Pourtant, une Cananéenne s’adresse à Lui, la poursuit de ses cris. Tout son amour de mère jaillit dans sa demande de guérir sa fille. Lui, pourtant, ne répond pas à ses appels. Il ne S’affirme envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël! Cette consigne, Il l’avait déjà donnée à ses futurs Apôtres en les envoyant en mission.

Bien sûr, Le Seigneur aime tous les hommes, mais pas d’une simple bienveillance générale et lointaine. Pour le faire comprendre, Il avait appelé d’abord personnellement un homme, Abraham. Il devrait quitter son pays et ses diverses divinités pour ne rendre un culte qu’à Lui. Le Peuple de ses descendants avait compris qu’Il les entourait de Son Amour et de sa protection. Mais s’Il s’était manifesté plus grand que les dieux des autres nations, on ne l’a compris que plus tard, les autres dieux n’existent pas! Lui est le Dieu unique Maître de l’Univers. Alors, les prophètes ont commencé à saisir qu’Il n’aimait pas seulement son Peuple. Nous venons d’en lire dans Isaïe une première approche: Les étrangers attachés à son service seront eux aussi conduits à Sa Montagne Sainte. Sa maison s’appellera «  Maison de Prière pour tous les Peuples!  »

Jésus commence par exprimer un refus à la Cananéenne. Il avait pourtant déjà donné quelques signes de ce qui sera bientôt l’ouverture « catholique » du salut à toute l’humanité. Il S’était révélé à la Samaritaine. À ses compatriotes, avait vanté la Foi du Centurion et la charité du Bon Samaritain! Mais les promesses avaient été confiées à Israël et plus spécialement aux membres de la tribu de Juda dont le centre était Jérusalem. D’où le nom retenu pour désigner leur religion, judéens, d’où « juifs ». Et, à partir d’eux, c’est le nom qu’ont porté les millions d’adorateurs du Vrai Dieu que les circonstances avaient dispersés à travers le monde entier.

La Cananéenne ne se laisse pas décourager par son refus! Elle insiste: « Seigneur, viens à mon secours! » Nous sommes surpris par Sa réponse: « Il n’est pas bien de prendre le Pain des enfants pour le donner aux petits chiens. » C’était ainsi que les juifs désignaient les païens. J’y vois plutôt une provocation de sa part: Il sent ce qu’elle est prête à accomplir. Elle Lui renvoie la balle avec l’humilité de son extraordinaire acte de Foi: « Les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres! » Et ainsi, à une telle Foi, Il ne peut rien refuser. Comme Il avait guéri le serviteur du Centurion, sur l’heure Il accorde la guérison à sa fille.

Quand Paul écrit aux Romains, la situation s’est inversée. Les Apôtres et les premiers disciples étaient juifs, et c’est dans ce milieu que l’Église s’est d’abord développée. Mais bientôt Pierre aura été inspiré de baptiser le Centurion Corneille, puis à Antioche entrèrent dans la communauté des gens qui n’étaient pas juifs. Après la première mission de Paul, on décida de ne pas leur imposer la pratique de la loi juive. L’Église s’est alors largement développée en milieu grec, et, au contraire une grosse partie des juifs ont refusé de recevoir la Foi en Jésus, d’où la grande peine qu’il exprime aux Romains, son anxiété, son grand désir d’arriver à en sauver au moins quelques uns! S’ils se sont refusés quand les dons de Dieu se sont étendus à tous les hommes, ce ne sera pas moins qu’une résurrection des morts le jour où ils reviendront!

Ceux qui croyaient avoir des droits sur Dieu ont tout perdu, ils n’avaient pas compris que, face au Seigneur, on n’en a aucun, sauf celui de tout attendre de Sa gratuite Miséricorde. Ceux qui ont reçu ce Don d’accueillir la Foi n’avaient rien fait pour le mériter. Et nous, saisissons-nous que, si nous avons la chance de la vivre, nous n’avons rien à revendiquer, sinon la Miséricorde du Seigneur à notre égard! Si des épreuves lourdes nous accablent, sachons crier humblement vers Lui! Mais surtout, que le souci, l’amour de nos frères nous éveille à imiter l’ardeur de la Cananéenne et son humilité! Alors, osons demander au moins des miettes! À cette humble prière, Le Seigneur ne résiste pas. Il nous transfigure en Enfants de Son Père! Que nous nous en rendions compte ou non, Il met en nos mains ses Dons précieux pour ouvrir aussi nos frères à la vraie Joie!