Homélie du 1 janvier 2019 - Solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu

Fête de la Mère de Dieu, de la circoncision du Christ et de sa dénomination

par

fr. Édouard Divry

« Et lorsque furent accomplis les huit jours pour sa circoncision, il fut appelé du nom de Jésus, nom indiqué par l’ange avant sa conception » (Lc 2, 21). La fête originelle du 1er janvier est la circoncision de Jésus par laquelle le fils de Marie a appartenu, par ce signe inscrit dans sa chair, à l’Alliance du Sinaï instaurée par Moïse — et déjà signe distinctif du temps des patriarches (cf. Ac 7, 8), depuis Abraham : « Voici mon alliance qui sera observée entre moi et vous, c’est-à-dire ta race après toi : que tous vos mâles soient circoncis » (Gn 17, 10).
C’est une fête primitivement christique, occasion de commémorer cette appartenance (1) et de dévoiler le nom de l’enfant de la crèche de Bethléem (2). Une tradition — que rapporte bien l’évangile de saint Luc, en cette année C — nous explique que c’était l’occasion de proclamer le nom de l’enfant au reste de la famille, aux voisins, et à la communauté tout entière.

1/ Paradoxalement, sauf dans l’évangile d’aujourd’hui, on ne parle plus guère de la circoncision du Christ, bien que le concile Vatican II ait insisté pour rappeler l’identité juive de Jésus (cf. Nostra aetate, n° 4), affirmation centrale pour lutter contre tout antisémitisme. Jésus lui-même loin de s’affranchir de cette appartenance, déclarera à la Samaritaine : « Le salut vient des Juifs » (Jn 4, 22). Et saint Paul rappelle quant à lui : « Je l’affirme en effet, le Christ s’est fait ministre des circoncis, à l’honneur de la véracité divine, pour accomplir les promesses faites aux patriarches » (Rm 15, 8).
Tout en reconnaissant que la circoncision est grande à tous égards (cf. Rm 3, 1- 2), en considération des païens et des juifs, saint Paul cependant dévoilera au même endroit la nécessité d’acquérir un nouveau regard : « Le Juif n’est pas celui qui l’est au-dehors, et la circoncision n’est pas au-dehors dans la chair, le vrai Juif l’est au-dedans et la circoncision dans le cœur, selon l’esprit et non pas selon la lettre : voilà celui qui tient sa louange non des hommes, mais de Dieu » (Rm 2, 28-29). Cette circoncision du cœur annoncée par la loi renouvelée ou les prophètes (cf. Dt 10, 16 ; Dt 30, 6 ; Jr 4, 4) dépasse les pratiques anciennes et s’ouvre aux femmes, à tous les enfants de Dieu, sans cruauté.
Fort de ces considérations, saint Paul VI a fait célébrer le 1er janvier 1975 la Mère de Dieu (encyclique du 2 février 1974), année sainte. C’est aussi une fête christologique : dire que Marie est mère de Dieu, c’est affirmer que Jésus, son enfant, est vraiment Dieu, et Fils de Dieu. Theotokos, en grec, ou Deigenitrix, en latin, ces expressions renvoient à l’origine de Jésus-Christ.
Tertullien, le premier écrivain ecclésiastique occidental de grand renom, aimait remonter à l’origine, au census, expression prise comme dans le mot recensement. Célébrer l’origine terrestre de Jésus c’est remonter à l’origine du Christ — ici-bas c’est la Mère de Dieu que nous célébrons en ce jour alors que les jours précédents de l’octave ont été réservés à Jésus lui-même.

2/ Il ne faudrait pas pour autant manquer l’essentiel, la dénomination — ou donation du nom — à l’enfant-Dieu au jour de sa circoncision. Un pape qui, le premier, défendit le Filioque, c’est-à-dire la procession de l’Esprit par le Père et par le Fils, ce que nous allons professer pendant le Credo, avant même saint Léon ou saint Grégoire le Grand, saint Damase (fêté le 11 décembre, † 384), défenseur de l’existence d’un esprit humain dans la nature humaine du Christ, à l’époque du concile de Constantinople I (381), énuméra les multiples noms du Christ dans la dispensation du mystère. Ce nom de l’enfant-Dieu est déjà rapporté dans les évangiles de l’enfance d’une triple manière : « Jésus, Christ et Emmanuel » — en hébreu : Jésus, c’est-à-dire Dieu sauve ; Christ, le Messie, l’Oint de Dieu attendu ; Emmanuel, Dieu avec nous. Écoutons, dans un esprit contemplatif et admiratif, en ce beau jour du 1er janvier, le commentaire qu’en fit saint Damase, pour mieux nous attacher au Christ en ce début d’année 2019 :

Il s’appelle, écrit le pape du IVe siècle,

« Seigneur parce qu’il est le Christ ;
Verbe parce qu’il est le Fils de Dieu, parce qu’il est le Fils unique du Père ;
homme parce qu’il est né de la Vierge ;
prêtre parce qu’il s’est offert en holocauste ;
pasteur parce qu’il est le Gardien ;
chrysalide parce qu’il est ressuscité ;
montagne parce qu’il est le [Dieu] Fort ;
voie parce que droite est par lui l’entrée de la voie ;
agneau parce qu’il est mort ;
pierre de faîte parce qu’il est l’Instruction ;
maître parce qu’il est celui qui désigne la vie ;
soleil parce qu’il est l’illuminateur ;
vrai parce qu’il est du Père ;
vie parce qu’il est le Créateur ;
pain parce qu’il est chair ;
Samaritain parce qu’il est le Gardien et l’Agent de la miséricorde ;
Christ parce qu’il est l’Oint ;
Jésus parce qu’il est le Sauveur ;
Dieu parce qu’il est de Dieu ;
ange parce qu’il est l’Envoyé ;
époux parce qu’il est le Médiateur ;
vigne parce que nous sommes rachetés par son sang ;
lion parce qu’il est le Roi ;
pierre parce qu’il est le Firmament ;
fleur parce qu’il est l’Élu ;
prophète parce qu’il révèle les réalités futures »

Vierge Marie, Mère de Dieu, prends-nous par la main tout au long de l’année 2019 pour nous conduire sans cesse à la suite et jusqu’au cœur de notre Bien-Aimé Seigneur Jésus le Christ.

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