Homélie du 12 octobre 2003 - 28e DO

Fête de Notre-Dame du RosaireFestival Toulouse les orgues

par

fr. Alain Quilici

Chers frères et chers amis,

Aujourd’hui je voudrais vous parler des orgues. Je ne suis pas le plus compétent dans cette assemblée pour aborder ce thème et ce n’est pas un sujet habituel pour une prédication au cœur d’une célébration liturgique; mais il m’a semblé, quoique béotien, qu’il y avait dans les orgues comme une parabole pour nous faire comprendre quelque chose du mystère de la révélation chrétienne.

Et puisque, pour une fois, vous ne tournez pas le dos aux orgues mais qu’il vous est donné, dans cette église, non seulement de les entendre mais aussi de les voir, essayons de nous demander ce qui est, pour ainsi dire, le plus important ou déterminant voire vital dans les orgues.

Est-ce tout cet ensemble visible, un buffet avec tout un agencement de tuyaux de toutes tailles, œuvre splendide de facteurs d’orgues expérimentés? Certainement, car s’il n’y avait ni tuyaux, ni buffet, il n’y aurait rien. Mais eux, si beaux soient-ils, tout seuls, ne seraient rien non plus.

Est-ce l’organiste qui fait vivre son instrument, et jouant des mains et des pieds lui fait exprimer le meilleur de lui-même? Certainement l’organiste est très important. Car sans lui rien ne se passerait et l’orgue ne serait qu’un meuble. Mais, si doué soit-il, l’organiste, seul, ne serait pas grand chose.

Alors est-ce le compositeur qui donne à l’organiste des mélodies inspirées qui portent à la prière et qui donnent ce bonheur tout particulier qui vient de la musique? Là encore certainement, car s’il n’y avait pas des musiciens inspirés comme Bach ou Messiaen et tant d’autres, l’orgue et l’organiste, seuls, ne seraient pas grand chose.

C’est que voilà, le compositeur comme l’organiste et comme l’instrument ont besoin d’un élément sans lequel ils ne sauraient rien exprimer, un élément indispensable quoique invisible, insaisissable quoique réellement présent. Et cet élément dont tout dépend, qui donne vie à la musique, c’est le souffle, le vent, l’air qui passe dans les tuyaux.

Ce souffle a certes besoin et de l’instrument minutieusement accordé, et du musicien aux doigts disciplinés et habiles, et du compositeur heureusement inspiré. Mais c’est lui qui donne vie à la musique, c’est lui qui donne corps à la prière des fidèles.

Eh bien, ce souffle sans lequel rien ne serait, nous dit quelque chose de Dieu, nous dit quelque chose de l’Esprit Saint qui est Dieu.

Cet Esprit, que l’Écriture compare au vent qui souffle où il veut, Dieu le Créateur l’a insufflé dans sa créature humaine, créée à son image, pour lui donner vie, pour lui donner, comme lui, de penser et d’aimer. C’est ce même Esprit que Dieu le Père a envoyé à la Vierge Marie pour qu’elle donne à la Parole de Dieu de prendre chair. C’est ce même Esprit qui donne aux baptisés de vivre en communion avec Dieu, car Dieu est Esprit. Ce même Esprit anime l’Église de par le monde, sans distinction ni de langue, ni de culture. L’Esprit, comme le souffle puissant qui fait jaillir la musique des orgues sous les doigts de l’organiste, l’Esprit anime toute la vie du chrétien. Aussi avec Marie nous pouvons chanter: Le Seigneur fait pour moi des merveilles. Il s’est penché sur son humble servante. Saint est son nom!

Mes frères, mes amis, qui que vous soyez dans cette assemblée festive, vous n’êtes pas en dehors de cette histoire. La parabole des orgues qu’un souffle anime vaut pour chacun de vous et ce que Marie a vécu chacun de nous est appelé à le vivre, chacun selon sa vocation.

Car nous aussi nous sommes comme un bel instrument sorti des mains de Dieu, une créature magnifique dotée de capacités infinies, comme ces orgues qui contiennent toutes les musiques du monde. Mais que serions-nous sans le souffle vital donné par Dieu? Que saurions-nous exprimer sans l’Esprit Saint de Dieu de qui vient toute inspiration et toute prière et toute vie?

Voilà ce que le Seigneur nous dit en ce jour heureux où nous fêtons Notre-Dame du Rosaire, patronne de cette paroisse, la mère de Jésus, la mère de Dieu, notre mère bien aimée ; en ce jour où nous inaugurons nos orgues dont la vocation est d’élever nos âmes, de leur donner de cette beauté qui parle de Dieu et sans laquelle le monde est perdu.

Voilà ce que le Seigneur nous dit: accueillez l’Esprit! Laissez le souffle de Dieu agir dans vos vies. Laissez-vous guider par lui, car il vous veut du bien, il veut produire en vous de grandes et belles choses. Il veut que vous soyez inspirés. Il veut que vous soyez heureux et heureux ensemble comme lorsque vous célébrez la divine liturgie et que vous entendez sonner les orgues pour la gloire de Dieu. Amen.